Les entreprises suisses entre défis et adaptation

Communiqué, UBS Global Wealth Management

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Le leadership de longue date de la Suisse en matière d’innovation est le fruit d’un esprit d’entreprise dynamique, capable de faire face à des défis tels qu’un franc suisse fort et de développer ses propres solutions.
  • Selon une enquête d’UBS, la hausse des prix de l’énergie et l’intensification de la réglementation mettent particulièrement sous pression la compétitivité de nombreuses entreprises suisses (60% des répondants dans chaque cas), davantage encore que les défis liés au commerce, tels que les droits de douane américains à l’importation (27%).
  • Par ailleurs, de nombreuses entreprises touchées par la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée investissent plus fréquemment dans la numérisation et l’automatisation.
  • 16% des entreprises envisagent une délocalisation partielle ou totale à l’étranger en raison de la sur­réglementation. Cela est vrai notamment pour les entreprises déjà freinées par de nombreux défis et qui se trouvent actuellement dans une position concurrentielle défavorable.

Les dernières années ont été marquées par la pandémie, des conflits géopolitiques comme en Ukraine et au Moyen-Orient, une crise énergétique en Europe ainsi qu’un protectionnisme croissant, qui s’accélère encore sous l’administration Trump 2.0. Bien que nombre de ces évolutions difficiles trouvent leur origine à l’étranger, leurs répercussions touchent directement ou indirectement la Suisse, dont l’économie est très ouverte au commerce international. Par ailleurs, les entreprises suisses sont également confrontées sur leur marché domestique à des défis tels que la pénurie de main-d’oeuvre qualifiée et l’augmentation de la réglementation. La compétitivité des entreprises suisses est ainsi mise sous pression. 
La présente étude met en lumière les défis les plus pertinents pour la compétitivité des entreprises identifiés par ces dernières ainsi que les réponses qu’elles y apportent. L’analyse repose sur une enquête menée mi-avril 2025 auprès d’entreprises suisses.

La compétitivité est mise à l’épreuve

Selon les résultats de l’enquête, la compétitivité des entreprises suisses est particulièrement exposée à la hausse des prix de l’énergie et à l’intensification de la réglementation. Environ 60% des entreprises considèrent chacune de ces problématiques comme pertinente pour leur compétitivité (Graphique 1). La question des prix de l’énergie est d’autant plus d’actualité en raison des récents développements du conflit au Moyen-Orient, en particulier la guerre en Iran en juin. En effet, une fermeture du détroit d’Hormuz pourrait entraîner une hausse des prix du pétrole et faire grimper les coûts tout au long de la chaîne de valeur.

Graphique 1: La sensibilité est la plus élevée face à la hausse des prix de l’énergie et à la réglementation


Sources: UBS, Intervista.

 

Un net renforcement de la pénurie de main d’œuvre qualifiée ainsi qu’une forte appréciation du franc suisse sont considérés comme des défis pertinents par près de la moitié des entreprises. Une guerre commerciale entre les Etats-Unis et l’Union européenne (UE) est jugée pertinente par 45% des entreprises, en raison des liens économiques étroits avec l’UE, tandis qu’un conflit commercial entre les Etats-Unis et la Chine est considéré comme pertinent par 33% des entreprises.

Bien que les droits de douane imposés par l’administration américaine aient dominé l’actualité au moment de l’enquête en avril 2025, la hausse des droits d’importation américains à l’encontre de la Suisse joue un rôle secondaire pour de nombreuses entreprises locales par rapport aux autres défis: seuls environ un quart des entreprises suisses la considèrent comme pertinente pour leur compétitivité.

L’exposition aux défis varie

L’analyse par secteur montre que les entreprises industrielles considèrent plus souvent une hausse des prix de l’énergie comme un défi pertinent que les entreprises de services (graphique 2). Cela s’explique par le fait que les entreprises industrielles dépendent généralement davantage des sources d’énergie (notamment fossiles), de sorte que de tels chocs de prix les affectent plus fortement. Selon l’enquête, les secteurs des transports et de la logistique, du bâtiment ainsi que les entreprises de fourniture et d’élimination des déchets se montrent également plus sensibles à un choc sur les prix de l’énergie. Dans le secteur du bâtiment, une aggravation de la pénurie de main-d’œuvre qualifiée est en outre jugée pertinente pour la compétitivité par une proportion particulièrement élevée d’entreprises (78%). La pénurie de main-d’œuvre est déjà largement répandue dans la construction, et une aggravation de la situation nuirait donc encore davantage à ce secteur.

Graphique 2: Sensibilité très variable face à la hausse des prix de l’énergie – exposition uniforme face à la réglementation


Sources: UBS, Intervista.

En cas d’augmentation de la densité réglementaire, l’exposition serait particulièrement forte pour les grandes entreprises: 83% d’entre elles considèrent un durcissement comme pertinent, contre 59% pour les micro-entreprises. Les grandes entreprises sont déjà aujourd’hui davantage concernées par les réglementations, notamment dans le domaine de la durabilité1. Une comparaison sectorielle montre en outre que les prestataires de services financiers et aux entreprises (par exemple, avocats, conseillers fiscaux, auditeurs, etc.), les entreprises des technologies de l’information et de la communication (TIC) ainsi que les entreprises industrielles sont particulièrement touchés par l’intensification de la réglementation. 
Une forte appréciation du franc suisse constitue le principal défi pour les entreprises orientées vers l’exportation (celles dont la part du chiffre d’affaires à l’étranger dépasse 10%). En effet, un franc fort renchérit les produits suisses à l’étranger et réduit ainsi leur compétitivité, si bien que la majorité de ces entreprises en évalue les conséquences de manière négative. À l’inverse, les entreprises ayant une faible part d’exportations, voire aucune, perçoivent souvent l’appréciation du franc comme un avantage : les importations deviennent alors moins chères, ce qui réduit leurs coûts et peut renforcer leur compétitivité. Sont donc particulièrement touchés l’industrie exportatrice, mais aussi l’hôtellerie-restauration ainsi que le secteur des transports et de la logistique, qui, bien que davantage tournés vers le marché intérieur, restent dépendants de l’étranger et donc du taux de change.

Les défis liés au commerce concernent également plus fréquemment les entreprises exportatrices. Ce sont surtout les entreprises industrielles qui s’en inquiètent. L’importance des marchés touchés par les mesures commerciales restrictives pour chaque entreprise est déterminante. Ainsi, 49% des entreprises pour lesquelles les Etats-Unis représentent un débouché d’une certaine ou d’une grande importance considèrent que la hausse des droits de douane américains sur les produits suisses aurait des conséquences significatives.

Les entreprises confrontées à des défis sont plus dynamiques

Selon l’enquête, les entreprises les plus exposées aux défis mentionnés ci-dessus prennent plus fréquemment des mesures pour préserver ou renforcer leur compétitivité. Ainsi, les entreprises suisses pour lesquelles les chocs sur les prix de l’énergie sont un enjeu important prévoient plus souvent de mettre en œuvre des initiatives de durabilité au cours des trois prochaines années (Graphique 3). Cela leur permet de réduire leur consommation d’énergie et d’accroître leur résilience face à de futurs chocs énergétiques. Par ailleurs, les entreprises particulièrement touchées par la pénurie de main-d’œuvre qualifiée prévoient d’investir davantage, au cours des trois prochaines années, dans l’automatisation et la numérisation, y compris l’intelligence artificielle. Les nouvelles technologies contribuent à atténuer les effets freinant la croissance d’une population active stagnante et constituent un outil pour lutter contre la pénurie de main-d’œuvre.

Graphique 3: Les entreprises concernées réagissent activement aux défis


Sources: UBS, Intervista.

 

Les entreprises affectées par l’appréciation du franc suisse ne misent pas uniquement sur une réduction des prix pour atténuer l’effet du taux de change, mais se concentrent plus fréquemment sur le lancement de nouveaux produits ou le développement substantiel de produits existants, la conquête de nouveaux marchés ou de nouveaux segments de clientèle importants, ainsi que sur le renforcement de la notoriété de leur marque (Graphique 4). Plutôt que de comprimer leurs marges, ce qui affaiblirait l’entreprise, elles cherchent à accroître leurs ventes par des stratégies d’expansion et à se différencier grâce à leurs produits. En cohérence avec cette approche, ces entreprises mettent particulièrement l’accent sur les investissements en recherche et développement.

Graphique 4: Expansion des ventes et différenciation des produits comme réponse à l’appréciation du franc suisse


Sources: UBS, Intervista.

 

Délocalisation partielle à l’étranger en raison de la pression réglementaire croissante en Suisse

Une autre mesure présentant un risque particulièrement élevé pour l’économie suisse est la délocalisation d’activités à l’étranger. Comme la sur-réglementation touche un large éventail d’entreprises suisses (Graphique 2), l’enquête a spécifiquement interrogé les sociétés sur leur stratégie face à une densification de la réglementation. Selon les résultats, 16% des entreprises envisagent, dans ce cas précis, de transférer au moins partiellement leurs activités à l’étranger (Graphique 5).

Un facteur clé dans la décision de délocalisation est la disponibilité de ressources financières: les grandes entreprises disposent généralement de moyens financiers plus importants et sont donc plus mobiles à l’international. Il est également déterminant de savoir si l’entreprise peut s’appuyer sur des structures déjà existantes à l’étranger. D’après l’enquête, les grandes entreprises sont donc plus susceptibles que les PME de transférer leur siège. Elles sont aussi davantage soumises à des exigences réglementaires, notamment en matière de durabilité, et ressentent la pression réglementaire de façon plus intense.

Il est frappant de constater que les entreprises industrielles envisagent également plus souvent un départ, même si elles déclarent disposer moins fréquemment de ressources financières suffisantes. Ici, la compétitivité actuelle joue un rôle : les entreprises en position concurrentielle faible, dont une part supérieure à la moyenne concerne l’industrie, sont plus enclines à envisager un changement de site (Graphique 5). Pour elles, une nouvelle dégradation de leur compétitivité, par exemple en raison de charges administratives accrues liées à la réglementation, peut devenir une menace existentielle et nécessiter des mesures drastiques. Toutefois, le financement d’une délocalisation reste un point critique – sauf si un site à l’étranger existe déjà.

Graphique 5: Plus la position concurrentielle est faible, plus la propension à délocaliser est élevée


Sources : UBS, Intervista.

 

En cas de délocalisation, la question du pays de destination se pose. L’Europe n’est souvent pas une alternative attrayante en raison de sa propre densité réglementaire élevée. Les réglementations en matière de protection des données et de durabilité sont fréquemment harmonisées, ce qui n’offre guère d’avantage concurrentiel clair à de nombreuses entreprises souhaitant quitter la Suisse. Les différences au niveau des réglementations spécifiques aux produits ou aux secteurs devraient donc être déterminantes. Les Etats-Unis pourraient représenter une option intéressante grâce aux mesures de déréglementation annoncées par Trump. Toutefois, les incertitudes politiques, tant sous l’administration Trump qu’en cas de futurs changements de gouvernement, pourraient inciter à la prudence.

Digression: délocalisation partielle des activités aux Etats-Unis en raison du maintien des droits de douane américains

En réaction aux droits de douane américains, environ 6% des entreprises suisses considèrent une délocalisation partielle ou totale de leurs activités aux Etats-Unis comme une option possible. La propension à délocaliser dépend de l’exposition de l’entreprise au choc douanier, mais d’autres facteurs entrent également en jeu: même parmi les entreprises pour lesquelles les Etats-Unis représentent un marché important, seule un tiers envisage cette démarche. Un autre critère déterminant est l’existence d’un site à l’étranger aux Etats-Unis (Graphique 6). Lorsque cela est le cas, cela indique que l’activité sur place était déjà pertinente pour l’entreprise avant même le choc douanier.

Pour les entreprises sans présence aux Etats-Unis, les obstacles à une délocalisation sont nettement plus élevés. Une telle démarche nécessite des investissements sur plusieurs années et s’accompagne de nombreux défis: outre les aspects financiers liés à la création de sites de production et de nouvelles chaînes d’approvisionnement, d’autres obstacles moins visibles peuvent survenir lors d’une production aux Etats-Unis. Par exemple, un éventuel manque de main-d’œuvre qualifiée sur place ou la perte potentielle du label Swissness. De plus, une délocalisation des activités aux Etats-Unis pourrait, selon la position dans la chaîne de valeur, entraîner des droits de douane élevés sur les intrants importés, et ce indépendamment de l’existence d’un site à l’étranger.

Graphique 6: S’appuyer sur des structures existantes 



Sources: Intervista, UBS.
 

 

Les entreprises suisses se renforcent face aux défis

La compétitivité des entreprises suisses est continuellement mise à l’épreuve par divers défis. L’enquête montre, à travers l’exemple de la sur-réglementation, que certaines entreprises envisagent effectivement une délocalisation partielle ou totale à l’étranger si la réglementation venait à se renforcer davantage en Suisse. Parmi les entreprises prêtes à quitter le pays, on retrouve surtout celles qui sont déjà aujourd’hui freinées par de nombreux obstacles et qui occupent une position concurrentielle plus faible par rapport à leurs rivales.

Néanmoins, même pour les entreprises disposant d’une certaine mobilité internationale, il manque souvent de véritables alternatives, de sorte qu’une délocalisation des activités n’est pas une option pour la majorité d’entre elles, malgré les difficultés rencontrées. Au lieu de délocaliser, de nombreuses entreprises suisses misent sur d’autres mesures pour relever les défis. Le leadership de longue date de la Suisse en matière d’innovation est le fruit d’un esprit d’entreprise dynamique, capable de faire face à des défis tels qu’un franc suisse fort et de développer ses propres solutions. C’est là que réside la force de l’entrepreneuriat suisse, soutenu par les avantages du marché domestique.

 

1Voir UBS: Politique de durabilité de l’UE: importance pour les entreprises suisses. Publié le 31.03.2025.

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