Le marché des introductions en bourse (IPO) est âprement disputé. La décision des entreprises de privilégier une place boursière plutôt qu’une autre est suivie de près car elle a d’importantes implications pour les investisseurs locaux et l’avenir des places financières et industrielles.
Au cours d’une année 2025 marquée par les droits de douane américains et l’instauration d’un nouvel ordre économique mondial plus fragmenté qu’auparavant, il est plus important que jamais de marquer des points et d’attirer les investisseurs pour financer sa croissance.
Sur ce marché très concurrentiel, la Suisse n’a pas répondu aux promesses de l’automne dernier malgré un pipeline de candidats que l’on disait bien garni. La biotech bâloise Byoversis, spin-off de l’ETHZ, est certes introduite en bourse, mais l’IPO est petite (80 millions) et le titre a chuté depuis lors.
Hong Kong en leader
La déception s’étend à l’ensemble de l’Europe. Au moment où le protectionnisme américain incite le Continent à investir et à se développer, les introductions en bourse sont minces. Selon un rapport d’EY, le nombre d’IPO a reculé de 24% en Europe (à 6 milliards de dollars) au premier semestre, alors qu’il s’est accru de 35% aux Etats-Unis (17 milliards) et a bondi de 172% en Asie (28 milliards). Wall Street et Hong Kong rient et l’Europe pleure.
«Avec 14 milliards de dollars, la capitale financière de la Chine dépasse le Nasdaq.»
Si les yeux européens se tournent généralement vers l’Amérique, c’est Hong Kong qui arrive en tête des IPO au premier semestre 2025. Par rapport au premier semestre 2024, l’augmentation atteint 695%, se félicitent les autorités boursières locales.
Avec 14 milliards de dollars, la capitale financière de la Chine dépasse le Nasdaq. On y trouve par exemple un leader des batteries comme CATL (5 milliards de dollars). Hong Kong se plaît à présenter 4 des 10 plus grandes IPO au monde au premier semestre, avec Hengrui Pharma, Haitian Flavouring & Food et Sanhua Intelligent Controls. Non seulement l’indice des actions chinoises continue de bien se comporter, mais des améliorations réglementaires et techniques attirent les investisseurs, selon la bourse HKEX.
Hong Kong profite aussi de placements secondaires d’actions de sociétés cotées en Chine continentale (follow-on shares) et attirées par l’essor de la ville côtière et son afflux de dollars, confirme une étude de S&P Global. Le plus grand fabricant mondial de batteries, Amperex Technology, en est un exemple parmi d’autres. On relèvera que le processus de l’IPO s’accélère et, dans ce cas, il n’a pris que 4 mois.
Tout porte à croire que la tendance devrait se poursuivre cet automne dans le contexte d’une hausse boursière soutenue par le gouvernement. Au sein des places chinoises elles-mêmes, on constate qu’une hausse de 51% des levées de fonds à la bourse de Shanghai contraste avec un recul de 18% à Shenzhen.
Déplacements effectifs vers les Etats-Unis
Non seulement les entreprises européennes peinent à faire appel aux places financières locales, mais elles se déplacent plus souvent aux Etats-Unis pour coter leurs actions.
La star de la fintech suédoise Klarna, celle du «Buy now, pay later», et Arm Holding, le spécialiste britannique des puces, ont choisi New York au détriment de l’Europe. Interrogé par le Wall Street Journal, Stephan Boujnah, CEO d’Euronext, établit un triste constat: «Il ne faudrait pas que l’Europe ne soit «qu’une zone entre l’Asie et l’Amérique». Cela en prend cruellement le chemin. En 2026, la société de paiements britannique Wise devrait être cotée aux Etats-Unis, annonce le WSJ. Même la City fait grise mine. Le nombre de cotations sur la place de Londres a chuté d’un cinquième en 5 ans.
L’impact se lira par exemple dans les comptes de retraite. «La création de valeur profitera aux enseignants du Texas et aux fonctionnaires de Californie plutôt qu’aux retraités européens», explique au WSJ Stephan Leithner, CEO de la Deutsche Börse. Effectivement, les caisses de pension privilégient fréquemment les actions locales aux marchés internationaux. Les gains de Nvidia profitent ainsi davantage aux retraités américains qu’aux Européens.
L’attrait de l’Amérique auprès des entreprises en quête d’IPO provient en partie d’une valorisation supérieure Outre-Atlantique. Plus la valorisation est élevée et plus une entreprise peut réduire le coût de ses acquisitions. En termes de PER de Shiller, l’Inde est le marché le plus cher, devant les Etats-Unis et Taïwan, selon une analyse récente The Market. En termes de PER ou de cours par rapport aux fonds propres, les Etats-Unis sont également les plus chers ou presque les plus chers. Dans les classements de valorisation, il ne resterait d’ailleurs que peu de marchés bon marché, à part quelques marchés émergents, dont Hong Kong et le Brésil.