Une bulle spéculative estivale est en formation

Emmanuel Garessus

2 minutes de lecture

Les actions sont très chères et les signes d’euphorie se multiplient. La hausse se poursuit car les mauvaises surprises sont en vacances.

 

Les actions américaines battent des records, les valorisations s’envolent et les «actions mèmes» reprennent leur folle envolée. Les signes de bulle spéculative s’amoncèlent cet été aux Etats-Unis. Quelle est la réalité et l’étendue de ce risque spéculatif?

Le phénomène des «actions mèmes» est sans doute l’un des premiers signes de surchauffe boursière aux Etats-Unis. Comme en 2021, des groupes de jeunes investisseurs utilisent les réseaux sociaux pour pousser à la hausse des actions de sociétés décriées par les spécialistes et parfois déficitaires. Après GameStop en 2021, c’est aujourd’hui le cas du spécialiste de la photo GoPro, de la plateforme immobilière Opendoor Technologies ou des magasins Kohl’s. Le Wall Street Journal raconte qu’ainsi Opendoor Technologies a gagné 439% en un mois! Mais d’autres indicateurs d’excès alarment les experts. Le Wall Street Journal indique que la prime de risque des actions est tombée à presque 0, si bien que le risque lié à la détention d’actions n’est plus rémunéré. La hausse des cryptos est aussi considérée comme une quête du risque accrue.

De nombreux avertissements

L’euphorie qui règne à Wall Street amène le Financial Times à en faire sa couverture du samedi. Michael Hartnett, stratégiste auprès de Bank of America, écrit dans une note citée par Yahoo Finance: «Davantage d’investisseurs grand public, davantage de liquidités, davantage de volatilité, davantage de bulle». Il motive son avertissement par les attentes d’une politique monétaire américaine plus accommodante et d’une dérégulation qui amènerait les petits investisseurs en bourse.

«Le phénomène des «actions mèmes» est sans doute l’un des premiers signes de surchauffe boursière aux Etats-Unis.»

La hausse des actions américaines contraste avec l’incertitude liée aux effets de la guerre commerciale, aux conflits et tensions géopolitiques ainsi qu’à la hausse des dettes publiques. Cette incertitude est fortement liée à Donald Trump. Or les bourses mettent donc progressivement de côté les risques liés à l’Administration américaine. Le magazine financiers Barron’s va jusqu’à demander aux investisseurs de «dé-Trumpifier» leur façon de penser pour apprendre à aimer la bourse. La règle du TACO, qui vaut pour les droits de douane, est reprise dans d’autres domaines. 

Mais il n’est pas accordé à tout le monde d’oublier Donald Trump. Un sondage de Gallup auprès des investisseurs, repris par le WSJ, révèle que six investisseurs sur dix s’attendent à ce que le pire de la volatilité soit devant nous. Le biais politique des participants est significatif puisque 9 investisseurs démocrates sur dix s’attendent au pire. Il n’en demeure as moins que les effets de la guerre commerciale restent floux sur une économie américaine qui, comme l’indique le FT, défie la gravité.

La valorisation des actions américaines est indiscutablement supérieure à celle des actions européennes par exemple. Mais les indices américains résistent. Il est vrai que ce sont les changements à la marge qui importent. Et ils sont positifs. Les résultats trimestriels des groupes américains sont meilleurs que prévu.

Un risque de concentration

Les risques de valorisation et de concentration qui planent sur la bourse ne sont pas nouveaux. Ainsi 10 actions représentent 40% de la capitalisation boursière de toute la cote américaine.Le multiple des bénéfices futurs de ces 10 valeurs se monte à 27 fois. 

Le Barron’s se veut rassurant en indiquant qu’au début de l’an 2000, le PER des 10 plus grandes valeurs atteignait 44 fois. Est-ce d’ailleurs rassurant? Les actions américaines ont ensuite baissé pour finir l’année 2000 en recul de 9%, avant une baisse de 12% en 2001 et de 22% en 2002. D’autres critères pointent vers une valorisation très élevée, comme Le PER de Shiller, plus haut qu’en 2021 et plus très loin du pic de l’an 2000.

La performance des actions américaines doit toutefois être relativisée par l’effet de change. Le billet vert a perdu 12,8% au premier semestre. Ainsi, l’indice des actions mondiales MSCI Monde a certes progressé de 12,6% en dollars, mais il a reculé de 1,3% en francs suisses, observe The Market, le site financier de la NZZ. Les actions américaines sont donc moins chères qu’il n’y paraît pour un investisseur suisse. Mais les critères de valorisation ne sont pas ajustés des effets de change. La bourse américaine reste donc très chère et vulnérable à la moindre déception.

A lire aussi...