L’Asie s’impose comme un pôle de croissance stable et solide. En son sein, deux capitales tirent leur épingle du jeu, Singapour, un centre de haute technologie de 5,9 millions d’habitants, et la place financière et commerciale de Hong Kong, avec 7,5 millions d’habitants. En qui l’investisseur peut-il avoir le plus confiance?
Les clignotants sont au vert pour ces deux champions asiatiques. En bourse, l’indice Hang Seng de Hong Kong (+27% depuis le début de l’année), sous l’effet de la demande chinoise et internationale, a progressé au même rythme cette année que l’indice STI des actions de Singapour (+27% aussi). Mais le dollar de Hong Kong a baissé de 8% face à celui de Singapour depuis la fin décembre et de 13% par rapport au franc suisse. Il faut rappeler que la banque centrale de de Hong Kong maintient un ancrage entre le dollar de Hong Kong et le dollar américain.
Des perspectives conjoncturelles favorables
Singapour s’est mieux reprise du covid que la plupart des autres pays, y compris que Hong Kong. Du dernier trimestre 2019 à aujourd’hui, le PIB réel de Singapour s’est accru de 18%, soit bien davantage que les Etats-Unis (environ 12%) et encore plus fortement que Hong Kong (environ 6%), selon le blog International Liberty.
Une analyse économique comparative à long terme du magazine The Economist révèle que Singapour progresse sensiblement plus vite que Hong Kong depuis le début du siècle, notamment à partir de la crise financière de 2008. En 1999, le PIB par habitant était semblable entre les deux capitales, mais en 2023, il est 1,7 fois plus élevé à Singapour qu’à Hong Kong.
«Singapour est présentée comme plus technocratique et Hong Kong plus libérale.»
Les préoccupations des deux capitales ne sont pas d’ordre macréconomique. La croissance devrait être modérée dans les deux métropoles cette année (+2% à Singapour et 1,9% à Hong Kong en 2025, selon le FMI). Quant à la hausse des prix, elle devrait être limitée à 1,3% à Singapour en 2025 et 1,9% à Hong Kong.
Selon le dernier rapport du FMI (juillet 2025), en 2025, l’économie de Singapour devrait être soutenue par la politique monétaire et budgétaire expansive. A signaler que le pays connaît un excédent budgétaire et que le gouvernement dispose d’une grande marge de manœuvre s’il fallait réagir à un choc. La situation n’est guère moins favorable à Hong Kong, où les préoccupations portent sur l’endettement des entreprises non-financières.
Dans un monde où l’innovation technologique est primordiale, à long terme Singapour devrait croître davantage que Hong Kong en raison de sa meilleure capacité à attirer les talents, avance Daniel Mitchell, sur son blog International Liberty. La reprise en main par Pékin semble par contre pénaliser Hong Kong.
L’incertitude est liée au contexte géopolitique. Singapour, où les importations américaines ne sont pas taxées, n’a pas encore annoncé d’accord sur les droitsd e douane avec Washington, à l’inverse du Japon, des Philipines, de l’Indonésie et du Vietnam.
Les deux centres économiques se distinguent clairement sur le plan politique. Hong Kong est une «région administrative de la République populaire de Chine». A l’indice de démocratie, Singapour est logiquement nettement mieux placée que Hong Kong. A l’indice de liberté économique de la Fondation Heritage, Hong Kong Kong a été retirée du classement depuis 2020.
Débat sur la liberté économique
En revanche Singapour arrive en tête de l’indice de liberté économique de cet institut devant la Suisse. Singapour profite de sa forte protection des droits de propriété individuelle, de l’intégrité de son administration, d’une fiscalité compétitive (taux d’imposition maximal sur le revenu de 24%), de son ouverture au commerce et de sa stabilité financière.
Par contre l’Institut Fraser continue de couvrir Hong Kong et place cette capitale en tête de son indice de liberté économique devant Singapour et la Suisse. Ici, Hong Kong et Singapour brillent ici par leur ouverture au commerce et leur réglementation libérale. Le poids de l’Etat dans l’économie est majeur puisqu’à ce critère, ils sont 45e (Hong Kong) et 47e (Singapour). Par contre Hong Kong n’est que 21e en termes de protection de la propriété et Singapour 31e pour la santé de sa monnaie.
«Sur le plan macroéconomique, Singapour s’est mieux reprise du covid que la plupart des autres pays, y compris que Hong Kong.»
Un regard institutionnel
L’issue du match entre Singapour et Hong Kong est incertaine et dépend de l’angle privilégié.
Dans Economic Liberalism and the Development State, l’essayiste Bryan Cheang présente une approche historique et institutionnelle qui met en avant les atouts de Hong Kong.
Cette région administrative spéciale est plus innovante, entrepreneuriale et fait davantage confiance au principe de laisser-faire que Singapour.
Les Chinois qui se sont établis à Hong Kong se sont vus imposer très peu de restrictions étatiques et ont pu profiter du cadre juridique britannique de cette ancienne colonie, notamment son respect de la propriété privée, note l’Institut Mises dans la recension de ce livre.
Pour Cheang, l’accueil des migrants chinois a été très différent à Singapour. «Les autorités singapouriennes ont démantelé les associations claniques chinoises et les réseaux commerciaux, les considérant comme dépassés et politiquement suspects. Au lieu d'encourager l'entrepreneuriat local, l'État a favorisé les grandes entreprises liées au gouvernement (GLC) et les multinationales étrangères, estimant qu'elles étaient plus efficaces et plus faciles à contrôler». Singapour est présentée comme plus technocratique et Hong Kong plus libérale.
Pour l’instant, en réponse à la politique monétaire américaine et des énormes excédents commerciaux de la Chine, le système bancaire de Hong Kong accueile des montants considérables dans ses dépôts bancaires. La direction prise par cet argent influencera grandement les marchés ces prochains mois.