Après une longue période de vigueur, la devise mondiale a considérablement perdu du terrain ces derniers mois. L'indice dollar, qui mesure l'évolution de six devises par rapport au billet vert et est très suivi, a ainsi perdu environ 11% au cours du premier semestre. Il s'agit de la plus forte baisse enregistrée au cours d'un premier semestre depuis 1973. Le dollar s'est toutefois stabilisé ces derniers temps.
Ce recul s'explique par la politique peu rassurante menée par le président américain. Les déficits budgétaires persistants et surtout ses attaques contre l'indépendance de la Réserve fédérale américaine ont sapé la confiance dans la monnaie américaine.
En tant qu'institution indépendante, la Fed garantit une politique monétaire apolitique qui vise à atteindre deux objectifs: la stabilité monétaire et la prospérité économique. Lorsqu'un président tente d'utiliser la banque centrale à des fins politiques, cela tire la sonnette d'alarme.
Powell va-t-il devenir un canard boiteux?
Il est remarquable de constater la virulence avec laquelle Trump attaque sans relâche le président de la Fed, Jerome Powell, parce que celui-ci refuse obstinément de baisser les taux d'intérêt de manière rapide et significative. Il n'est donc pas surprenant que le président américain continue de faire pression pour obtenir des changements au sein du puissant comité de la Fed.
Le mandat de Powell à la tête de la banque centrale américaine prendra fin en mai 2026. D'ici là, il devra jouer le rôle de bouc émissaire pour Trump. Chaque fois que quelque chose ne va pas, Trump peut rejeter la faute sur lui ou sur la Fed.
L'objectif de Trump est de nommer autant de postes que possible à des personnes favorables à une politique monétaire accommodante et loyales envers lui. Mais ce n'est pas si simple, car le remplacement du président de la Fed ne suffit pas. Les décisions relatives aux taux d'intérêt sont en effet prises par douze membres ayant droit de vote, et Trump ne peut en remplacer que deux avant la fin de son mandat. S'il avait les mains libres, le dollar aurait probablement chuté bien davantage.
Mais étant donné que Trump est Trump, il ne se privera pas d'essayer d'exercer une influence aussi grande que possible sur la politique monétaire américaine. Le débat public sur le successeur éventuel de Jerome Powell et sa nomination prématurée cette année encore, à une date inhabituellement précoce qui envoie un signal fort, sert également cet objectif.
Cela permettrait d'installer un président fantôme qui influencerait les attentes du marché concernant la future politique des taux d'intérêt bien avant le changement de mandat, reléguant ainsi le président actuel de la banque centrale au rang de canard boiteux.
Trump aimerait bien sûr occuper lui-même ce poste. Comme cela lui est impossible, il mettra tout en œuvre pour étendre progressivement son influence sur la banque centrale américaine. Cela ne devrait pas renforcer la confiance dans le dollar américain, mais c'est la prospérité économique d'un pays qui détermine la valeur de sa monnaie.
Si l'économie américaine venait à faiblir et que l'inflation restait supérieure à l'objectif de 2%, un président de la Fed fidèle à Trump pourrait ignorer la stabilité monétaire et se mettre au service du gouvernement. Dans ce cas, la faiblesse du dollar devrait se poursuivre.