Les départs fiscaux vers l’Italie sont anecdotiques

Emmanuel Garessus

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Laurent Gagnebin, CEO de Rothschild & Co Bank, présente ses résultats semestriels et s’exprime sur l’attrait de la place financière et sur la Finma.

La tendance des résultats des banques de gestion est positive au premier semestre. Les comptes semestriels de Rothschild & Co Bank en témoignent. L’argent frais atteint 535 millions de francs au premier semestre, selon le rapport publié jeudi. La progression est très positive en Suisse et dans les affaires internationales.

Le rapport précise que la succursale de Dubaï vient d’être inaugurée et que celles d’Israël et d’Espagne sont très récentes.

La hausse du franc par rapport au dollar, à la livre sterling et à l’euro s’est toutefois fait sentir, à travers une baisse des actifs sous gestion de 1,3 milliard de francs à 33,7 milliards de francs (-4%). La baisse des taux d’intérêt exerce également un impact négatif, à hauteur de 32% (23,6 millions de francs). Si le total des revenus diminue de 4%, les dépenses sont stables, si bien que le bénéfice d’exploitation diminue de 16% à 23,8 millions de francs et le bénéfice net de 19% à 13,97 millions de francs. Laurent Gagnebin, CEO de Rothschild & Co Bank SA, répond aux questions d’Allnews:

Etes-vous satisfait de la rentabilité de la banque au premier semestre?

Oui, nous sommes satisfaits des résultats. Nous sommes parvenus à augmenter de 2% nos revenus dans le «core business» (revenus des commissions et services) malgré les freins qu’ont représenté la baisse du dollar et celle des taux d’intérêt. Le bénéfice brut diminue de 16%, mais le cœur de métier se porte bien.

«Nous sommes parvenus à augmenter de 2% nos revenus dans le ‘core business’ (revenus des commissions et services).»

Qu’en est-il de la collecte nette?

Avec 535 millions de francs au premier semestre, l’argent frais s’inscrit dans nos objectifs. Nous sommes même légèrement en avance sur nos objectifs annuels.

Est-ce que l’argent provient de Suisse ou d’autres pays?

L’argent frais provient en grande partie de la Suisse, à la fois de Genève et de Zurich. Nos succursales se comportent également bien, notamment Israël et Dubaï.

Pourquoi avez-vous réorganisé vos activités en France et au Bénélux?

Nous avions acquis la Banque Pâris Bertrand en 2020, laquelle disposait d’un bureau au Luxembourg qui n’offrait pas le Custody. Les actifs ne pouvaient donc pas se trouver chez Rothschild & Co. Nous avons donc réorganisé nos activités luxembourgeoises pour les placer sous la responsabilité de RMM, en France. Le but est d’offrir le dépôt au Luxembourg pour les clients de l’ensemble du groupe Rothschild & Co.

Les dépenses de la banque sont stables. Est-ce que vous augmentez le nombre de Relationship Managers (RM)?

Nous continuons à augmenter le nombre de RM, surtout en Suisse et en Europe. Mais nous continuons, comme par le passé, de contrôler attentivement nos dépenses, notamment dans le contexte de la baisse des taux d’intérêt et du dollar, lequel représente plus du tiers de nos revenus.

Est-ce que vous prévoyez une hausse des revenus pour l’ensemble de l’année?

Il sera difficile de présenter une augmentation des revenus en 2025. Nous n’avions pas budgeté une baisse du dollar. Nous serons contents avec une stabilité des recettes cette année après une baisse de plus de 10% du billet vert. Et je pense que sa dépréciation n’est pas terminée.

Au deuxième semestre, les taux d’intérêt devraient baisser aux Etats-Unis et en Europe tandis que les taux suisses pourraient devenir négatifs. L’augmentation des revenus ne devrait être possible qu’avec l’aide des marchés financiers.

Quel est votre principal défi pour le deuxième semestre?

Le défi sera d’ordre géopolitique. Nous avons longtemps pu nous concentrer sur les facteurs microéconomiques, mais la géopolitique est revenue en force. Son imprévisibilité est un réel défi tant pour les taux d’intérêt que pour les monnaies et les marchés. Qu’il s’agisse des droits de douane, des conflits en Ukraine et au Proche-Orient ou de l’indépendance de la Réserve fédérale, la géopolitique est au centre des décisions.

Le premier semestre a été marqué par la hausse du bitcoin et par les nouvelles réglementations américaines à l’égard de la crypto. Est-ce que cela modifie votre modèle d’affaires ou votre offre?

Non, pas pour l’instant. Je pense que les banques suisses analyseront les implications de ces changements. Si les Américains peuvent acheter des bitcoins pour leur fond de retraite, nous assisterons à une démocratisation de la crypto. Les banques suisses devront se poser la question de leur intégration dans leur offre à la clientèle.

«Toutes les banques ne doivent pas être mises à la même enseigne qu’UBS».

Est-ce que les départs supposés de Suisses vers l’Italie pour des raisons fiscales ne sont qu’anecdotiques? Ou est-ce une tendance?

C’est anecdotique, même si l’information a fait grand bruit à Genève. Les départs de Suisses vers l’Italie sont anecdotiques, à l’inverse de ceux des résidents «non-doms» britanniques vers l’Italie qui, eux, s’inscrivent dans une tendance de fond.

Malgré l’incertitude sur l’initiative socialiste sur les successions et sur les rapports entre la Suisse et l’UE, la place de la Suisse demeure-t-elle attractive?

La Suisse reste très attractive pour les clients privés mais sa position est plus fragile pour les entreprises manufacturières à la suite des droits de douane américains de 39% et d’un franc qui continue de s’apprécier. La Suisse reste un exemple de démocratie et un Etat de droit qui parle aux clients étrangers et les incite à placer une partie de leurs avoirs en Suisse.

Est-ce qu’il existe une différence de génération? Les jeunes clients étrangers ne cherchent-ils pas autre chose que la perspective d’une stabilité institutionnelle et politique?

De nombreux clients jeunes ne s’attendaient pas du tout à être les témoins d’une guerre en Europe, de l’instabilité au Moyen-Orient et d’une politique extérieure américaine qui abandonne sa fonction de gardienne de l’ordre mondial et qui change de positions brusquement. Les jeunes générations se rendent compte subitement que le monde ne sera plus aussi stable que ces 40 dernières années. Cet environnement favorise la place financière suisse.

Est-ce que la réglementation suisse reste un atout pour les banques de gestion?

La Suisse devra montrer au monde qu’elle a tiré les enseignements de la fin de Credit Suisse.

Il est important que les banques suisses se comportent de manière exemplaire. La Finma doit mettre en place les règles nécessaires pour assurer la sécurité des avoirs et des droits financiers des particuliers, par contre il est également important d'assurer le bon fonctionnement des marchés financiers (deuxième but de la Finma). Si nous mettons en place trop de règles et de restrictions, certaines PME ne trouveront plus assez de banques pour répondre à des besoins spécifiques.

Que proposez-vous?

Toutes les banques ne doivent pas être mises à la même enseigne qu’UBS. Les banques de catégorie 4, comme nous, ne doivent pas être traitées de la même manière qu’une banque systémique. Il devrait y avoir un principe de proportionnalité entre la catégorie des banques et les contrôles.

Quelles sont vos principales convictions sur les marchés?

Nous essayons de faire abstraction des bruits ambiants et de nous concentrer sur les résultats des entreprises, d’ailleurs assez encourageants. Nous sommes positifs sur les actions européennes, qui profitent d’une valorisation plus attractive, et de la prise de conscience de l’UE qui se rend compte qu’elle doit être davantage pro-active et moins dépendante des autres.

Nous partons de l’hypothèse que les taux d’intérêt baisseront un peu partout. Cela plaide en faveur d’une duration plus longue, même si les droits de douane devraient se traduire par une hausse de l’inflation aux Etats-Unis.

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