Bien que les créations d’emplois de juillet soient ressorties légèrement en deçà des attentes (+75'000 contre +100'000 attendus), le principal facteur de cette réaction tient aux fortes révisions à la baisse des deux mois précédents : les chiffres de mai et juin ont été revus à la baisse de 258'000 emplois au total, ne laissant que des gains nets de +14'000 et +18'000 respectivement. Selon le Bureau of Labor Statistics (BLS), ces révisions s’expliquent par une réponse plus lente qu’à l’accoutumée des entreprises à l’enquête, rendant les premières estimations moins fiables. Cela suggère que le marché du travail pourrait avoir été nettement plus faible qu’estimé initialement.
Nous considérons ce développement comme significatif, car il remet potentiellement en question le récit récent d’une économie résiliente – une vision jusqu’ici largement confortée par la Fed ces derniers mois. Ce nouveau signal rouvre clairement la porte à une baisse des taux en septembre, scénario qui semblait encore très incertain à l’issue de la réunion de juillet du FOMC. Il pourrait même raviver des scénarios extrêmes, comme une baisse de 50 points de base, si le ralentissement du marché du travail devait se confirmer dans les prochaines données. Rappelons que la Fed a répété à plusieurs reprises qu’elle réagirait fermement en cas de détérioration brutale du marché de l’emploi.
Cela dit, il est aussi possible que le ralentissement observé en mai et juin ne soit que temporaire, peut-être lié aux incertitudes autour des politiques commerciales, lesquelles se sont partiellement dissipées avec la conclusion de récents accords.
Un autre élément de prudence concernant une réaction rapide de la Fed aux chiffres publiés vendredi réside dans la manière dont elle interprète ces données. Lors de sa conférence de presse la semaine dernière, le président Powell a souligné que le Comité s’attendait à une modération des créations d’emplois, et accorde désormais plus d’importance au taux de chômage, qui n’a augmenté que modestement, passant de 4,12% à 4,25%. Du point de vue de la Fed, le marché du travail peut donc encore apparaître équilibré, la demande et l’offre de travail ralentissant de concert.
Par ailleurs, l’annonce du départ de la gouverneure Adriana Kugler a également contribué au repli des taux, en ouvrant la voie à une nomination anticipée par le président Trump d’un membre potentiellement plus favorable à une politique de baisse des taux.
Nous réévaluons actuellement nos expositions à la lumière de ces développements et réexaminons nos anticipations de politique monétaire en vue de la réunion de septembre.