En juin, la Banque nationale suisse (BNS) a baissé son taux directeur à 0%. L’inflation attendue pour 2025 n’est plus que de 0,2%, signe d’un environnement structurellement désinflationniste. Un taux négatif de -0,25% en septembre 2025 est attendu par les investisseur. En effet, la Suisse bénéficie d’une dynamique rare: sur les 30 dernières années, les salaires réels ont progressé de 13,4%, mais la productivité du travail par personne a bondi de 25,6%. Cette progression soutenue de la productivité, conjuguée à la discipline monétaire de la BNS et à la force du franc suisse, assure une remarquable stabilité des prix.
Le Swiss Average Overnight Rate (SARON) évolue désormais à -0,05%. Les placements à très court terme affichent donc des rendements négatifs. Cette situation reflète à la fois la faiblesse de l’inflation et la recherche extrême de sécurité des investisseurs. Dans ce contexte, un retour durable à une politique de taux négatifs n’est pas à exclure. Pourtant, cette perspective suscite des réserves. Les taux négatifs pénalisent l’épargne, amplifient les inégalités via la valorisation excessive des actifs, et nuisent à la rentabilité du crédit. Ils peuvent même freiner la consommation, les ménages épargnant davantage par crainte pour leurs objectifs de prévoyance. La BNS devra donc calibrer avec prudence.
Dans un univers où le taux sans risque est négatif, les investisseurs doivent reconsidérer leur allocation. Les obligations d’Etat suisses à court terme n’offrent aucun rendement réel. Seules les maturités au-delà de trois ans commencent à proposer des taux positifs. Dans la partie obligataire, il conviendra donc (i) d’augmenter la duration, ainsi que d’augmenter l’exposition (i) aux Pfandbriefs, (ii) aux credits d’entreprise, et (iii) aux obligations étrangères en couvrant contre le risque de change. Au sein d’un portefeuille multi-actif, l’augmentation du risque pourrait etre justifié via (i) le marché immobilier suisse, (ii) les actions suisses. Entre 2014 et 2022, les actions suisses (SMI TR) et les fonds immobiliers cotés (SWIIT) ont en effet surperformé en raison d’une prise de risque accrue de la partie des investisseurs.