Cocréée il y a 13 ans avec l’économiste américain Robert Shiller, la stratégie éponyme d’Ossiam réplique la performance de l’indice Shiller Barclays CAPE® US Sector Value TR. Le processus de type value est systématique et évite toute interférence humaine. En misant sur le ratio CAPE® (Cyclically Adjusted Price-to-Earnings) pour identifier les secteurs potentiellement sous-évalués, cette stratégie propose une exposition ciblée aux actions américaines. Elle privilégie les grandes capitalisations affichant un biais «value» et s’adresse avant tout aux investisseurs à la recherche d’une approche de long terme. Quelques questions à Paul Lacroix, responsable des produits chez Ossiam.
Quel est le raisonnement sous-jacent au ratio CAPE® de Shiller?
Documenté dans son ouvrage Exubérance irrationnelle publié en 2000, Robert Shiller fait ressortir le comportement moutonnier des investisseurs, source de bulles puis de crash, notamment dans le marché action. Sensible aux «narratives», l’investisseur moyen tend à porter son attention sur les “belles histoires” au détriment d’une approche rationnelle. C’est un comportement que l’on observe tout particulièrement à l’heure actuelle avec la peur de la guerre ou l’engouement pour la révolution de l’intelligence artificielle. En conséquence, le S&P 500 est très cher et très concentré sur certains titres. Pour vous donner un exemple, trois titres – Nvidia, Microsoft et Apple – représentent 20% de la capitalisation de marché de l’indice américain. L’an dernier 43% de la performance du S&P 500 venait du secteur IT et 22% provenait de l’action Nvidia uniquement. Cette forte concentration sur des valeurs très chères – la tech est à la fin du mois de juin 45% plus chère qu’elle ne l’a été au cours des 20 dernières années- a pour conséquence qu’un ETF S&P 500 n’offre plus suffisamment de diversification. Les secteurs de la «vieille économie» sont complètement délaissés. Notez que, par ailleurs, depuis quelques années, la dispersion entre secteurs est considérable. En 2022, l’écart entre Energie et Services de communication dépassait 100%.
Comment contourner ces biais?
En évitant les secteurs en bulle. Le modèle Shiller considère aujourd’hui les tech comme trop chères. Or, comme on l’a observé dans le passé, en cas de crise, ce sont généralement les secteurs qui ont le plus montés qui ont le plus baissés par la suite. C’est ce qui s’est passé en février et mars cette année. Notre stratégie consiste donc à appliquer une approche défensive en calculant un CAPE® par secteur, puis en sélectionnant les 5 secteurs les plus sous-évalués. Ensuite, nous éliminons de ces 5 secteurs celui ayant eu les moins bonnes performances sur les 12 derniers mois (value trap) - souvent délaissé pour de bonnes raisons -, et investissons sur 4 secteurs offrant de bonnes perspectives de valorisation. A l’heure actuelle, ces secteurs sont la consommation discrétionnaire, la consommation de base, les matériaux et les services de communication qui incluent des sociétés telles que Meta, Google, Verizon ou Disney, moins chers en valeur relative que dans les dernières années.
Quels résultats offre le modèle?
Très satisfaisants sur les 10 dernières années avec 1,8% d’alpha an par rapport à l’indice S&P 500. Depuis 2002, en cas de baisse, le modèle ne capture que 74% de la baisse et en cas de hausse, 104% de la hausse. Pour vous donner un exemple récent, entre fin 2024 et le 8 avril 2025, le S&P 500 était en baisse de 15% et notre stratégie de 8% seulement. Nous avons également remarqué que plus la dispersion est forte, plus la performance du modèle est bonne ce qui laisse augurer un environnement favorable à moyen terme.
Vous parliez de «value trap», pouvez-vous nous donner des exemples ?
Un exemple typique est le secteur de l’énergie pendant le COVID. Certes le pétrole était au plus bas mais le secteur ne présentait pas de perspectives attractives. Un autre exemple est le secteur financier au moment de la crise de 2008. Il pouvait paraitre tentant avec des prix très faibles mais mieux valait attendre la fin de la crise avant de réinvestir dans ce secteur.
Quelle est votre offre sur cette stratégie?
Nos encours dans la gamme de stratégies Shiller atteignent plus de 4 milliards d’euros avec des versions sur les actions américaines, européennes et mondiales. Nous proposons également des stratégies intégrant des filtres ESG ou une réduction de l’empreinte carbone.