Quel pourcentage de son patrimoine investir en Private Equity?

Frédéric Stolar, Altaroc

2 minutes de lecture

Les grandes banques privées internationales recommandent désormais une allocation cible de 20% du patrimoine total au capital-investissement pour leurs clients fortunés.

 

La question revient sans cesse: «Combien de mon patrimoine dois-je allouer au Private Equity?» Elle paraît simple, presque intuitive. En réalité, elle est aussi stratégique que personnelle. C’est la même question que se posent les plus grands fonds souverains, les caisses de retraite américaines, les compagnies d’assurance, ou encore les grandes familles européennes lorsqu’elles construisent une allocation patrimoniale pérenne.

Ce que font les institutionnels

À titre d’illustration, les universités américaines, à travers leurs fonds de dotation (endowments), allouent en moyenne 52% de leur patrimoine au Private Equity. Harvard, avec un patrimoine supérieur à 54 milliards de dollars, en est l’exemple le plus emblématique, comme le montre l’étude NACUBO-TIAA Study of Endowments (2023-2024) et le rapport annuel 2023 Harvard. Ces institutions n’ont qu’un seul objectif: faire fructifier leur capital sur le très long terme.

Du côté des fonds de pension, qui doivent assurer la pérennité de leur modèle de retraite par capitalisation, l’allocation moyenne au Private Equity atteint 21%, d’après une étude récente du S&P Global (2025). Les fonds souverains, eux, y consacrent 22% de leur patrimoine, souvent dans une logique de préparation à l’«après-rente» — qu’elle soit pétrolière, minière ou budgétaire.

Les compagnies d’assurance-vie, plus contraintes par Solvency II et la nécessité de garantir la liquidité de leurs passifs, plafonnent à 8%, en raison de limites réglementaires.

Quant aux grandes fortunes, elles présentent des écarts notables selon les régions du monde: plus de 30% aux Etats-Unis, autour de 20% en Europe, comme le montrent les études de Campden Wealth, Titanbay et UBS Wealth. Une progression constante, qui témoigne d’un rattrapage culturel vis-à-vis des Etats-Unis, où le Private Equity institutionnel est implanté depuis plus de 60 ans, contre à peine 35 ans en Europe.

Et pour un investisseur privé?

Les grandes banques privées internationales recommandent désormais une allocation cible de 20% du patrimoine total au Private Equity pour leurs clients fortunés. Il ne s’agit pas ici de 20% des liquidités disponibles, mais bien de 20% du patrimoine global. Ce chiffre peut sembler élevé, surtout en Suisse où les particuliers n’y consacrent encore qu’une faible part de leur patrimoine. Pourquoi un tel écart? Parce que longtemps, cette classe d’actifs était hors de portée: réservée aux institutionnels, aux grandes familles, à ceux qui pouvaient mobiliser plusieurs dizaines de millions d’euros par fonds.

Aujourd’hui, ce n’est plus le cas. Avec l’émergence d’acteurs spécialisés comme Altaroc, le Private Equity institutionnel devient accessible à une clientèle privée exigeante — en architecture ouverte, avec un ticket d’entrée maîtrisé, et une diversification clef en main immédiate.

Une logique patrimoniale…pas une opportunité conjoncturelle

Mais attention: investir en Private Equity ne s’improvise pas. C’est un engagement de long terme — souvent 7 à 10 ans — qui impose de répondre à deux questions fondamentales avant toute souscription:

  1. Quelle est ma «poche longue»? Autrement dit, quelle part de mon patrimoine puis-je immobiliser sans y toucher pendant plusieurs années? Il faut ici tenir compte de ses projets (résidence secondaire, études des enfants, investissements professionnels, etc.), avec l’aide de son banquier privé, son tiers gérant ou son family officer.
  2. Suis-je à l’aise avec l’illiquidité? Les premières distributions interviennent souvent à partir de l’année 4, mais la pleine valorisation d’un portefeuille s’observe en année 10. Ce n’est pas une classe d’actifs pour ceux qui souhaitent tout arbitrer à la moindre fluctuation macroéconomique.

Private Equity ou immobilier: le vrai comparatif

Traditionnellement, la poche patrimoniale longue était allouée à l’immobilier. Et pour cause: les investisseurs pouvaient construire progressivement un parc locatif, auto-financé par les loyers.

Mais il est temps de repenser cette équation. L’immobilier:

  • n’est pas liquide (vendre un bien prend des mois),
  • demande du temps (gestion locative, juridique, entretien…),
  • et coûte de l’argent (charges, travaux, fiscalité).

À l’inverse, le Private Equity offre une exposition à l’économie réelle, sans gestion active, avec un rendement historique net de frais de 13,4% par an1, contre 8,6% en moyenne pour les marchés cotés. Sur vingt ans, la différence est majeure: 3,5x la mise pour le coté, contre 12x pour le non coté. Le temps joue pour vous…à condition d’avoir su vous positionner.

Il est temps de revoir l’allocation

Dans les faits, beaucoup de clients nous disent: «Je suis déjà investi en Private Equity». La réalité? Ils ont placé quelques disponibilités, pour «voir».

Mais quand on regarde le patrimoine global, nous sommes encore très loin des 10%…sans parler des 20%.

L’enjeu est donc là: repenser les clés d’allocation, arbitrer certaines lignes peu productives, et engager une stratégie à long terme. Ce n’est pas une question de timing. C’est une question de construction patrimoniale.

En résumé, faut-il investir 10% de son patrimoine dans les mois qui viennent? Non. Ce n’est pas une question de vitesse. C’est une question de méthode. Déterminer sa poche longue. Comprendre son profil d’investisseur. Choisir les bons partenaires. Et y aller, progressivement, mais stratégiquement.


 

1Source: France Invest.

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