Redéfinir la philanthropie: la gestion de fortune responsable selon la «rising generation»

Christoph Courth, Pictet Wealth Management

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Il faut une gestion plus consciente et responsable de la fortune, le but n’étant pas simplement de la faire fructifier, mais de l’employer à bon escient afin de contribuer au changement.

Une étude menée par Pictet Wealth Management dans le cadre d’ateliers qui ont réuni plus de 150 invités âgés de 18 à 25 ans révèle que la «rising generation» voit l’entreprise, et non plus la philanthropie traditionnelle, comme le principal outil du changement. Elle indique également une mutation des domaines d’intérêt et de mobilisation des ressources au service de causes ayant un impact.

Une sphère d’influence globale 

Interrogés sur les leviers les plus efficaces à leur disposition pour exercer leur influence, les participants ont cité leurs entreprises à 44%, leurs investissements à 41% et la philanthropie à seulement 25%. Ces chiffres tendent à confirmer l’idée que, pour la jeune génération, la philanthropie sous sa forme traditionnelle est dépassée. De nombreux participants ne s’identifient pas comme des «philanthropes» et préfèrent les termes d’«activiste», d’«entrepreneur social», d’«investisseur social» ou d’«agent du changement».

Ils évoquent pour beaucoup la notion de sphère d’influence, soit une approche globale réunissant pilotage d’entreprise, gestion des investissements, exploitation de sa place dans la société et dans son secteur d’activité, ou encore utilisation stratégique de son capital philanthropique. Pour eux, la philanthropie classique a souvent du mal à répondre efficacement aux différents enjeux, en essayant de résoudre les problèmes de manière isolée au lieu de contribuer à un changement durable, dans le cadre d’un écosystème plus vaste.

Des domaines d’intérêt en mutation

Des études externes montrent que les principaux centres d’intérêt des philanthropes très fortunés sont l’éducation, la religion, la santé, les arts et la culture. Moins de 2% des financements philanthropiques sont consacrés au changement climatique et à la nature. Cependant, les priorités affichées par la jeune génération changent la donne. Les participants aux ateliers placent le changement climatique et la nature en tête de leurs préoccupations, suivis des inégalités et des conflits. 

Un désir d’innovation

Les fondations familiales sont en demande croissante de professionnalisation et de soutien stratégique. Les participants estiment que les générations précédentes n’ont pas utilisé le capital philanthropique avec autant d’efficacité qu’elles l’espéraient. Si l’octroi traditionnel de subventions reste essentiel pour certaines causes et dans certaines situations, ils sont convaincus que la philanthropie doit servir de catalyseur pour l’innovation et l’émergence de nouvelles initiatives en faveur d’un changement systémique, plutôt que de fournir une aide à court terme.

Ils expriment également leur volonté d’une démarche plus participative, en partenariat avec d’autres acteurs partageant leurs objectifs. Les financements mixtes sont particulièrement appréciés pour leur capacité à mobiliser le capital philanthropique afin de décrocher des fonds publics et institutionnels permettant d’obtenir des résultats pérennes. 

Les participants sont par ailleurs très conscients des déséquilibres de pouvoir inhérents aux relations classiques entre philanthropes et bénéficiaires. Ils citent notamment MacKenzie Scott, la cofondatrice d’Amazon, comme une pionnière qui révolutionne la dynamique traditionnelle en privilégiant un modèle basé sur la confiance. Les financements pluriannuels sans conditions ainsi accordés offrent aux organisations caritatives une flexibilité dans l’allocation des ressources, sans avoir à se limiter à des projets imposés par les donateurs.

L’investissement à impact gagne en popularité, avec 86% des «millennials» se disant intéressés, portés par la volonté de s’impliquer de manière concrète dans le cadre d’une approche économique. Cependant, beaucoup reconnaissent que cela ne représenterait qu’une petite part de leur portefeuille, et soulignent la nécessité d’appliquer des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) à leurs stratégies d’investissement plus globales, en particulier s’agissant des actifs des fondations familiales, où l’alignement de la mission avec ces critères est une responsabilité sociale impérative. 

Dans le cadre du «grand transfert de richesse» chiffré à 84'000 milliards de dollars d’ici 2045, on estime que 12'000 milliards devraient être directement consacrés à la philanthropie. Les 72'000 milliards de dollars restants seront transmis à une génération plus active sur le plan social et environnemental que ses prédécesseurs, mais qui privilégie d’autres méthodes pour contribuer au changement. Si la jeune génération ne s’identifie pas forcément à l’image traditionnelle du philanthrope, sur le fond, ses ambitions en matière d’impact en restent très proches. L’étude révèle un consensus clair: il faut une gestion plus consciente et responsable de la fortune, le but n’étant pas simplement de la faire fructifier, mais de l’employer à bon escient afin de contribuer au changement. L’avenir de la philanthropie repose sur une approche globale et en ligne avec sa sphère d’influence, qui privilégie la mise en place d’une économie résiliente et régénérative, en réinventant des systèmes où les entreprises et les investissements jouent un rôle crucial.

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