Un alignement des planètes pour les actifs indiens?

Daryl Liew, REYL

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Les politiques budgétaire et monétaire devraient rester accommodantes en Inde. Le contexte macroéconomique est redevenu plus favorable.


©Keystone

2018 fut une année exécrable pour la plupart des marchés émergents, à l’exception notable de l’Inde, avec une hausse de 5,9% en monnaie locale pour l’indice SENSEX (bien que la roupie ait cédé 9% par rapport au dollar). Ce résultat s’explique principalement par les afflux de capitaux considérables dont ont bénéficié les fonds communs en actions domestiques, pour un montant proche de 20 milliards de dollars, soit plus que les 4,6 milliards désengagés par les investisseurs institutionnels étrangers. Cette performance est d’autant plus impressionnante si l’on se rappelle les événements locaux qui ont secoué le marché l’an dernier, notamment la crise de liquidité en août, à la suite du défaut d’IL&FS, un grand bailleur de fonds destinés aux infrastructures qui n’avait pas honoré plusieurs obligations à court terme. Ce problème tient à un déséquilibre entre l’actif et le passif de la société. En effet, IL&FS souscrivait des prêts à court terme pour financer des projets d’infrastructure à long terme, une stratégie risquée en cas de tarissement de la liquidité à court terme. La crise de liquidité subséquente qui affecta l’ensemble du secteur financier a depuis pu être évitée par la banque centrale indienne (RBI), qui est intervenue pour soutenir le marché.

Les relations entre la banque centrale indienne et le gouvernement
se sont détériorées lorsque la RBI a infléchi sa politique en octobre.

De plus, la RBI était au cœur de l’autre problème majeur qui a perturbé les marchés. Les relations entre la banque centrale et le gouvernement, qui étaient déjà mauvaises sous la présidence précédente de Raghuram Rajan, se sont détériorées lorsque la RBI a infléchi sa politique en octobre. La mise en œuvre d’une politique de «resserrement monétaire calibré» a de facto exclu les baisses de taux, et ce justement au moment où le gouvernement envisageait des mesures en faveur de la croissance en amont des élections législatives qui se tiendront cette année. La joute verbale et les vives critiques émanant du gouvernement qui s’ensuivirent ont causé la démission du président de la RBI Urjit Patel en décembre, alimentant les critiques des observateurs internationaux, qui estiment que la pression exercée par le gouvernement affecte l’indépendance de l’institution. 

Les critiques ont redoublé après que Shaktikanta Das, l’ancien secrétaire aux Affaires économiques du gouvernement Modi, fut rapidement nommé nouveau président de la RBI. Sous la présidence de Monsieur Das, la banque centrale a surpris les marchés en diminuant le taux de ses prises en pension de 6,5% à 6,25% en février, tout en passant d’une politique monétaire de resserrement à une politique neutre. Cet infléchissement en faveur de la croissance a été plébiscité par les chefs d’entreprise, qui faisaient pression pour des politiques plus accommodantes sur fond d’inflation globalement modérée. 

Le gouvernement a fait sa part pour doper la croissance en annonçant un programme
d’aides agricoles et des allégements fiscaux pour la classe moyenne.

Dans son budget provisoire final en amont des élections, le gouvernement a aussi fait sa part pour doper la croissance en annonçant un programme d’aides agricoles (transferts directs en espèces au bénéfice des agriculteurs) et des allégements fiscaux pour la classe moyenne. Cette hausse des dépenses budgétaires a été décidée aux dépens de l’objectif de déficit budgétaire pour l’exercice 2019, qui a été ajusté de 3,3% à 3,4%. La bonne nouvelle, c’est que même si le plan d’assainissement budgétaire a fait l’objet d’ajustements cette année, l’objectif initial d’atteindre un déficit de 3% d’ici l’exercice 2021 a été maintenu, ce qui montre que le gouvernement est conscient de la nécessité de continuer à observer une certaine rigueur budgétaire.  

Les électeurs, qui réclament que le gouvernement dirigé par le BJP fasse davantage pour les agriculteurs ruraux, ont sanctionné le parti lors des élections législatives de décembre dernier, la perte des États du Madhya Pradesh, du Rajasthan et du Chhattisgarh attestant de la baisse de soutien de ces électeurs. Le principal rival du BJP, l’Indian National Congress dirigé par Rahul Gandhi, a ciblé ce groupe d’électeurs en promettant un revenu minimal garanti si le parti remportait l’élection. Les sondages récents indiquent que BJP reste susceptible de remporter la majorité des sièges, mais qu’il ne devrait pas reproduire ses excellents résultats des élections législatives de 2014. Il devrait donc être contraint de former un gouvernement de coalition.  

Alors que les politiques budgétaire et monétaire devraient rester accommodantes en Inde et dans un contexte macroéconomique redevenu plus favorable – la Réserve fédérale américaine est probablement à la fin de son cycle de hausses des taux et les cours pétroliers sont orientés à la baisse –, les conditions semblent alignées en faveur des actifs indiens. Les dernières pièces du puzzle devraient être la réélection du BJP pour un nouveau mandat, et la matérialisation tardive du potentiel de croissance important des bénéfices des entreprises, après plusieurs années qui semblaient prometteuses mais se sont révélées décevantes. 

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