La Malaisie fait le ménage

Daryl Liew, REYL

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Les remaniements liés au scandale 1MDB vont freiner la croissance. Mais le pays peut compter sur la reprise des cours mondiaux du pétrole.


©Keystone

Mahathir Mohamed, 93 ans, a récemment terminé ses 100 premiers jours au pouvoir au cours de son second mandat de premier ministre malais. Les élections générales en 2018 ont marqué un tournant décisif pour la Malaisie, puisque la coalition de l'opposition Pakatan Harapan (PH) a renversé la coalition en place Barisan Nasional (BN) pour mettre fin aux 60 ans de contrôle du pays par le BN. L’élément déclencheur du changement politique a été la perte de confiance des malais envers l'ancien premier ministre Najip Razak, mêlé à des affaires de corruption et de blanchiment d'argent qui auraient vu le fonds d'investissement public 1Malaysia Development Berhad (1MDB) détourner 4,5 milliards de dollars. 

Le premier ministre Mahathir n'a pas perdu de temps pour faire le ménage, sa priorité numéro un étant de remplacer les hauts bureaucrates de la fonction publique ainsi que des entreprises rattachées au gouvernement, un processus nécessaire pour destituer toutes les personnes fidèles au régime précédent du BN. L'ampleur de ces ajustements d’effectifs est importante, elle englobe notamment le pouvoir judiciaire - Procureur général, Président de la Justice et Président de la Cour d'appel ; les finances - Gouverneur de la Banque centrale, le Directeur général et tout le conseil de Khazanah (le fonds souverain de la Malaisie); et même l'inspecteur général de la police et le chef de la Commission anticorruption. Il faudra du temps aux nouveaux responsables pour mettre en œuvre les changements nécessaires dans la culture organisationnelle et resserrer les procédures opérationnelles.

La nécessité urgente de réduire l'endettement a entraîné l'annulation ou le report 
des grands projets d'infrastructure de l'administration précédente.

La deuxième priorité du nouveau gouvernement PH est de consolider la situation financière du pays. Alors que les enquêtes sur le scandale 1MDB sont toujours en cours, le déficit de la Malaisie aurait grimpé au-dessus de 1’000 milliards de RM. La nécessité urgente de réduire le niveau d'endettement global du pays a entraîné l'annulation, le report ou la renégociation de tous les grands projets d'infrastructure convenus par l'administration précédente. Il s'agit notamment de l'annulation de trois projets de gazoduc soutenus par la Chine pour un montant total de 3 milliards de dollars américains, de la révision de la ligne ferroviaire de la côte Est pour un montant de 20 milliards de dollars américains - un projet stratégique de nouvelle route de la soie en Malaisie – ainsi que du report à deux ans du train à grande vitesse ralliant à Singapour estimé à plusieurs milliards. Les principales dépenses publiques resteront probablement en suspens jusqu'à ce que les enquêtes sur 1MDB soient terminées et que le gouvernement ait une meilleure idée de ce dont le pays est responsable. 

Entre-temps, on s'attend à ce que ces coupures des dépenses du secteur public ralentissent la croissance. Les changements de fonctionnaires clés dans les différents ministères entraîneront probablement aussi un report des dépenses dans le secteur privé, car les entreprises attendent de voir si les politiques gouvernementales seront ajustées. Il n'est donc pas surprenant que la croissance du PIB au deuxième trimestre ait déjà pris un coup, tombant à 4,5%, en dessous du rythme de 5,2% du premier trimestre. Ces problèmes domestiques, conjugués aux perspectives macroéconomiques mondiales plus difficiles, ont amené le gouvernement à réviser l'estimation de la croissance du PIB de 2018 à 5%, contre 5,5% précédemment. 

Le marché boursier malaisien
s'est généralement bien comporté cette année.

Au coeur de cette incertitude, il y a quelques bonnes nouvelles - la principale étant que la reprise des cours mondiaux du pétrole cette année a apporté un certain redressement à la Malaisie, qui est un exportateur de pétrole. Cela a contribué à ce que le pays continue de bénéficier d’un excédent de balance courante, ce qui a participé à soutenir le ringgit malaisien (-2% par rapport au dollar) cette année, une surperformance relative par rapport aux autres devises asiatiques qui ont globalement connu des difficultés.

Le marché boursier malaisien s'est généralement bien comporté cette année - l'indice boursier de référence FTSE Bursa KLCI en monnaie locale est stable sur 2018, se négociant à un PE à terme de 16,2x, soit vers le haut de la fourchette à cinq ans et avec une meilleure cote que sur la plupart des autres marchés asiatiques. La Malaisie étant à court terme en pleine mutation, d'autres marchés boursiers asiatiques offrent sans doute une plus grande valeur à l'heure actuelle. La situation peut toutefois changer si le premier ministre Mahathir et son équipe dirigeante parviennent à inverser la tendance.

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