Rebond potentiel des marchés asiatiques pour 2019

Salima Barragan

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«La divergence entre les marchés asiatiques et les Etats-Unis va s’atténuer», estime Daryl Liew de Reyl.


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2018 aura été une année difficile pour les marchés actions asiatiques. Les indices principaux, excepté le Sensex en Inde, finissent dans le rouge. Le CSI300 (principales capitalisations de Chine) a corrigé de -22% et le KOSPI (Corée du Sud ) de -15%. Sous fond de durcissement des conditions monétaires de la Réserve Fédérale et de guerre commerciale, est-ce que cette tendance baissière va perdurer? Pour Daryl Liew, responsable de la gestion des portefeuilles chez Reyl à Singapour, les valorisations des marchés asiatiques s’amélioreront en 2019: «Les divergences entre les marchés émergents et les Etats-Unis vont s’atténuer».

Des marchés mis à dure épreuve

Une constellation d’éléments négatifs a pesé sur les marchés actions asiatiques. Le durcissement des conditions monétaires de la Fed et la vigueur du billet vert ont asséché la liquidité internationale. La sous-performance des indices asiatiques est d’ailleurs bien plus marquée en dollar US. Durant la première partie de l’année, la hausse du prix du pétrole a affecté ces pays importateurs. Ajoutons à cela, la guerre commerciale qui est venue peser sur les indicateurs de sentiments, les perspectives de croissance des bénéfices ont été revues à la baisse. Les entreprises chinoises, et les sociétés asiatiques de la chaîne d’approvisionnement globale, ont été les plus durement touchées. Seules les grandes capitalisations boursières indiennes tirent leur épingle du jeu grâce aux flux d’investissement domestiques.

Le cycle de hausses des taux arrive à son terme
et le DXY ne devrait pas s’apprécier de plus de 2%.

Pour 2019, les économistes tablent sur la poursuite de la croissance mondiale malgré les risques d’escalade de guerre commerciale, qui devrait affecter davantage le sentiment des investisseurs que la production mondiale. «Selon le consensus, la guerre commerciale ne devrait imputer que 0,2% du PIB chinois», indique Daryl Liew. Le spécialiste s’attend à un stimulus fiscal chinois pour compenser la baisse des exportations. En revanche, pour éviter une surchauffe du secteur immobilier domestique, un assouplissement monétaire ne semble, pour l’instant, pas à l’ordre du jour.

Vers une de-dollarisation du système monétaire

Le comportement du dollar US sera un élément crucial pour les marchés asiatiques. «Aujourd’hui, le renminbi et les autres devises asiatiques sont sous-évaluées contre le dollar américain, qui semble avoir touché son apogée», relève Daryl Liew. Le DXY, un panier de devises contre dollar, a commencé l’année autour de 92. Depuis février, il s’est valorisé de 10%. Les hausses de taux de la Fed ont incité les investisseurs à rapatrier les devises et les actifs risqués aux États-Unis. Or selon le spécialiste, cette dynamique ne pourra pas persister: «Le cycle de hausses des taux arrive à son terme et le DXY ne devrait pas s’apprécier de plus de 2%».

Les marchés asiatiques ont amorcé une de-dollarisation du système monétaire, ce qui devrait également contenir l’appréciation à long terme du billet vert. Ainsi, depuis la crise financière globale, les devises asiatiques se sont corrélées au renminbi. «En 2009, la pénurie de dollar US a poussé les pays asiatiques à créer des lignes de crédit en devises locales», explique Daryl Liew. La Chine a également monté un système de paiement en renminbi avec notamment la Russie pour des contrats à terme sur l’or et le pétrole, le Moyen-Orient pour les exports en pétrole ou encore l’Amérique Latine pour les contrats sur matières premières. «La Chine, qui a des besoins importants en dollar pour financer ses activités de négoce international, cherche à se prémunir contre une contraction des liquidités», explique Daryl Liew.

Une rivalité stratégique entre deux superpuissances

Pour Daryl Liew, les différends entre la Chine et les Etats-Unis relèvent d’une dispute stratégique où la sécurité et la compétitivité technologique sont au cœur des rivalités: «Il ne s’agit pas d’une dispute commerciale, car les deux parties auraient trouvé des compromis pour réduire leurs déficits». Les États-Unis tentent d’entraver le développement technologique de la Chine en visant ses entreprises domestiques. «La forme de boycott sur Huawei est révélateur où Washington invoque des raisons de sécurité», souligne Daryl Liew.

La Chine se montre prête à faire des concessions en ouvrant progressivement
son espace financier aux investisseurs étrangers.

Le spécialiste estime pourtant que l’escalade des tensions est improbable : «Personne ne va en tirer profit. Dans le scénario le plus probable, les deux puissances vont trouver un cadre de résolution pour leurs disputes lors du G20». D’ailleurs, la Chine se montre prête à faire des concessions en ouvrant progressivement son espace financier aux investisseurs étrangers, qui peuvent détenir jusqu’à 52% des capitaux d’une entreprise chinoise.

3 surpondérations

Daryl Liew surpondère le marché chinois, dont la correction a été exagérée, et favorise notamment des titres du secteur automobile comme le leader chinois des fabricants d'autobus électriques, Zhenzhou Yutong, qui s’échange avec un P/E de 11. «Le secteur automobile chinois a particulièrement mal performé à cause des ventes déprimées. Mais les mesures chinoises pour cette industrie vont compenser la baisse de régime », affirme-t-il.

En Corée du Sud, la faible consommation domestique, la hausse du nombre de jeunes chômeurs ont ralenti la croissance intérieure. Comme corolaire, les secteurs clefs de l’économie comme les semi-conducteurs et l’automobile ont souffert. «Les projets dans les domaines du IoT (Internet of Things), du cloud et des exploitations minières ont chuté à cause de la correction des cours des cryptomonnaies, ce qui a impacté les ventes des semi-conducteurs», explique Daryl Liew qui reste optimiste sur une région connue pour la flexibilité de ses entreprises locales.

Enfin, le Japon, reste le marché le plus attractif. Il jouit d’une croissance des bénéfices correcte, d’une banque centrale accommodante, d’une situation politique stable et d’une devise nippone bon marché. Notons aussi que les changements observés dans la gestion des entreprises devraient conduire à une revalorisation de leurs titres. «Elles ont augmenté leur ROE à 8-9%», observe Daryl Liew qui forme la poche défensive de son portefeuille avec des titres japonais comme SoftBank dans les télécommunication, Sysmex, un équipement hospitalier et Sohgo dans le domaine de la sécurité de bureau.

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