Epargner pour la retraite représente actuellement un défi de taille. Les taux d'intérêt sont très bas et les marchés financiers sont imprévisibles en raison des tensions géopolitiques. Les caisses de pension bénéficient de l'expertise des banques et sont actuellement en bonne santé. Cependant, la prévoyance vieillesse est régulièrement confrontée à des exigences politiques problématiques.
La Suisse ne peut pas influencer les marchés, mais elle peut influencer les règles du jeu.
Les données des marchés financiers sont actuellement source de préoccupations pour la plupart des investisseurs privés. Le taux directeur de la Banque nationale suisse (BNS) est passé de 1,75 % à zéro depuis 2023. Le Swiss Banking Outlook 2025 de l'Association suisse des banquiers (ASB) prévoit que cette situation perdurera à court et moyen terme. La BNS n'exclut même pas la possibilité d'introduire des taux d'intérêt négatifs à l'avenir. Ce qui ouvre de nouvelles perspectives pour l'accession à la propriété effraie les épargnants.
Les taux d'intérêt nuls entravent la constitution d'un patrimoine
Le contexte de taux d'intérêt nuls complique considérablement les possibilités d'investissement rentables. Les dépôts des clients ne rapportent aucun intérêt et les classes d'actifs sûres et liquides telles que les obligations ne promettent également que de faibles rendements. Cela soulève la question suivante: comment financerons-nous notre vie après la retraite?
Les taux d'intérêt nuls pèsent lourdement sur les trois piliers de la prévoyance vieillesse. Contrairement aux investisseurs privés, généralement peu enclins à prendre des risques, les institutions de prévoyance peuvent certes investir massivement dans l'immobilier et supporter les risques liés aux placements alternatifs tels que le private equity. Dans l'ensemble, les taux d'intérêt, troisième source de cotisations, devraient toutefois rester bas dans un avenir prévisible. Cette évolution est critique, car 40% des fonds de prévoyance épargnés proviennent des rendements réalisés sur les marchés financiers et dépassent ainsi les cotisations des employeurs (35%) et des salariés (25%).
Les investisseurs sont aux prises avec le contexte géopolitique
Les investissements sur les marchés boursiers mondiaux promettent des rendements attendus plus élevés, mais aussi des risques de plus en plus importants. Les annonces de droits de douane et le recul du commerce mondial, la dette publique galopante et les tensions géopolitiques dans divers endroits ne sont que quelques-unes des causes.
On se souvient très bien de la chute des cours, qui a atteint temporairement 10% après l'annonce des droits de douane par les Etats-Unis le jour de la fête de la Libération. Une éventuelle spirale d'extension des barrières commerciales internationales pourrait peser à long terme sur les prévisions de chiffre d'affaires et de bénéfices des entreprises exportatrices et, par conséquent, sur la conjoncture mondiale.
Non seulement les cours des actions, mais aussi les devises sont sensibles à cet environnement. Au premier semestre 2025, le dollar américain s'est déprécié de plus de 10% par rapport au franc suisse. Le privilège de la Suisse en tant que valeur refuge se paie, en période de turbulences, par une réduction significative des rendements corrigés des effets de change. Une incertitude prolongée pourrait donc nuire à la constitution de patrimoine.
Les caisses de pension sont actuellement bien dotées
Dans cet environnement d'investissement difficile, les projections de la Commission de haute surveillance de la prévoyance professionnelle montrent que les caisses de droit privé, avec un taux de couverture moyen de 116,4% à la fin juin 2025, disposent d'une couverture confortable. Cette stabilité est notamment due à la forte performance des marchés au cours des années précédentes.
Le rendement net des caisses de pension, qui gèrent pour leurs assurés des avoirs de prévoyance dépassant largement les 1000 milliards de francs, s'élevait à 7,6% en 2024, et la moyenne sur les 25 dernières années était de 3,3%. Au premier semestre 2025, les caisses de pension n'ont réalisé qu'un rendement d'environ 2%, et ce malgré le fait qu'elles aient profondément modifié leurs stratégies d'investissement dans un contexte de taux d'intérêt bas et négatifs qui perdure.
Les obligations, qui constituaient autrefois une source de rendement sûre, sont de plus en plus sous-pondérées. Leur part dans l'ensemble des actifs gérés par les caisses de pension a diminué de 33,3% à 28,2% entre 2015 et 2024. Une décision judicieuse, pour laquelle les banques ont conseillé les caisses de pension. Les institutions de prévoyance les plus performantes détenaient environ deux fois moins d'obligations que les caisses affichant les rendements les plus faibles et misaient davantage sur l'immobilier et les placements alternatifs.
Pilier 3a avec potentiel de rendement
En revanche, les 140 milliards de francs actuellement placés dans le pilier 3a, selon l'association Prévoyance Suisse, affichent un rendement nettement inférieur. 40% de ces fonds sont placés sur des comptes bancaires et ne rapportent actuellement qu'un peu plus de 0,3% d'intérêts. Contrairement aux caisses de pension, qui génèrent un rendement annuel stable pour leurs assurés grâce à une gestion d'actifs professionnelle, le pilier 3a, avec sa part élevée de fonds placés sur des comptes, laisse un potentiel de rendement considérable inexploité. Les assurés devraient davantage recourir aux conseils des banques afin de générer des rendements plus élevés à long terme grâce à des solutions de fonds.
Pour encourager les investissements dans les fonds, il est essentiel que les banques puissent rester compétitives en tant qu'instances d'investissement sûres en cette période difficile. Elles doivent également pouvoir continuer à jouer un rôle de moteur de l'innovation afin de créer des options d'investissement nouvelles et créatives à des conditions attractives. Il est important de mettre un terme à la densité réglementaire toujours croissante afin que les banques puissent également créer des offres attrayantes pour leurs clients.
Les règles du jeu peuvent être influencées, pas les marchés
Dans un contexte de taux d'intérêt et de marché toujours difficiles et de défis démographiques, il est important que le cadre juridique soit conçu de manière à ce que la prévoyance vieillesse puisse remplir ses obligations futures en toute confiance. Cela implique une flexibilisation du système de prévoyance et la suppression des subventions croisées entre jeunes et personnes âgées. Il convient également d'examiner la possibilité de donner aux particuliers davantage leur mot à dire dans le placement de leur avoir de prévoyance.
Des idées telles que celle proposée par le Conseil fédéral d'augmenter l'imposition des versements sous forme de prestations en capital constituent une brèche de confiance → (statt un abus de confiance) et réduisent les incitations à effectuer des versements volontaires dans la prévoyance vieillesse. En outre, cette proposition pourrait entraîner un transfert des versements en capital vers les versements de rente, ce qui alourdirait davantage la charge globale des caisses de pension.
Les assurés ne peuvent pas choisir leur environnement de marché. Cependant, ils doivent pouvoir compter sur un cadre réglementaire dans lequel tant les banques que les institutions de prévoyance peuvent obtenir des rendements sur leurs placements qui garantissent des prestations de vieillesse suffisantes pour leurs clients et leurs assurés. Ne nous laissons pas éblouir par les performances supérieures à la moyenne de ces dernières années.