Deux visages de la place bancaire suisse

Martin Hess, Association suisse des banquiers (ASB)

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Entre la pression sur les marges d’intérêts et la confiance renforcée, la majorité des experts s’attendent à un léger recul ou à une stabilité.

 

L’année 2024 a été, pour les banques suisses, une année de contrastes marqués. Le Baromètre bancaire 2025 et le Swiss Banking Outlook 2025, publiés récemment par l’ASB, offrent un panorama complet de ces développements et des perspectives pour l’année à venir. Ces deux études contiennent des analyses des statistiques officielles de la Banque nationale suisse et des enquêtes auprès de nos membres, tout en recueillant l’expertise des cheffes économistes et Chief Investment Officers.

Sur le plan du résultat consolidé, les banques ont enregistré une baisse de 3,5% à 69,8 milliards de francs, principalement en raison de la contraction des marges d’intérêts. Les coûts de refinancement ont augmenté alors que les taux hypothécaires ont reculé, comprimant le revenu des opérations d’intérêts. Ce constat illustre un défi structurel pour certains parts du secteur: la dépendance à un modèle centré sur le revenu des intérêts reste une vulnérabilité dans un environnement d’un taux zéro.

Pour autant, la Suisse confirme sa position de leader mondial en matière de gestion de fortune transfrontalière. Les actifs sous gestion ont atteint un niveau record de 9’284 milliards de francs, en hausse de 10,6%, reflétant la confiance des investisseurs internationaux dans notre place financière. Cette stabilité dans un contexte géopolitique incertain attire de nouveaux capitaux, et illustre les atouts et la résilience du secteur.

L’emploi bancaire montre également un signal encourageant: Quasi la totalité, soit 96% des établissements anticipent un niveau d’emploi stable ou en hausse pour le second semestre 2025, un record depuis dix ans. Cela témoigne de la solidité des banques suisses non seulement comme institutions financières, mais aussi comme employeurs stables au service de l’économie nationale.

Le Swiss Banking Outlook 2025 projette pour l’année en cours une évolution mitigée du résultat consolidé: la majorité des experts s’attendent à un léger recul ou à une stabilité. Parallèlement, le crédit hypothécaire devrait se développer de manière robuste, stimulé par des taux bas. La gestion de fortune transfrontalière continuera de croître grâce à l’afflux de capitaux en quête de sécurité.

Face à ces tendances, il est impératif pour les banques suisses de tirer parti de ce paradoxe: la pression sur les marges d’intérêts peut devenir un levier d’innovation et de diversification. Le succès futur dépendra de notre capacité à réduire la vulnérabilité du modèle traditionnel, tout en consolidant les forces qui font la réputation internationale de la Suisse: stabilité institutionnelle, confiance des clients et capacité à générer des emplois durables.

En conclusion, la banque suisse évolue entre fragilité et force, et cette dualité doit être perçue non comme un obstacle, mais comme une opportunité. En transformant la contrainte sur les marges en moteur d’innovation et en renforçant notre position de place financière de confiance, nous pouvons assurer un avenir prospère et stable pour l’ensemble du secteur.

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