Pour approfondir un peu la question!

Philippe G. Müller, UBS

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Comment les actions peuvent-elle faire perdurer la reprise du Nouvel an?


©Keystone

Les actions mondiales ont démarré l'année 2019 en trombe, gagnant plus de 3% sur les deux premières semaines de janvier. Cet élan reflète un regain d'optimisme quant aux relations commerciales entre les Etats-Unis et la Chine, les signes conciliants de la Réserve fédérale américaine en matière de politique monétaire et l'évolution soutenue de l'emploi aux États-Unis en décembre.

Certains investisseurs ont peut-être aussi été galvanisés par la baisse des cours des actions, qui ont perdu 11% dans le monde l'an passé. Le S&P 500 cote à présent à 15 fois les bénéfices attendus, contre 18,5x début 2018. Et la baisse des rendements des obligations d'Etat rend les actions plus attrayantes face aux titres à revenu fixe.

La croissance des bénéfices aux Etats-Unis
devrait ralentir, de plus de 20% à environ 4,5% cette année.

A présent, la question est de savoir si ce rebond des actions se muera en reprise durable. Les investisseurs ne doivent pas compter sur une dynamique pareille à celle qui a propulsé les cours début 2018. En effet, la croissance des bénéfices aux Etats-Unis devrait ralentir, de plus de 20% à environ 4,5% cette année. 

Et pour la première fois depuis la crise de 2008, les grandes banques centrales termineront l'année avec des bilans moins élevés. Il faudra donc guetter plusieurs signes pour savoir si on peut espérer que la reprise s'amplifiera. On peut en lister quatre.

1. Convertir un cessez-le-feu commercial fragile en un accord plus durable contribuerait à conformer la remontée des actions. Les nouvelles des dernières semaines sont encourageantes. En effet, le président Trump a affirmé que les pourparlers progressaient substantiellement. En fin de semaine dernière, le ministère du Commerce chinois a indiqué que les discussions à Pékin ont posé les bases pour résoudre le différend, notamment sur les questions si sensibles des transferts forcés de technologie et de la protection des droits de propriété intellectuelle. 

Un retour des gesticulations guerrières sur le commerce
pourrait replonger les actions dans une spirale descendante.

Quant aux négociateurs américains, ils ont été rassurés par la promesse des Chinois d'acheter «une quantité considérable» de produits et de services américains. A l'heure actuelle, tout donne à penser que les pourparlers progresseront suffisamment d'ici la date butoir du 2 mars pour éviter que la menace de hausse des taxes douanières sur 200 milliards de dollars de produits chinois ne soit mise à exécution.

Néanmoins, la rivalité sino-américaine ne disparaîtra pas de sitôt et un retour des gesticulations guerrières sur le commerce pourrait plomber les perspectives de bénéfices mondiales et replonger les actions dans une spirale descendante.

2. La Réserve fédérale doit traduire dans les faits son discours plus accommodant. Le président de la Fed, Jerome Powell, et ses collègues sont pour beaucoup dans le rebond du début d'année: le S&P 500 a gagné 3,4% après que Jerome Powell a déclaré qu'ils étaient «à l'écoute» du marché et resteraient souples en matière de resserrement monétaire. De plus, le procès-verbal de la réunion de la Fed des 18 et 19 décembre derniers confirme qu'elle est prête à retarder ses interventions. 

Cela conforte la prévision que le rythme de relèvement des taux directeurs ralentira, d'une hausse par trimestre à seulement deux hausses d'un quart de point en 2019. A présent, les investisseurs attendent que la Fed s'en tiennent à ces déclarations rassurantes et concrétise sa promesse de souplesse.

3. Les indicateurs conjoncturels avancés devront se stabiliser, surtout dans les deux plus grandes économies mondiales. Les statistiques les plus encourageantes de la nouvelle année proviennent du marché de l'emploi aux Etats-Unis: celui-ci a progressé de 312’000 postes en décembre – plus de deux fois le chiffre attendu – tandis que l'augmentation des salaires (+3,2%) a été la plus forte depuis 2009. Cela dit, les économistes considèrent la croissance des salaires comme un indicateur «a posteriori». 

Les indicateurs avancés – notamment les indices des directeurs d'achat – sont médiocres, aux Etats-Unis comme en Chine. Le PMI manufacturier chinois est tombé en territoire négatif en décembre, pour la première fois depuis février 2016. Une véritable reprise généralisée nécessitera un redressement de ces données.

4. Les risques politiques doivent rester sous contrôle. Les Etats-Unis comme le Royaume-Uni sont face à des défis cruciaux – à savoir, respectivement, une guerre de tranchées budgétaire et un vote parlementaire fatidique sur la sortie de l'UE. Cela ne pose pas de risque immédiat pour les marchés mondiaux, mais dans un cas comme dans l'autre, toute détérioration de la situation pourrait devenir source d'incertitude. 

La reprise est certes encourageante, mais elle pourrait s'avérer fragile.

La fermeture partielle actuelle du gouvernement fédéral américain est la plus longue de l'histoire. Faute d'accord sur le budget, le plafond budgétaire sera reconduit le 1er mars. Cela annoncerait bien des problèmes pour le reste de l'année, car le gouvernement pourrait se retrouver dans l'impossibilité de payer ses factures dès le mois d'août, d'après les estimations actuelles. Parallèlement, l'incertitude persistante autour du Brexit menace les économies et les marchés au Royaume-Uni comme dans le reste de l'Europe.

Bref, la reprise est certes encourageante, mais elle pourrait s'avérer fragile. En conséquence, UBS continue de surpondérer les actions mondiales tout en conseillant aux investisseurs de persister à détenir des positions anticycliques, voire, le cas échéant, d'envisager des stratégies de couverture. La volatilité reste élevée et les investisseurs ne doivent pas compter sur une accalmie prochaine.

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