Quel volume d’offre en perspective?

Pierre Beniguel, TwentyFour Asset Management

2 minutes de lecture

Août est un mois calme pour le marché obligataire, mais la période post-estivale s’annonce inhabituelle cette année.


© Keystone

Après la pause de l’été, nous prévoyons généralement une hausse des nouvelles émissions en septembre et octobre. Celles-ci peuvent réjouir les investisseurs ayant des liquidités à placer, mais sont également considérées avec prudence car susceptibles de faire souffler un vent contraire sur les valorisations vers la fin de l’année. La période post-estivale de cette année pourrait être inhabituelle, compte tenu des nombreuses émissions sur le marché primaire qui ont caractérisé l’ensemble des secteurs ces 18 derniers mois. Faisons le point sur nos attentes dans quelques-uns de ces secteurs.

AT1: une offre confortable

Depuis le début de l’année, la dette AT1 a enregistré un volume d’émission brut d’environ 20 mia d’euros, qui devrait encore grossir de 5 à 10 mia avec une offre nouvelle nette très faible vers la fin 2021. Quelques émetteurs sont arrivés sur le marché en août (Barclays, Nordea, Swedbank et Standard Chartered) avec des émissions largement sursouscrites malgré la période de l’année, indiquant que la plupart des investisseurs voient d’un œil favorable l’offre attendue aux T3 et T4. En ce qui concerne la dette Tier 2 et senior, le gros des émissions semble là aussi  derrière nous.

Les investisseurs sont désireux de déployer leurs liquidités et n’appréhendent pas un calendrier chargé.
Des corporate hybrides pour la protection

Le secteur des obligations d’entreprises investment grade connaît une situation globalement similaire. Depuis la pandémie, les émetteurs européens ont ainsi privilégié les corporate hybrides car cette classe d’actifs leur permet de protéger leurs notes de crédit investment grade à un coût raisonnable. Jusqu’à présent, le volume d’émission de dette hybride s’élève à près de 30 mia d’euros cette année. Les prévisions de marché tablent sur 10 autres mia d’euros avant la fin 2021, un chiffre élevé qui correspond au volume global de l’année dernière pour cette classe d’actifs. Trois nouvelles émissions ont été accueillies par une forte demande ces dernières semaines, ce qui laisse entendre que les investisseurs sont désireux de déployer leurs liquidités et n’appréhendent pas un calendrier chargé. Autre soutien à l’émission de dette hybride: un agenda relativement clairsemé pour les émissions de titres investment grade européens. Après le volume record de 2020 qui a offert 567 mia d’euros d’émissions brutes et 186 mia d’émissions nettes aux investisseurs, JP Morgan anticipe une baisse des volumes net et brut à respectivement 450 et 58 mia pour 2021, avec l’essentiel de l’offre nette déjà bouclée.

Croissance de 50% pour le marché du haut rendement

En ce qui concerne le haut rendement européen, les investisseurs s’attendent à des mois de septembre et d’octobre chargés avec un volume d’émission autour de 25 mia et 30 mia d’euros. En outre, l’essentiel de l’activité devrait être représenté par de nouvelles transactions et non par du refinancement. 2021 est déjà une année record en termes d’émission pour le haut rendement européen, avec un volume d’environ 100 mia d’euros conforme à celui de 2020. Ce programme chargé est largement communiqué, et nous avons le sentiment que les investisseurs s’y préparent avec des niveaux de liquidités plus élevés que d’habitude. Nous observons également que le marché du haut rendement européen s’est considérablement développé sur les 18 derniers mois, puisqu’il affiche aujourd’hui une croissance d’environ 50% par rapport au début de l’année dernière. En conséquence, les participants devraient s’attendre à une hausse du rythme mensuel des émissions ces prochains temps.

Alors que nous nous préparons pour le nouveau calendrier d’émissions, nous sommes d’avis que les niveaux d’offre en vue dans tous les secteurs seront facilement absorbés: les chiffres de l’offre nette sont en effet modestes par rapport à l’augmentation significative des liquidités avec lesquelles les gérants opèrent actuellement.

A lire aussi...