Les perspectives obligataires à travers le monde

Julien Baltzinger, NS Partners

2 minutes de lecture

Après un début d’année marqué à nouveau par la géopolitique, il est temps de réévaluer l’attractivité des différentes courbes.

 

Le début de l’année a été marqué par le conflit en Iran, avec des répercussions significatives sur les marchés obligataires. Les taux d’intérêt ont mis plus de temps que les actions à retrouver leurs niveaux d’avant-crise, certains ne les ayant d’ailleurs toujours pas retrouvés, alors même qu’une désescalade semble désormais se dessiner.

À l’approche de l’été, il paraît opportun de faire un tour d’horizon – nécessairement non exhaustif – des opportunités obligataires qui se dessinent à travers le monde.

Quelques disparités sur les courbes des pays développés

D’après une récente étude du cabinet de recherche Alpine Macro, les opportunités relatives le long des courbes des pays développés demeurent nombreuses.

Aux États-Unis, le ralentissement du marché du travail, la modération des salaires, la faiblesse persistante de la croissance et le reflux attendu de l’inflation militent en faveur d’une baisse des taux directeurs à moyen terme. Dans ce contexte, les rendements actuels offrent un point d’entrée attractif, particulièrement sur la partie intermédiaire et longue de la courbe américaine, où les investisseurs peuvent encore capter des niveaux de rendement élevés avant un éventuel cycle d’assouplissement monétaire.

Dans la zone euro, les indicateurs de risque apparaissent proches de la neutralité.

À l’inverse, la prudence reste de mise vis-à-vis des obligations japonaises malgré des signaux quantitatifs plus favorables. La combinaison d’un yen faible, d’un vaste programme d’investissement public équivalant à plus de la moitié du PIB et d’une économie proche de ses limites de capacité devrait maintenir les pressions inflationnistes et conduire la Banque du Japon à poursuivre ses hausses de taux. Dans ce contexte, le risque de remontée des rendements demeure concentré sur le segment long de la courbe japonaise, ce qui justifie une sous-pondération de duration.

Dans la zone euro, les indicateurs de risque apparaissent proches de la neutralité. Une approche sélective, centrée sur le portage, semble donc plus pertinente qu’un positionnement directionnel marqué sur les taux.

En termes relatifs, la courbe américaine apparaît ainsi comme la plus attractive parmi les marchés développés grâce à un couple rendement-risque favorable, tandis que la courbe japonaise semble offrir davantage d’opportunités de sous-pondération de duration.

De belles perspectives du côté des pays émergents

Selon JP Morgan, la résilience des marchés émergents après le récent choc énergétique crée des opportunités intéressantes sur plusieurs courbes locales. L’inflation est restée globalement maîtrisée malgré la hausse des prix de l’énergie et les surprises inflationnistes récentes ont été majoritairement orientées à la baisse. Dans le même temps, les taux réels demeurent sensiblement plus élevés qu’en 2022, offrant un coussin de valorisation appréciable aux investisseurs obligataires.

Cette dispersion des perspectives monétaires se traduit par des opportunités différenciées selon les pays.

En Inde et au Mexique, un investisseur averti saura trouver une valeur intéressante sur la partie courte des courbes. Les marchés continuent d’intégrer des scénarios relativement agressifs de resserrement monétaire, alors que les banques centrales disposent potentiellement d’une marge de manœuvre plus importante qu’escompté. Les obligations de maturité courte à intermédiaire pourraient ainsi bénéficier d’une révision progressive de ces anticipations.

À l’inverse, le Brésil et la Hongrie présentent des opportunités plus convaincantes sur les maturités longues. Dans ces deux pays, la combinaison d’une inflation mieux maîtrisée, de taux réels élevés et de la possibilité d’un futur assouplissement monétaire favorise une stratégie de duration. Les investisseurs peuvent alors chercher à capter à la fois un rendement attractif et un potentiel d’appréciation du capital en cas de baisse des taux.

Plus largement, l’avancement des programmes de financement souverain et le ralentissement saisonnier des émissions constituent un soutien technique supplémentaire pour les marchés obligataires émergents.

Quelles implications pour la gestion de portefeuille?

Dans cet environnement contrasté, il semble plus que jamais nécessaire de garder une posture dynamique. Il faut pouvoir se positionner de manière adéquate face aux paradigmes actuels, tout en restant suffisamment agile pour tenir compte de l’évolution rapide du contexte géopolitique. Celui-ci joue désormais un rôle grandissant dans la définition des risques et des opportunités sur les marchés des taux à travers le monde qui peuvent se retourner d’un instant à l’autre.

A lire aussi...