Les objectifs de l’ONU: un défi et une opportunité

Philippe G. Müller, UBS

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Alors que la guerre commerciale capte toute l’attention, on oublierait facilement qu’il y a d'autres défis à plus long terme auxquels la société est confrontée.


Rivière Yamuna, New Delhi, polluée par des mousses chimiques. ©Keystone

Il y a quatre ans, les gouvernements du monde entier se sont engagés à atteindre les ambitieux objectifs de développement durable (ODD) de l'ONU. Cependant, compte tenu du montant colossal des investissements nécessaires à l'atteinte de ces objectifs, mobiliser les finances publiques ne suffira pas. Selon les signataires des Principes pour l'investissement responsable de l'ONU, les besoins de financement annuels oscillent entre 5’000 et 7’000 milliards de dollars.

Simplification de la terminologie

Ce décalage constitue probablement pour les investisseurs privés une occasion de réaffecter le capital vers les opportunités de croissance durable, d'autant que l'encours mondial des obligations offrant un rendement négatif s'élève à 12’000 milliards de dollars, soit deux fois plus que l'enveloppe requise pour atteindre les ODD. 

La confusion sur la terminologie de l'investissement durable
a freiné le déploiement des capitaux privés.

Néanmoins, le déploiement des capitaux privés vers des opportunités liées au développement durable a été freiné par la confusion qui règne au sujet de la terminologie de l'investissement durable. Ce problème était justement au cœur du livre blanc qu'UBS a publié en janvier passé à l'occasion du Forum économique mondial, intitulé: Awareness, Simplification, Contribution.

Pour résoudre ce problème, l'Institut de la finance internationale (IFI) a publié la semaine dernière un ensemble de recommandations visant à simplifier la terminologie de l'investissement durable pour le bien des investisseurs. Selon Axel Weber, président d'UBS et de l'IIF, «la simplification et la normalisation de la terminologie relative à l'investissement durable est un élément essentiel de la plomberie nécessaire à l'essor de la finance durable».

Une telle clarification permettra certainement aux investisseurs de mieux comprendre comment leur argent est géré de manière à atteindre aussi bien leurs propres objectifs financiers que les objectifs de développement durable de l'ONU.

Un certain nombre de thèmes qui recèlent un potentiel de forte croissance à long terme et contribuent à l'atteinte des ODD peuvent être suggérés aux investisseurs qui souhaitent tenir compte des critères de l'investissement durable dans leur décision de placement.

Lutter contre la pollution

Début novembre, le niveau de la pollution à New Delhi a atteint son plus haut niveau depuis trois ans, obligeant ainsi les autorités indiennes à prendre des mesures d'urgence telles que la fermeture des écoles et la restriction de la circulation automobile des particuliers. 

Les entreprises exposées au thème de la qualité de l'air et de la réduction
du CO2 pourraient voir leurs bénéfices grimper de 5 à 10%.

Chez UBS, le thème d'investissement «Air pur et réduction des émissions de carbone» devrait profiter de la prise de conscience des pouvoirs publics quant à la nécessité de lutter contre le changement climatique, de réduire les émissions de gaz à effet de serre et d'améliorer la qualité de l'air. 

Selon l'Agence internationale de l'énergie (AIE), pour stabiliser simplement les émissions de CO2, il faudra environ 36’000 milliards de dollars d'investissements cumulés dans les technologies d'amélioration de la qualité de l'air, dans l'efficacité énergétique et dans les énergies renouvelables entre 2015 et 2030. 

Lors des deux prochaines décennies, les entreprises exposées au thème de la qualité de l'air et de la réduction des émissions de CO2 pourraient voir leurs bénéfices progresser de 5 à 10%. Notamment celles qui proposent des technologies et de nouvelles innovations pour réduire les émissions. Ce thème est cohérent avec l'ODD n°13: «Prendre d'urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions».

Progrès dans la modification du génome

En octobre, des chercheurs du MIT et de Harvard ont annoncé qu'ils avaient mis au point une technique plus précise de modification du génome, appelée «prime editing» (modification primaire). Selon eux, cette technique pourrait aider à guérir près de 90% des maladies génétiques. Même si ce scénario idyllique n'est pas encore une réalité, les thérapies géniques constituent un changement de paradigme dans la médecine, qui est susceptible révolutionner la prestation de soins de santé.

L'opportunité de marché initiale, basée sur les traitements approuvés et ceux qui se trouvent actuellement au dernier stade de développement, dépasse les 20 milliards de dollars, mais cette somme ne représente que 2% du chiffre d'affaires des entreprises biopharmaceutiques à l'échelle mondiale. Si les essais cliniques et les lancements commerciaux s'avèrent conformes aux attentes, ce thème d'investissement est susceptible de générer de substantielles plus-values. 

Il est recommandé d'investir dans le thème des thérapies géniques
par le biais d'un portefeuille diversifié d'entreprises.

Comme toujours en matière de développement de médicaments, toutes les entreprises ne réussiront pas et le risque spécifique est élevé. Par conséquent, il est recommandé d'investir dans le thème des thérapies géniques par le biais d'un portefeuille diversifié d'entreprises afin d'atténuer le risque d'échec des essais cliniques. Le thème sur les thérapies géniques est cohérent avec l'ODD n°3 «Bonne santé et bien-être» car ces thérapies visent à soigner les maladies en se concentrant sur les causes profondes, plutôt que d'en traiter les symptômes.

Adoption de la voiture électrique

La semaine dernière, Volkswagen a lancé la production de son véhicule électrique ID.3 dans son usine de Zwickau, qui produisait jusqu'ici des voitures conventionnelles et qui est en cours de conversion. La chancelière allemande Angela Merkel a assisté à la cérémonie de lancement. A cette occasion, elle a déclaré que son gouvernement visait un parc de 10 millions de voitures électriques en circulation à l'horizon 2030, ce qui suppose l'installation d'un million de bornes de rechargement. A cet effet, Angela Merkel a promis d'investir 3,5 milliards d'euros. 

Selon l’estimation de la Recherche d’UBS, environ 25% des nouvelles voitures vendues dans le monde seront électrifiées en 2025. Porté par une réglementation favorable, la diminution des coûts et l'innovation technologique, le marché de la voiture électrique, du véhicule autonome et de l'auto-partage devrait atteindre 400 milliards de dollars à l'horizon 2025, soit huit à neuf fois plus qu'à l'heure actuelle. 

Une exposition au moyen d'un panier de titres bien diversifié afin d'atténuer les risques spécifiques aux entreprises et le risque technologique est recommandée. Le thème de la mobilité intelligente est cohérent avec plusieurs ODD de l'ONU: le n°3 «Bonne santé et bien-être», le n°11 «Des villes et des établissements humains durables» et le n°13 «Prendre d'urgence des mesures pour lutter contre les changements climatiques et leurs répercussions».

Chacun de ces thèmes donne la possibilité aux investisseurs de dégager des rendements tout en contribuant à l'atteinte des ODD de l'ONU. Investir dans une logique de long terme présente également comme avantage de faire abstraction du bruit généré par l'actualité.

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