Les métaux précieux confirment leur rôle stratégique

Arnout van Rijn, Robeco

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Des ventes des banques centrales pourraient fragiliser l’équilibre du marché de l’or.

© Keystone

 

L’or a franchi en janvier le seuil historique des 5000 dollars l’once et atteint un sommet à 5600 dollars, avant de reculer de plus de 15% à 4 500 dollars le 2 février. L’argent a connu une progression encore plus marquée, culminant à 121 dollars l’once avant de chuter de plus de 40% à 72 dollars.

Sur les douze derniers mois, l’or a presque doublé, porté par les craintes de nouveaux conflits autour du Groenland et de l’Iran ainsi que par les tensions commerciales entre les États-Unis et la Chine. L’argent a également plus que doublé sur la même période, la demande liée aux applications industrielles – notamment l’énergie propre et l’intelligence artificielle – dépassant largement l’offre minière.

Les performances historiques justifient une allocation structurelle

Sur cinquante ans (1976–2025), l’or a généré un rendement annuel moyen de 7,2% en euros, avec une volatilité de 17,4%, une corrélation de 0,10 avec les actions et un ratio de Sharpe de 0,28. L’argent affiche un rendement de 6,0%, mais avec une volatilité de 31,7%, une corrélation de 0,19 et un ratio de Sharpe de 0,23. Les matières premières dans leur ensemble ont délivré 5,7%, contre 5,3% pour les obligations et 10,2% pour les actions.

L’or apparaît ainsi comme la classe d’actifs la plus performante après les actions sur cette période, tout en conservant une volatilité d’environ 18%, nettement inférieure à celle de l’argent et du pétrole, qui dépasse 30%. Les métaux brillants présentent par ailleurs une faible corrélation avec les actions et les obligations.

Dans nos Prévisions de rendements à cinq ans 2026–2030, nous avons relevé notre estimation du rendement des matières premières de 4,75% à 5,25% en euros. Deux facteurs fondamentaux soutiennent cette révision: l’augmentation de la demande de métaux liée à l’électrification, aux nouvelles infrastructures et aux dépenses de défense, ainsi que des anticipations d’inflation plus élevées combinées à une dette américaine importante, ce qui réduit l’attractivité des bons du Trésor américains.

Les coûts marginaux illustrent une prime significative

Environ 220'000 tonnes d’or ont été extraites dans toute l’histoire de l’humanité, l’équivalent d’environ trois piscines olympiques et demie, et environ 60'000 tonnes resteraient dans le sol selon le World Gold Council.

Le coût marginal de production s’élève à environ 1700 dollars l’once pour l’or, contre un prix au comptant proche de 5000 dollars au pic récent. Pour l’argent, le coût marginal est d’environ 20 dollars l’once, contre un prix proche de 90 dollars au sommet. Ces écarts montrent que les prix intègrent une prime substantielle liée aux facteurs macroéconomiques et financiers. À titre de comparaison, le cuivre présente des coûts marginaux d’environ 5 dollars pour un prix de marché de 6 dollars.

L’environnement macroéconomique continue de soutenir l’or en tant que protection contre des niveaux excessifs d’endettement et l’émission monétaire.

La nomination à la Fed déclenche un ajustement

La correction récente a été provoquée par la nomination, par le président américain, d’un président de la Réserve fédérale au profil de « faucon », dissipant les inquiétudes d’une instabilité accrue dans le système financier américain. Les craintes concernant l’indépendance de la Fed se sont estompées, ce qui a réduit la demande marginale liée à des scénarios de rupture du système financier.

À horizon d’un an, jusqu’à fin 2026, l’environnement macroéconomique soutient l’or, mais nous ne croyons pas à une spéculation sur une dépréciation généralisée tant que le marché des Treasuries et le dollar ne chutent pas fortement.

Par ailleurs, les politiques imprévisibles de régimes populistes pourraient conduire certaines banques centrales à capitaliser une partie des gains réalisés sur l’or dans leurs bilans, ce qui pourrait perturber l’équilibre favorable entre l’offre et la demande.

De nouvelles turbulences pourraient apparaître

Il reste possible que de nouvelles turbulences surviennent. Une mentalité de bulle a déjà provoqué des corrections sur les titres liés à l’intelligence artificielle et, auparavant, lors de la frénésie de «l’or numérique», le bitcoin. Les investisseurs particuliers ont contribué à la hausse de l’or grâce à la facilité d’accès via les ETF.

En 2025, les prix de l’or ont été poussés à la hausse de manière exponentielle par des investisseurs particuliers chinois et américains, rendant une secousse comme celle observée fin janvier inévitable. Avec un nombre croissant de petits investisseurs attirés par les métaux précieux et un consensus haussier marqué, il est probable que les ventes augmentent en 2026. Aux niveaux actuels, il est raisonnable d’envisager des prises de bénéfices.

Pour les investisseurs à long terme, la conclusion demeure inchangée: il est judicieux d’intégrer une allocation structurelle aux matières premières dans un portefeuille multi-actifs.

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