Longtemps considéré comme un outil destiné aux investisseurs en difficulté, le marché secondaire du private equity est devenu un véritable instrument de gestion de portefeuille pour les investisseurs institutionnels. Il permet aujourd’hui aux limited partners (LPs) comme aux general partners (GPs) de générer de la liquidité, de rééquilibrer leurs allocations et de restructurer certains véhicules.
Pour un fonds de pension ou une fondation universitaire, une vente secondaire peut sembler relativement simple. Pour les gestionnaires spécialisés dans les marchés privés, l’exercice est plus complexe: il faut concilier les besoins de liquidité des investisseurs avec l’obligation fiduciaire de préserver la valeur à long terme.
Le processus débute généralement au sein du comité de construction de portefeuille, chargé d’évaluer les opportunités de liquidité et de réallocation. Une fois le principe d’une vente validé, un intermédiaire spécialisé est mandaté afin d’organiser le processus et de maximiser les conditions de marché.
Mais la liquidité a un prix. Entre la décision initiale et la clôture effective de la transaction, plusieurs trimestres peuvent s’écouler. Les valorisations transmises aux acheteurs peuvent déjà dater de plusieurs mois, rendant toute tentative de «timing» pratiquement impossible.
Une approche systématique est généralement privilégiée. Les transactions concernent généralement des fonds approchant les dix ans d’existence. Trop tôt, le risque est de céder des actifs avant leur plein potentiel de création de valeur; trop tard, les actifs résiduels nécessitent souvent des décotes importantes pour trouver preneur.
Une expérience bâtie sur plusieurs décennies
Si Adams Street a réalisé son premier achat secondaire au milieu des années 1980, sa première vente d’envergure remonte à 1996, lors de la liquidation d’un fonds evergreen institutionnel orienté venture capital. Depuis, la société a réalisé plus de 5 milliards de dollars de transactions secondaires.
Au fil du temps, la croissance du nombre d’acheteurs et des capitaux disponibles a permis de rendre ces processus plus efficaces et plus reproductibles.
L’opération menée en 2019 illustre cette flexibilité. Initialement limitée à quelques participations, la transaction a finalement été élargie après un fort intérêt des investisseurs pour certains fonds sous-jacents, permettant ainsi de générer davantage de valeur et de liquidité.
En 2024, un important processus secondaire portant sur plus d’un milliard de dollars de valeur nette d’inventaire a été lancé afin d’organiser la liquidation progressive de véhicules anciens. La transaction a été conclue avec un seul acheteur secondaire. Face à une demande soutenue et à des conditions jugées attractives, un second accord de 440 millions de dollars a ensuite été conclu avec un autre investisseur.
Les opérations plus récentes, conduites en 2025 et 2026, ont quant à elles été scindées en deux transactions distinctes afin d’optimiser les résultats: l’une centrée sur des actifs non venture, l’autre sur le capital-risque.
Les enseignements tirés du marché secondaire
L’expérience accumulée met en lumière plusieurs constats.
D’abord, la liquidité implique des concessions. Une vente secondaire permet d’accéder rapidement à du capital, mais suppose souvent d’accepter une décote et de renoncer à une partie du potentiel futur.
Ensuite, le moment de la vente reste déterminant D’après l’expérience accumulée dans le secteur, les fonds approchant les dix ans offrent souvent le meilleur compromis entre création de valeur résiduelle, réduction du risque et simplification opérationnelle.
Le sentiment de marché joue également un rôle important, même si la discipline d’exécution demeure essentielle. Les conditions dépendent autant de la qualité du portefeuille vendu que de la structure du processus et de la concurrence entre acheteurs.
Enfin, les relations avec les acheteurs, les intermédiaires et les gérants des fonds sous-jacents restent essentielles afin d’éviter toute conséquence négative sur des partenariats de long terme.
Un marché appelé à poursuivre sa croissance
Le marché secondaire devrait continuer à se développer dans les années à venir. Les volumes mondiaux ont atteint un niveau record de 240 milliards de dollars en 2025, soutenus par l’abondance de capitaux disponibles et par la montée en puissance des grands fonds spécialisés.
Le gestionnaire s’attend également à voir émerger de nouvelles structures de transaction, susceptibles d’améliorer encore l’efficacité et l’accessibilité du marché.
Dans ce contexte, le marché secondaire devrait continuer à s’imposer comme un outil central de gestion de portefeuille, permettant d’améliorer les rendements ajustés du risque tout en répondant aux besoins de liquidité des investisseurs.