La Fed fait face (une nouvelle fois) au risque politique

Arthur Jurus & Giacomo Bozzola, ODDO BHF

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Toute perception d’ingérence politique conduirait à une prime de terme plus élevée, une pentification de la courbe des taux et un dollar plus faible.

 

L’indépendance de la Fed est une nouvelle fois revenue au premier plan de l’attention des marchés. Après une fin d’année 2025 relativement rassurante, marquée par la reconduction des présidents régionaux et la continuité de la gouvernance interne, une nouvelle source de pression a émergé. Jerome Powell a révélé que le Département de la Justice avait évoqué une possible mise en accusation pénale liée à son témoignage devant le Congrès concernant la rénovation du siège de la Fed.

La réaction de Powell a été inhabituellement explicite: il a présenté cet épisode comme une remise en cause directe de la capacité de la banque centrale à conduire la politique monétaire indépendamment du pouvoir exécutif. Le timing est particulièrement sensible. L’ampleur de l’assouplissement monétaire reste toujours discuté, tandis que le cycle politique s’intensifie à l’approche des élections de mi mandat. Les marchés ont immédiatement réagi: l’or a inscrit un nouveau record, le dollar s’est affaibli et les rendements des Treasuries ont augmenté.

Les perspectives d’inflation pour 2026 s’améliorent progressivement, mais de manière hétérogène.

D’un point de vue macrofinancier, la question clé n’est pas l’enquête en elle-même, mais ses implications pour les anticipations. L’indépendance des banques centrales constitue un pilier de la crédibilité de la lutte contre l’inflation, en particulier dans un environnement où la désinflation marque le pas et où les pressions inflationnistes liées aux droits de douane continuent de se diffuser dans l’économie.

Les perspectives d’inflation pour 2026 s’améliorent progressivement, mais de manière hétérogène. La composante énergétique par exemple demeure en grande partie hors du champ de la politique monétaire. Si des tensions persistent sur les prix de l’électricité, elles sont aujourd’hui plus que compensées par la baisse du pétrole. L’administration Trump semble d’ailleurs déterminée à rendre cet effet visible: le prix moyen du gallon est repassé sous 3 dollars, son plus bas niveau depuis 2021.

Les prix des biens non énergétiques ont en revanche accéléré en 2025, reflétant l’impact des droits de douane sur les intrants. Bien que ces hausses aient été plus modérées qu’annoncé, elles auraient ajouté environ un demi point à l’inflation. La transmission pourrait encore s’amplifier légèrement au premier semestre, mais l’hypothèse centrale de la Fed reste celle d’un choc ponctuel, sans effets de second tour.

Un facteur technique complique toutefois la lecture à court terme: le shutdown a dégradé la qualité des données de prix, impliquant une sous estimation temporaire de l’inflation et un possible rattrapage statistique au premier semestre 2026.

Dans ce contexte, le sujet clé pour les investisseurs n’est pas l’enquête en tant que telle, mais le risque de crédibilité. Toute perception d’ingérence politique conduirait à une prime de terme plus élevée, une pentification de la courbe des taux et un dollar plus faible. La question n’est donc plus seulement de savoir si l’inflation va reculer, mais si la Fed sera en mesure d’attendre.

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