La destruction du monde naturel s’accélère à un rythme préoccupant. Les chiffres parlent d’eux-mêmes et, bien que l’urgence soit largement admise, la cause de la biodiversité est restée longtemps freinée par plusieurs obstacles. Ses détracteurs la jugent trop vaste et trop complexe pour être véritablement mesurable. Jusqu’ici, les entreprises ne savaient pas non plus quelles données publier, ce qui réduisait la biodiversité à un concept flou, miné par des incertitudes scientifiques, des données disparates et des déclarations peu fiables.
A cette difficulté s’ajoute une perception tenace: la perte de biodiversité est encore trop souvent perçue comme un problème purement environnemental et non comme un enjeu économique. Un paradoxe, alors que la transition vers une économie «nature positive» représente un potentiel estimé à 10’000 milliards de dollars d’activité d’ici 2030.
Cette situation évolue toutefois grâce aux recommandations de la TNFD, publiées fin 2023. Fruit d’une collaboration entre scientifiques et experts de l’industrie, elles constituent la première initiative structurée visant à instaurer de la cohérence dans un paysage marqué par l’absence d’indicateurs harmonisés et de reporting crédible.
De la complexité à la clarté
Reconnu au niveau mondial, le TNFD crée un lien solide entre activités économiques et principaux moteurs de perte de biodiversité identifiés par la science. Il fournit aux entreprises des indicateurs sectoriels clés (KPI) à collecter et à publier, tout en concentrant l’attention sur les secteurs prioritaires, ceux dont les dépendances et les impacts sur la nature sont les plus élevés.
La normalisation de ces indicateurs dans les secteurs à fort impact devrait renforcer la comparabilité, capter l’attention des régulateurs et orienter les capitaux vers les acteurs les mieux placés pour générer un changement tangible.
Cinq principaux facteurs de perte de biodiversité

Source: IPBES, Robeco 2025.
Du reporting à l’investissement
Le TNFD fournit un cadre de reporting essentiel, mais ne propose pas d’outil d’analyse d’investissement. Pour combler cette lacune, Robeco a conçu le Biodiversity Traffic Light, un outil propriétaire élaboré par ses analystes en investissement durable afin d’évaluer la performance sectorielle en matière de biodiversité et de l’intégrer dans les portefeuilles.
Ce dispositif repose sur un large éventail d’indicateurs – publications d’entreprises, scores internes liés aux ODD, données sectorielles spécialisées – tous reliés aux principaux moteurs de perte de biodiversité et alignés sur les recommandations du TNFD.
Comme pour l’analyse actions, l’évaluation combine performance actuelle et stratégie future, fondée sur des objectifs mesurables et datés. Les résultats sont présentés sur une échelle allant de «aligné» à «non aligné», afin de refléter le caractère progressif de la transition vers une économie «nature positive».
Système de notation «Traffic Light»
Des solutions ciblées: Valmont et Tomra
Les fournisseurs de solutions en biodiversité sont des entreprises dont les produits ou activités contribuent positivement à la protection et à la restauration de la nature, ainsi qu’à la réduction des principaux facteurs de perte.
Un exemple marquant est Valmont Industries, qui fabrique des systèmes d’irrigation de précision optimisant l’humidité du sol et les niveaux de nutriments. Comparés à l’irrigation traditionnelle par inondation, ces systèmes permettent de réduire la consommation d’eau jusqu’à 40%, tout en limitant le ruissellement et la perte de nutriments. L’irrigation optimisée accroît les rendements agricoles, réduisant ainsi le besoin d’expansion des terres cultivées et l’utilisation d’engrais et de pesticides chimiques.
Tomra constitue un autre exemple. Ses machines de consigne inversée facilitent la collecte de contenants pour les clients de la distribution comme de l’industrie. Parallèlement, ses technologies de tri améliorent l’identification et la récupération de matériaux recyclables dans les flux de déchets industriels. L’entreprise recycle chaque année 49 milliards de bouteilles plastiques dans plus de 60 pays, contribuant à réduire l’impact environnemental des 430 millions de tonnes de plastique produites annuellement. Tomra préserve également la biodiversité en amont en limitant l’extraction de matières premières vierges.
Leaders de la transition: Danone et Lerøy
Les leaders de la transition sont des entreprises généralement intensives en ressources et actives dans des secteurs à fort impact. Bien qu’exposées aux risques liés à la biodiversité, elles s’emploient activement à réduire leurs effets négatifs. Parmi les exemples notables figurent Danone et Lerøy Seafood Group, qui affichent un alignement clair et des progrès tangibles.
Danone a été l’une des premières grandes entreprises alimentaires à s’engager en faveur de l’agriculture régénératrice, encourageant ses exploitations partenaires à améliorer la qualité de l’eau et des sols, à réduire l’érosion et à pratiquer la rotation des cultures. Le groupe développe également ses gammes de produits à base de protéines végétales, à faible empreinte environnementale, en alternative aux variétés carnées plus intensives. Danone vise en outre zéro déforestation d’ici 2030, et recourt à la certification de tiers ainsi qu’au suivi satellitaire pour vérifier et contrôler l’usage des terres, tant dans ses propres opérations que chez ses fournisseurs.
Lerøy Seafood Group figure parmi les meilleurs au monde en matière d’indicateurs de santé des poissons et détient les certifications MSC et ASC. L’entreprise obtient de très bons résultats dans les évaluations indépendantes de la qualité des fonds marins et des eaux, que ce soit dans ses fermes marines ou terrestres. Tous ses ingrédients pour l’alimentation animale sont entièrement traçables et issus de terres non déforestées et gérées de manière durable. Lerøy investit en outre massivement dans des intrants plus durables et circulaires, tels que la microalgue, le varech et les moules, afin de réduire encore davantage son empreinte écologique.
Cas d’investissement illustratifs

Source: Robeco, 2025.
Important note: The companies referenced are for illustrative purposes only in order to demonstrate the investment strategy on the date stated. The companies are not necessarily held by the strategy. This is not a buy, sell or hold recommendation, nor should any inference be made on the future development of the company.