L’inflation va accélérer aux Etats-Unis

Philippe Waechter, Ostrum AM

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L’accélération va se prolonger non pas à cause d’une hausse supplémentaire du prix de l’or noir, mais à cause des tensions sur le marché du travail.

La publication des enquêtes ISM aux Etats-Unis suggère que l’inflation va encore s’accélérer nettement. L’indice des prix payés est désormais cohérent avec un taux d’inflation supérieur à 4%.

L’inflation américaine est passée de 1,2% en novembre dernier à 2,6% au mois de mars à cause, notamment, de l’augmentation du prix du pétrole. Cette accélération va se prolonger. Non pas à cause d’une hausse supplémentaire du prix de l’or noir, mais à cause des tensions sur le marché du travail. 

Le taux d’inflation sous-jacent pourrait s’accélérer
au-delà de 2% et se rapprocher de 2,5%.

En effet, les entreprises sont prêtes à embaucher, mais tous les ménages ne semblent pas disposés à retourner au travail. Or, l’indice de l’emploi dans les enquêtes ISM anticipe une forte accélération des emplois disponibles. Par conséquent, des tensions vont apparaître sur les salaires, poussant les prix à la hausse. 

Pas de dynamique de rattrapage 

Ce phénomène sera d’autant plus marqué qu’en dépit d’une forte hausse des emplois disponibles, le taux d’activité évolue peu et ne présente pas de dynamique de rattrapage. 

Le risque est d’avoir un déséquilibre entre le besoin de main d’œuvre et la main d’œuvre disponible. Cela se traduit déjà par des tensions sur les salaires comme cela était observé dans le rapport sur l’emploi d’avril ou le salaire de référence progressait de 0,7% sur le mois.

Après avoir été tiré par le prix du pétrole, le taux d’inflation sous-jacent pourrait s’accélérer au-delà de 2% et se rapprocher de 2,5%. 

La Fed ne bougera pas

L’incertitude sur le marché du travail n’incitera pas la Fed à modifier sa politique de taux d’intérêt. Cela est cohérent avec sa nouvelle stratégie vis-à-vis de l’inflation qui doit converger vers 2% à long terme. Un taux d’inflation un peu plus élevé donne une capacité d’ajustement à l’économie quand celle-ci est en phase de reprise.

L’enjeu des prochains mois sera la normalisation du marché du travail
et le comportement des ménages vis-à-vis de celui-ci.

En revanche, l’incertitude plane sur le maintien des achats d’actifs par la Fed. Celle-ci est convaincue du rebond de la croissance en 2021 et 2022, mais elle ne semble pas penser que la productivité de l’économie américaine sera réellement altérée. C’est cet aspect précis, à savoir sa capacité à réduire son soutien à l’économie et limiter les tensions inflationnistes, qu’il faudra surveiller dans les mois à venir. Pour l’instant, les projections de long terme de la croissance américaine sont à 1,8%. Cela ne traduit pas de décrochage à la hausse de la productivité. 

La Fed reste dans l’attente de la normalisation du marché du travail. C’est ce qui conditionnera son comportement, notamment, sur les achats d’actifs puis et sur une phase de «tapering». 

En 2013, lorsque cette normalisation avait été annoncée par Bernanke puis mise en œuvre un an plus tard, les incertitudes étaient moindres. L’économie était plus autonome, moins dépendante des plans de la Maison Blanche et le marché du travail était plus équilibré.

L’enjeu des prochains mois sera donc la normalisation du marché du travail et le comportement des ménages vis-à-vis de celui-ci. Si la hausse du taux d’activité est en phase avec les anticipations des ménages, alors effectivement la Fed pourrait altérer son comportement en étant moins accommodante.

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