Il suffit de regarder le graphique pour comprendre ce qui s’est passé. Depuis 2015, une poignée de valeurs technologiques américaines a littéralement décollé de la masse pour s'installer dans le top 10 du MSCI World, creusant un écart béant avec le reste de l'indice. Nvidia, Apple, Microsoft, Amazon, Alphabet: ces cinq noms représentent aujourd’hui plus de 20% de la gauge mondiale, un niveau de concentration sans précédent dans l’histoire des grands benchmarks boursiers.
Au-delà de la concentration actuelle largement documentée, c'est l'accélération de cette concentration qui surprend. Il a fallu des décennies aux titres de General Motors ou ExxonMobil pour s’imposer dans les indices. L'action Nvidia, elle, a rejoint le top 5 mondial en l’espace de dix-huit mois, portée par la déferlante de l’intelligence artificielle. La logique des fonds indiciels amplifie le mouvement: plus un titre monte et voit sa pondération dans les indices augmenter, plus les ETF en achètent, plus il monte encore.
Les introductions en bourse annoncées de SpaceX, Anthropic et OpenAI promettent une entrée tonitruante dans les indices, phénomène exacerbé par la forte concurrence entre les différents fournisseurs d'indices et d'ETF. Dès leur cotation, les gérants passifs seront ainsi mécaniquement contraints d’acquérir des positions massives dans ces titres, propulsant ces nouveaux venus au sommet des classements en quelques mois à peine.
L’euphorie qui entoure ces futures IPO rappelle bien évidemment l’ambiance de la fin des années nonantes: des valorisations stratosphériques, une narrativité technologique irrésistible, et la conviction collective que cette fois, les règles ont changé. On connaît la suite. L’histoire ne se répète pas, dit-on — mais elle rime.
