Il est impossible d’’aborder la situation des banques européennes sans considérer le cas français. Le contexte de «stress politique» semble bien intégré dans la prime exigée sur la dette française. Celle-ci s’aligne en effet sur celle de l’Italie et de la Grèce, dont les notations sont pourtant nettement inférieures (BBB+ et BBB respectivement). Plus significatif encore, la récente dégradation de la note souveraine (de AA- à A+ stable) par S&P en octobre, alors que Moody’s a réaffirmé son rating Aa3 avec un outlook désormais négatif, ne devrait pas affecter les évaluations des grandes banques, en France comme dans le reste de la zone euro.
Contrairement à ce que certains pourraient penser, le risque d’un cercle vicieux reste limité. En effet, les obligations françaises ne représentent qu’une faible part des bilans bancaires (environ 2,5-3%*). Les primes de risque des banques françaises se sont moins écartées que celles des obligations d’État, mais elles restent légèrement plus élevées que celles de leurs homologues européens.
Une solidité au moins comparable aux concurrents américains
Les ratios de solvabilité des banques européennes ont atteint des niveaux records. À titre d'exemple, le ratio CET1 s'établit à près de 16%* en moyenne, tandis que la rentabilité atteint désormais des sommets, avec un rendement des fonds propres avoisinant les 10%. L’environnement de taux, marqué par des courbes plus pentues et des niveaux plus élevés, a largement contribué à cette amélioration, tout comme les efforts de restructuration et le recentrage sur les revenus liés aux commissions («fee income»). Les ratios de solvabilité et de liquidité, tels que le Net Stable Funding Ratio (NSFR) à 130% et le Liquidity Coverage Ratio (LCR) à 150% en moyenne, confirment également la stabilité financière du secteur.
De nombreuses banques européennes génèrent une part significative de leurs revenus en USD, ce qui garantit un accès structurel à la liquidité.
Malgré ces fondamentaux solides, les primes et spreads des banques européennes émettant des obligations en dollar américain (USD), surnommées «Yankee bonds», restent nettement plus élevés que ceux de leurs concurrents américains. Cette différence s'explique d'une part par une moindre notoriété de la «marque» européenne auprès des investisseurs américains, et d'autre part par une base de revenus principalement en euros. Toutefois, le risque de tension sur la liquidité demeure limité: de nombreuses banques européennes, notamment celles présentes dans les activités de banque d’investissement, génèrent une part significative de leurs revenus en USD, ce qui garantit un accès structurel à la liquidité.
Un contexte favorable à l’offre et la demande
Le couple offre-demande joue également en faveur des obligations bancaires européennes en USD. Les émissions au cours des neuf premiers mois de l’année n’ont pas augmenté («high grade» 75 milliards USD**) par rapport à la même période l’an dernier, et elles devraient stagner en 2026, après un recul déjà observé en 2023 et 2024. Dans cet environnement d’offre contenue, la demande devrait rester robuste, notamment grâce aux remboursements et aux coupons qui seront réinvestis, contribuant ainsi à soutenir les prix.
Un différentiel de valeur toujours attractif
Les banques européennes qui émettent en USD offrent une prime additionnelle attrayante par rapport à leurs homologues américaines, un niveau difficile à justifier au vu des fondamentaux. Ces institutions évoluent dans un environnement économique globalement favorable, «ni trop chaud ni trop froid», avec une croissance prévue qui devrait passer de 1,1% en 2026 à 1,8% en 2027, et une inflation proche de l’objectif de 2% fixé par la BCE.
Les émissions subordonnées, telles que les «Tier 2» constituent une alternative intéressante au segment de la dette senior, offrant des primes supplémentaires de 20 à 30 points de base. Ces instruments présentent un risque bien moindre que les «CoCos», dans la mesure où ils n’impliquent pas de perte de capital tant que la banque reste «viable». Pour les grandes banques paneuropéennes, ces émissions conservent souvent une notation «investment grade».
Sources: *BCE, **Bloomberg