Le récent rallye «risk on» a ramené les primes de risque des crédits «investment grade» en USD à des niveaux historiquement bas, comparables au creux des années 1990 aux Etats-Unis et des années 2000 en Europe. Actuellement à environ 80 points de base (pb), ces niveaux ont perduré pendant plusieurs mois, voire plusieurs années. Cela démontre qu’un resserrement des primes ne mène pas nécessairement à une correction immédiate et peut se maintenir dans le temps.
Le décor macroéconomique soutient ce scénario. Aux Etats-Unis, la croissance devrait converger vers 1,8% en 2026, un rythme modeste mais robuste, conforme aux projections de la Réserve fédérale (Fed). Parallèlement, l’inflation continue de ralentir. La Fed anticipe que son indicateur clé, le Core PCE, atteindra 2,6% en 2026 et 2,1% en 2027, des niveaux alignés avec son objectif de stabilité des prix.
En parallèle, Jerome Powell a clairement indiqué que le cycle de baisses de taux est désormais enclenché. Cela représente un troisième facteur en faveur du crédit corporate. Même s’il ne devrait y avoir «que» deux coupes cette année et deux autres en 2026, des prédictions légèrement moins «dovish» que les attentes du marché, la tendance reste favorable pour cette classe d’actifs dans un scénario de croissance modérée et sans crise majeure. D’un côté, les entreprises bénéficient d’une baisse des coûts de refinancement. De l’autre, les prix des obligations s’apprécient lorsque les rendements diminuent, offrant un potentiel d’appréciation.
Des fondamentaux renforcés et un soutien technique
En plus de ce contexte macroéconomique favorable, plusieurs facteurs techniques et fondamentaux soutiennent encore l’USD Investment Grade:
Depuis le pic du COVID, le levier moyen (dette nette/EBITDA) des entreprises s’est amélioré, passant de 3x à 2,4x aujourd’hui, un niveau légèrement inférieur à celui de l’Europe pour l’Investment Grade. Par ailleurs, le ratio de couverture «EBITDA/interest» atteint un niveau élevé de 10x.
Ainsi, en juillet, le segment a enregistré davantage d’upgrades que de downgrades des notations. Ceci confirme une dynamique favorable pour les émetteurs.
Les flux vers les obligations «core intermédiaires» ont également attiré plus de 20 milliards de dollars pour un deuxième mois consécutif*, une performance rarement observée en dehors des périodes exceptionnelles de 2020 et début 2021. Ce phénomène est en partie attribuable à un effet dit «FOMO» (fear of missing out).
Enfin, une grande partie des nouvelles émissions sert à refinancer des obligations arrivant à échéance, ce qui limite le volume net d’émissions. Cette situation crée un déséquilibre favorable entre l’offre et la demande, soutenant les prix.
Un portage toujours compétitif
Même avec des valorisations plus serrées, le portage (carry) reste attractif, surtout sur le segment BBB. Ces titres offrent encore un surplus de rendement par rapport aux mieux notés «excess return» (retour excédentaire positif au-delà du taux sans risque), même en l’absence d’un resserrement additionnel des primes. Récemment, les primes des crédits BBB ont moins baissé que celles des segments mieux notés (A), les rendant ainsi relativement plus intéressants. La récente décompression entre BB et BBB accentue cet attrait. Sélectionner rigoureusement les émetteurs reste donc la clé pour capter la prime.
Indépendamment des niveaux actuels des primes, les investisseurs en quête de rendement (qu’il s’agisse d’assureurs, de caisses de pensions ou de clients privés) continuent d’être attirés par des rendements avoisinant 5%. Ces niveaux ne sont pas garantis de persister indéfiniment, et il semble judicieux de saisir cette opportunité tant qu’elle perdure.
Enfin, la saisonnalité joue en renfort, la fin d’année étant historiquement favorable aux actifs de qualité, notamment au crédit corporate Investment Grade USD.
*Source Morningstar Monthly Fund Flows data