Des étés de plus en plus meurtriers

Georgina Parker, Quaero Capital

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Les vagues de chaleur torride qui ont frappé l’Europe ces dernières semaines ont fait les gros titres et réaffirmé que le réchauffement planétaire est bel et bien un risque.

«Le risque climatique n’est pas un risque» a expliqué le responsable des investissements durables de HSBC lors d’une récente conférence du Financial Times. Pour certains, il a dénoncé l’excès de réglementation en faveur du climat et l’orientation de plus en plus ESG du secteur financier. Pour d’autres, il a émis un dangereux message alors que le réchauffement climatique représente un défi aussi important.

Les vagues de chaleur torride qui ont frappé l’Europe ces dernières semaines ont fait les gros titres et réaffirmé que le réchauffement planétaire est bel et bien un risque. Au moins 5 pays européens ont déclaré l’état d’urgence. Des incendies sévissent sur tout le continent en raison des températures élevées et de la sécheresse. Les records tombent les uns après les autres: 47 °C dans le nord du Portugal; 40,3 °C en Angleterre (la barre de 40°C n’ayant jamais été atteinte auparavant). Pour mettre les choses en perspective, la température maximale moyenne à Dubaï pendant l’été est de 41°C.

Les décisions prises en matière d’infrastructures dans le passé ne tenaient pas compte des températures que nous connaissons aujourd’hui.

Faut-il s’inquiéter? La plupart des pays du monde connaissent des températures aussi élevées pendant une partie voire la majeure partie de l’année. Pour l’Europe, cependant, il s’agit d’un changement important: les vagues de chaleur, de plus en plus fréquentes et intenses, deviennent la norme. Les épisodes météorologiques anormalement chauds augmentent 3 à 4x plus vite en Europe que sous les autres latitudes moyennes (selon les recherches du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Une étude publiée l’année dernière par la Ville de Paris prévoit que d’ici 2030, il y aura près de 20 vagues de chaleur par an.

L’Europe n’est pas préparée à ces températures. Infrastructures, logements, transports et systèmes énergétiques n’ont pas été conçus pour faire face à ces épisodes caniculaires. Très peu de maisons sont équipées de climatiseurs (gros consommateurs d’énergie par ailleurs, ce qui pose un problème sur les réseaux lors des pics de demande). Nos villes n’ont pas été aménagées pour favoriser la circulation de l’air ni la présence de zones ombragées et d’espaces verts, comme c’est le cas dans celles aux climats plus chauds. Or, atténuer les températures est essentiel pour la sécurité, en particulier des personnes âgées, mais aussi des personnes souffrant de problèmes de santé qui peuvent être exacerbés par la chaleur.

Les décisions prises en matière d’infrastructures dans le passé ne tenaient pas compte des températures que nous connaissons aujourd’hui. C’est pourquoi les vagues de chaleur provoquent tant de perturbations, qu’il s’agisse de retards de trains suite à la dilatation et la déformation des voies ferrées ou de difficultés d’acheminement de marchandises par voie fluviale, alors que le niveau des eaux est abaissé.


La route A14 dans le Cambridgeshire le 19 juillet 2022.

La Chine a, elle aussi, connu des conditions météorologiques extrêmes cette année: canicules, pluies torrentielles, entraînant des pénuries d’électricité et une baisse des rendements agricoles dans certaines régions.

Aux États-Unis, le National Weather Service prévoit des températures allant jusqu’à 43°C dans plusieurs états du nord-est. Dans les années 1960, il y avait 2 vagues de chaleur par an en moyenne. Elles sont passées à 6 en 2010. Ces vagues de chaleur durent plus longtemps et deviennent plus intenses.

Températures estivales moyennes selon le National Weather Service

Ces canicules mettent en évidence le besoin urgent de plans d’action visant à la fois à atténuer le changement climatique (en s’attaquant à ses causes) et à s’y adapter. On ne peut exhorter les consommateurs à réduire leurs consommations et à éteindre leur climatisation, tout en laissant tourner les centrales électriques au charbon. Ce type de comportement ne fera qu’exacerber le problème, nous entraînant dans un cycle dangereux: plus de réchauffement, plus de besoins en électricité, plus d’émissions.  Ce qu’il faut, c’est innover et investir massivement dans les vraies solutions.

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