Créer soi-même ce que l’on ne trouve pas ailleurs

Yves Hulmann

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La Banque Bonhôte & Cie lance un fonds qui combine investissement thématique et durabilité. Présentation avec Léon Lauber et Alan Roura.


Léon Lauber et Alan Roura. ©Bonhôte, Germain Arias-Schreiber

Se concentrer sur un nombre de thématiques d’avenir bien définies tout en maximisant la responsabilité sociale et environnementale de l’investisseur est l’objectif affiché par la banque Bonhôte qui vient de lancer son nouveau fonds Bonhôte Strategies – Megatrend Equity ESG. Pourquoi lancer maintenant un nouveau fonds consacré à l’investissement durable alors que l’offre existante est déjà vaste dans ce domaine? Comme l’a souligné en préambule Léon Lauber, directeur de l’arc lémanique à la Banque Bonhôte & Cie, l’établissement a débuté sa réflexion au sujet de l’investissement durable dès le début de la dernière décennie. «Nous avons entamé des discussions à ce sujet dès 2010 et mis en place une stratégie consacrée à l’investissement durable en 2013», a-t-il expliqué à l’occasion d’un événement qui s’est tenu la semaine dernière à Morges. De plus, la Banque Bonhôte & Cie a aussi obtenu en 2021 la certification BCorp, l’une des plus strictes dans le domaine environnemental, a-t-il précisé.

Quant à la décision de l’établissement de mettre sur pied un fonds thématique qui intègre d’emblée les critères environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG), elle a été motivée par l’absence de tels produits sur le marché. «Nos clients étaient intéressés par ce type d’approche et ce que nous recherchions n’existait pas. Nous avons donc décidé de le construire à notre façon et avec nos valeurs», a poursuivi le responsable pour l’arc lémanique de la banque privée neuchâteloise à l’occasion de la présentation du nouveau fonds en présence d’Alan Roura, le navigateur bien connu qui s’apprête à défendre les couleurs de la Suisse lors de la prochaine Route du Rhum et ambassadeur de l’établissement.

Huit thématiques sélectionnées

Concrètement, l’approche d’investissement du fonds s’articule autour de trois dimensions : une sélection de titres axée sur huit thématiques d’avenir, un choix qui privilégie les entreprises de qualité, en particulier au niveau de la solidité de leur bilan, ainsi qu’un filtre qui ne retient que les entreprises qui respectent les standards ESG les plus élevés.

En ce qui concerne les huit thématiques d’avenir retenues, celles-ci portent aussi bien sur des thèmes assez généraux comme l’innovation, la digitalisation ou le climat que sur d’autres qui sont plus spécifiques tels que l’automation, le vieillissement de la population, la nouvelle mobilité, l’intelligence artificielle et la consommation de la génération dite des «millenials». Pourquoi organiser le fonds autour de huit thématiques différentes plutôt que de se concentrer sur seulement deux ou trois thèmes? Pour Pierre-François Donzé, responsable des mandats institutionnels et de la gestion de fonds à la Banque Bonhôte & Cie, le fait de combiner ces différents thèmes apporte une meilleure diversification. «Mélanger ces thématiques permet au portefeuille de mieux résister dans différents environnements de marché», explique-t-il.

Les technologies les plus médiatisées ne sont souvent pas encore rentables.

L’occasion aussi pour le gérant de rappeler que chaque fois qu’une innovation apparaît, les nouvelles technologies traversent différentes phases dans leur développement, caractérisées par des hauts et des bas. «Durant une première phase, il y a souvent un engouement phénoménal pour une technologie – d’autant plus lorsque le mot disruption est cité en lien avec celle-ci», fait-il remarquer. Ensuite, à son sommet, elle fait souvent l’objet d’attentes surdimensionnées, avant qu’elle ne retombe au creux de la vague. S’en suit une phase de consolidation, puis une période marquée par une hausse de la productivité. Aux yeux de Pierre-François Donzé, ce n’est donc pas toujours au moment où l’on entend parler continuellement d’une technologie qu’elle est la plus intéressante pour les investisseurs. Et de citer quelques exemples d’innovations qui ont fait l’objet d’une très grande attention médiatique sans pour autant s’avérer rentables jusqu’ici: c’est le cas notamment des développements en lien avec le Metaverse – un domaine «où personne n’a gagné d’argent jusqu’ici», observe-t-il. Autre exemple: l’impression 3D, une technologie qui est loin d’avoir pris l’ampleur qu’elle promettait il y a trois ou quatre ans, fait-il remarquer. S’agissant du choix de privilégier les titres dits de «qualité», Pierre-François Donzé fait remarquer qu’il s’agit du facteur qui a le plus fait preuve de stabilité sur la durée.

Le respect des critères ESG est validé par la société Conser

Quant à la prise en compte des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance, la Banque Bonhôte & Cie prend le soin de souligner que les sociétés dont le score ESG n’est pas suffisant sont éliminées dès le premier niveau du processus de sélection, tout comme les titres dont la liquidité n’est pas jugée suffisante. En matière ESG, le processus d’analyse est encore validé par la société genevoise Conser spécialisée dans ce domaine. Celle-ci s’appuie sur toutes les analyses déjà disponibles, comme celles qui émanent d’agences telles que MSCI par exemple, puis Conser livre encore sa propre appréciation à propos de chaque société, explique Pierre-François Donzé. Partant d’un univers d’investissement initial de plus de 1’500 sociétés, la construction du portefeuille du fonds, après avoir intégré à la fois des critères financiers et ESG, ne retient plus qu’un nombre compris entre 60 et 100 titres.

Qu’en est-il du lien entre performance boursière et notation ESG? A ce sujet, les spécialistes de la banque privée soulignent que la recherche a bel et bien permis d’établir une relation positive entre la qualité des scores ESG et la performance boursière d’une entreprise à long terme.

 

Alan Roura: «Il n’est pas toujours nécessaire de naviguer avec du neuf»
Y a-t-il des points communs entre les questions liées à l’investissement durable et la navigation? Le navigateur suisse Alan Roura, qui prendra part à la prochaine Route du Rhum cet automne, fait le lien entre certains aspects communs à ces deux activités. «Lorsque vous naviguez pendant plus de 80 jours sur l’eau, il faut que vous soyez autonome en énergie», a-t-il mentionné à titre d’exemple lors d’une présentation effectuée fin septembre à Morges à l’occasion du lancement par la Banque Bonhôte & Cie d’un nouveau fonds consacré aux thématiques d’avenir et qui intègre d’emblée des critères environnementaux et sociaux.
Les matériaux employés évoluent également: «Dans la navigation, nous essayons toujours le plus souvent possible d’utiliser des nouvelles fibres éco-responsables même si nous travaillons encore avec de la fibre de carbone aujourd’hui». Selon le navigateur, qui a déjà participé à deux reprises à la Route du Rhum en 2014 et 2018, les recherches effectuées pour les bateaux de compétition sont aussi susceptibles d’être utiles un jour pour les navires servant au transport de passagers ou de marchandise.
Plus généralement, Alan Roura estime qu’il y aussi des bateaux de seconde main qui peuvent s’avérer également très performants si on les équipe correctement. «Il n’est pas nécessaire d’avoir du neuf à chaque fois», fait-il remarquer.
S’agissant des habitudes en matière de navigation, Alan Roura observe que l’économie du partage commence à être adoptée dans ce domaine également. «Il y a par exemple des clubs qui permettent aux gens de naviguer un certain nombre de jours par année pour un prix forfaitaire», illustre-t-il. «Il existe aujourd’hui plein de solutions avec lesquelles les gens n’ont pas besoin d’être propriétaires d’un bateau pour se faire plaisir. C’est une démarche positive et qui mérite d’être encouragée», juge-t-il. – (YH)

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