Coup de froid sur les métaux en 2022

Salima Barragan

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L’effet  «de reprise» sur le rallye touchant à sa fin, la Banque mondiale anticipe pour cette année une contreperformance de -5% sur l’ensemble des métaux.


© Keystone

Sensibles à la rupture de la chaine d’approvisionnement mondiale, la majorité des métaux, exceptés l’or et la bauxite, ont atteint des performances exceptionnelles en 2021. Près de 67% sur les métaux industriels et 16% sur les matières précieuses. Cependant, selon la Banque mondiale, leurs cours vont reculer cette année à mesure que l’effet «de reprise» s’atténue. L’institut anticipe une contre-performance de son index sur les prix des minéraux et des métaux de -5% en 2022.

Le supercycle n’a pas encore démarré

Selon un consensus largement établi, la transition énergétique a lancé un nouveau cycle haussier des métaux, notamment sur le cuivre, le nickel, le cobalt, l’aluminium, l’étain et le lithium, portés par les plans de dépenses colossaux des gouvernements dans les énergies propres (un paradoxe pour le secteur minier pourtant considéré comme une industrie sale). Mais selon l’avis de certains experts, ces assertions sont quelques peu hâtives. «Pour parler de supercycle, affirme Paul Robinson de CRU qui gère un panier sur les métaux, il faudrait que tous les acteurs croient au programme de dépense sur les infrastructures…qui pourrait éventuellement dans le futur déboucher sur un supercycle». Les produits de bases sont effectivement soutenus par la reprise de la consommation et des dépenses gouvernementales, mais il faut chercher du côté des perturbations sur la chaine d’approvisionnement pour interpréter la récente flambée des prix. Or, les lenteurs du circuit mondial devraient se résorber dans les prochains mois.

De même, John Baffes, économiste senior à la Banque mondiale estime que «les chocs sur les prix des métaux sont dus à des facteurs exogènes liés à la demande, tels qu’une récession ou de reprise». Ainsi, la fin de l’effet «de reprise» va normaliser le marché. Ce qui conduit l’institut à anticiper une contreperformance de son index sur les prix des minéraux et des métaux de -5% pour l’année.

Contrairement aux produits de base, les métaux précieux n’ont pas beaucoup brillé l’an dernier.

Le minerai de fer, qui a chuté lors du troisième trimestre, pourrait-il anticiper un refroidissement conjoncturel? Les miniers BHP Group Plc et Rio Tinto Plc fortement exposé à ce métal ont en fait les frais (-16,74% et -25,25% respectivement). «Les contrats futurs ont chuté de 37,3% entre le 30 août et le 30 octobre. Près de 57% des revenus de BHP et 66% de ceux de Rio Tinto proviennent du minerai de fer», commente Nitesh Shah, directeur de la recherche en Europe pour Wisdom tree.

Enfin, n’oublions pas que la plupart des métaux sont cotés en dollars américains. «Les métaux subiront des pressions si le billet vert continue de s'apprécier. La Réserve fédérale américaine a adopté un ton plus hawkish que les autres grandes banques centrales, ce qui indique que la force du dollar devrait persister», rappelle Nitesh Shah.

L’or et l’argent, derniers de classe

Contrairement aux produits de base, les métaux précieux n’ont pas guère brillé l'an dernier. La contreperformance de -5% du métal jaune, traditionnellement soutenu par une inflation élevée, a pris les observateurs de court. Dans une note de marché, Jupiter AM mentionne que le prix de l’or oscille dans une bande sans sentiment positif. De même. Paul Robinson estime que l’or constitue un danger pour les investisseurs à cause du phénomène bien connu du biais de confirmation. «Les arguments pour et contre sont forts. La dédollarisation offre un support certain au prix de l’or, mais l’or a touché un point bas en octobre et nous verrons probablement de nouvelles sorties». De son côté, la Banque mondiale table sur un recul de 2,5% sous l’effet de la hausse des rendements réels obligataires aux Etats-Unis.

Parlons aussi du Bitcoin, également qualifié de valeur de refuge contre l’inflation. Sa capitalisation qui n’a cessé de croitre durant ces dernières années en fait un sérieux concurrent de l’or. Selon une étude récemment publiée par Goldman Sachs, la capitalisation de la crypto devise d’environ 700 milliards de dollars US représente une part de marché de 20% des réserves de valeurs constituées par l’or. Selon Arnaud du Plessis, Gérant actions thématiques spécialisé sur l’or et les ressources naturelles chez CPR AM, le consensus anticipe une moyenne des cours de l’or de 1716 dollars US l’once pour l’ensemble de l’année.

Après une année décevante, l’argent a mal commencé le mois de janvier avec une tendance à la baisse qui devrait persister cette année : les prévisions anticipent un repli de 9%. «L’argent doit rattraper l’offre et la demande à cause des perturbations de l’approvisionnement des puces. Nous voyons bien des chaines découlant de nouvelles installations, mais en revanche nous ne voyons pas encore de support pour son cours», note Paul Robinson.

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