Chine: l'IA comme nouveau moteur

Gabriele Casati, NS Partners

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Après la crise immobilière, la Chine accélère sa mutation autour de l’intelligence artificielle.

 

Quatre ans après la réouverture progressive de la Chine post-Covid, le contraste est saisissant. Lors d’un récent déplacement entre Hong Kong et Shenzhen, rythmé par des rencontres avec des gérants, des entrepreneurs technologiques et plusieurs conférences organisées dans le cadre du HSBC Global Investment Summit, un constat s’est imposé avec force: l’intelligence artificielle est devenue le nouveau moteur stratégique de la Chine.

Après plusieurs années marquées par la crise immobilière et le ralentissement de la croissance domestique, les autorités chinoises semblent avoir trouvé un nouveau relais de croissance. L’IA bénéficie désormais d’un soutien massif, à la fois politique, financier et industriel. Ce soutien se traduit concrètement par des subventions, des avantages fiscaux, des aides à l’installation et surtout par la création d’un environnement extrêmement favorable à l’entrepreneuriat technologique.

La Chine dispose de plusieurs avantages structurels dans cette course mondiale à l’IA. Le premier reste le capital humain. Le pays forme chaque année le plus grand nombre de diplômés STEM au monde. Dans le même temps, les tensions géopolitiques et les restrictions américaines ont indirectement favorisé le retour de nombreux talents chinois ayant travaillé au sein des grandes entreprises technologiques américaines. Beaucoup reviennent aujourd’hui avec une expertise de pointe dans les modèles d’intelligence artificielle, les infrastructures cloud ou encore les semi-conducteurs.

Si la Chine reste encore en retard sur les Etats-Unis dans certains segments critiques, notamment les semi-conducteurs les plus avancés, elle affiche en revanche une compétitivité remarquable dans les applications liées à l’IA. La bataille ne se joue plus uniquement sur la puissance technologique brute, mais aussi sur la capacité à déployer rapidement des usages concrets à grande échelle.

Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, étroitement liés à la chaîne de valeur technologique, profitent eux aussi de cette accélération des investissements dans l’IA.

C’est probablement là que réside la véritable force du pays. Avec une population de plus d’un milliard d’habitants et un niveau d’adoption technologique impressionnant, la Chine est capable d’industrialiser très rapidement de nouvelles solutions. Shenzhen illustre parfaitement cette dynamique. La ville apparaît aujourd’hui comme l’un des laboratoires technologiques les plus avancés au monde. Les véhicules électriques y dominent désormais largement les rues, qu’il s’agisse des voitures, scooters ou vélos. Cette électrification massive, rendue possible par des infrastructures récentes et déployées à grande échelle, a profondément transformé la qualité de vie urbaine.

Sur le plan macroéconomique, la situation reste néanmoins contrastée. Le secteur immobilier demeure sous pression même si des signes de stabilisation apparaissent progressivement. La consommation intérieure montre quelques améliorations, mais la confiance des ménages reste encore limitée. Les exportations demeurent ainsi le principal moteur de croissance.

Dans ce contexte, les marchés financiers chinois connaissent eux aussi une phase de transition. Après plusieurs années difficiles, les investisseurs internationaux commencent progressivement à revenir, même si les flux restent encore largement dominés par les investisseurs domestiques.

Les discussions menées avec plus de trente hedge funds à Hong Kong montrent un positionnement désormais nettement plus constructif sur la région. Les expositions aux marchés chinois ont été significativement renforcées ces derniers mois, avec une concentration particulièrement élevée sur les thématiques liées à l’intelligence artificielle.

Les gérants mettent notamment en avant l’émergence rapide des modèles dits «agentic AI», capables d’exécuter des tâches complexes de manière autonome. Ce segment concentre aujourd’hui une part importante des investissements dans l’écosystème technologique mondial. Les trajectoires de croissance observées chez certains acteurs américains comme chinois impressionnent par leur rapidité.

En parallèle, l’ensemble de l’écosystème asiatique bénéficie de cette dynamique. Le Japon, la Corée du Sud et Taïwan, étroitement liés à la chaîne de valeur technologique, profitent eux aussi de cette accélération des investissements dans l’IA.

Cette évolution illustre surtout une transformation plus profonde du modèle économique chinois. Le cycle porté par l’immobilier et les infrastructures laisse progressivement place à une économie davantage tournée vers la technologie, l’innovation et la montée en gamme industrielle.

Pour les investisseurs, cette transition crée un environnement beaucoup plus polarisé qu’auparavant. Les indices chinois restent globalement peu dynamiques, mais les écarts de performance entre secteurs et entreprises deviennent considérables. Dans ce contexte, la gestion active retrouve toute son importance.

Après plusieurs années de scepticisme, la Chine semble ainsi reprendre progressivement une place centrale dans la compétition technologique mondiale. Plus qu’un simple rebond cyclique, le pays cherche désormais à s’imposer comme l’un des principaux architectes de la prochaine révolution industrielle.

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