La saison des résultats du troisième trimestre s’ouvre aux États-Unis, moment crucial pour un marché qui continue de miser sur une «perfection» parfois exagérée. Après des semaines marquées par des révisions contrastées et un climat de doute sur la vigueur de l’activité, les investisseurs reviennent à l’essentiel: les bénéfices confirmeront-ils la tendance ou les prévisions vont-elles s’assombrir? Avec des valorisations historiquement élevées et un environnement macroéconomique moins porteur qu’au printemps, le risque de déception est réel, même si les attentes globales restent positives.
Les prévisions de croissance bénéficiaire ressortent à +7,7% sur un an pour le S&P 500. C’est un rythme solide, mais inférieur aux sommets récents, signe d’une normalisation progressive. Dans le même temps, la croissance des revenus, attendue à +6,3%, dépasse celle des bénéfices, illustrant des marges plus fragiles qu’en 2024. La progression des «stars» de l’IA se poursuit, mais à un tempo plus mesuré, et le guidance split reste parfaitement équilibré avec 56 entreprises révisant à la hausse et 56 à la baisse. Autant dire que la sélectivité sera plus que jamais de mise.
Selon FactSet, six secteurs affichent des révisions d’EPS en hausse depuis fin juin, portés notamment par la technologie, les utilities, les matériaux et la finance. À l’inverse, l’énergie et la consommation de base apparaissent comme les zones les plus vulnérables, freinées par la baisse des prix pétroliers et une demande encore hétérogène. Les multiples de valorisation restent tendus: le C/B à 12 mois ressort à 22,6, largement supérieur aux moyennes quinquennale et décennale, ce qui signifie que la moindre déception pourrait coûter cher.
L’environnement, entre coûts de financement élevés, croissance modérée et multiples sous pression, impose d’analyser chaque publication avec une attention redoublée.
Les perspectives pour la fin de l’année restent constructives: les bénéfices sont attendus en hausse de 10,7% sur l’ensemble de 2025 et de 13,7% en 2026, avec une progression des revenus proche de 6,5%. L’objectif moyen pour le S&P 500 se situe à 7333 points, soit un potentiel de gain d’environ 10,6%. Le trio de tête sectoriel à surveiller est clair: technologie (+20,4% attendus sur les bénéfices), utilities (+16,9%) et matériaux (+14,7%), tandis que l’énergie (-3,3%) et la consommation de base (-3,1%) devraient reculer.
Les questions clés ne manquent pas: les hausses tarifaires finissent-elles par peser sur les marges des assureurs et des industriels? La première baisse de taux de la Fed a-t-elle dopé la confiance des entreprises? Et surtout, l’engouement autour de l’intelligence artificielle est-il confirmé par les résultats concrets de la technologie, notamment des semi-conducteurs et des plateformes? L’environnement, entre coûts de financement élevés, croissance modérée et multiples sous pression, impose d’analyser chaque publication avec une attention redoublée.
Dans ce contexte, la stratégie reste inchangée: s’appuyer sur les leaders structurels comme Microsoft ou Nvidia, alléger temporairement les cycliques trop sensibles au cycle et conserver une poche défensive via des dividendes robustes (Procter & Gamble, Visa, Berkshire). La tonalité des perspectives vaudra souvent plus que les résultats eux-mêmes, car un marché à ce niveau d’exigence ne tolère aucun flou.
En résumé, cette saison sera un révélateur: entre promesses de l’IA et retour au réel, les investisseurs devront naviguer entre euphories sectorielles et contraintes de marges. La moindre erreur pourrait déclencher de fortes corrections dans un marché drogué à la perfection. Face à ce défi, une seule règle demeure valable: diversification, diversification, diversification. La saison officielle des résultats s’ouvrira le 10 octobre, avec BlackRock comme premier grand test.