L’effet de septembre n’est-il qu’un fantasme? Certains investisseurs sont convaincus que l’histoire boursière est faite de cycles qui se répètent, tandis que d’autres considèrent que chaque période est unique. Mais une chose est certaine : depuis près de 75 ans, septembre reste en moyenne le mois le plus faible de l’année pour les actions. Ce constat, qui traverse les générations, alimente toujours autant les débats: s’agit-il d’une simple coïncidence statistique, ou bien d’un phénomène structurel enraciné dans le comportement des investisseurs?
Sur le long terme, le marché boursier américain est incontestablement orienté à la hausse. Le S&P 500 a généré un rendement annuel moyen de 10,6% sur un siècle, le Nasdaq 100 a offert 14,5% par an sur vingt ans, et le Russell 2000 environ 7,9% par an sur cinquante ans. Mais au milieu de cette trajectoire ascendante, septembre fait figure d’exception persistante. Depuis 1950, le S&P 500 et son prédécesseur affichent une perte moyenne de 0,87% sur ce mois. C’est la plus mauvaise performance de l’année, avec des résultats positifs moins de 45% du temps depuis 1928. A l’opposé, novembre culmine avec une performance moyenne de +1,63%. Les extrêmes sont également frappants: septembre 1974 a marqué un effondrement de 12%, tandis que 1954 et 2010 ont offert des gains supérieurs à 8%. Plus récemment, sur les vingt dernières années, septembre est resté le mois le plus faible pour le S&P 500, le Nasdaq 100 et le NYSE Composite.
Même dans un contexte marqué par l’essor de l’intelligence artificielle, l’accélération des flux et des volumes, et la liquidité fournie par les banques centrales, septembre conserve son statut de mois maudit.
Les explications avancées sont multiples. Certains analystes évoquent un biais comportemental saisonnier: les investisseurs ajustent leurs portefeuilles à la fin de l’été pour sécuriser leurs gains ou encaisser des pertes. D’autres rappellent que de nombreux fonds clôturent leur exercice fiscal en septembre et procèdent alors à des ventes massives. Le faible volume d’échanges de l’été est également mis en cause: le retour des investisseurs après les vacances entraîne souvent une vague de désengagement, augmentant la pression vendeuse. Enfin, l’aspect saisonnier est indéniable: les deux dernières semaines de septembre sont, historiquement, les plus mauvaises de l’année depuis 1950, confirmant l’idée d’un calendrier difficilement favorable aux marchés.
Même sur une période plus récente, la tendance n’a guère changé. Entre 2014 et 2024, le S&P 500 a montré une belle solidité de mars à août et en fin d’année, mais septembre et janvier ont continué à peser sur les performances annuelles. Du côté du Nasdaq, la dynamique globale est positive sur la décennie, mais février, décembre et surtout septembre ressortent comme des mois particulièrement défavorables. Autrement dit, même dans un contexte marqué par l’essor de l’intelligence artificielle, l’accélération des flux et des volumes, et la liquidité fournie par les banques centrales, septembre conserve son statut de mois maudit.
L’édition 2025 pourrait d’ailleurs accentuer cette impression. L’agenda de septembre est exceptionnellement dense : chiffres de l’inflation en zone euro dès le 2, publication de l’emploi américain le 5, puis un double rendez-vous le 11 avec l’inflation américaine et la réunion de la BCE. Le 17, la Fed, la Banque du Canada et les chiffres de l’inflation européenne viendront s’ajouter au calendrier, suivis de la Banque d’Angleterre le 18, la Banque du Japon le 20, puis la BNS le 25. Rarement un mois aura condensé autant d’événements macroéconomiques et monétaires capables de faire basculer le sentiment des investisseurs. Dans un contexte déjà fragilisé par les incertitudes commerciales et géopolitiques, la moindre surprise pourrait amplifier la volatilité.
Reste une question essentielle: peut-on bâtir une stratégie d’investissement sur la base d’un seul mois, fût-il historiquement défavorable? Probablement pas. Mais l’histoire rappelle que septembre demeure, en moyenne, un point faible pour les marchés, et cela depuis trois quarts de siècle. L’agenda de 2025, aussi chargé que redouté, ne manquera pas d’alimenter cette réputation. La prudence s’impose, mais il ne faut pas oublier que, bien souvent, les replis saisonniers ouvrent aussi la voie aux meilleures opportunités. Le véritable enjeu pour l’investisseur n’est pas de craindre septembre, mais de savoir transformer ce mois de doute en porte d’entrée pour les cycles haussiers de demain.