Brexit: le private equity plus proactif que les marchés financiers?

Cyril Gomez

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L’agent de placement privé indépendant Capstone Partners observe un regain d’intérêt des sociétés de private equity pour le marché britannique.


© Keystone

Quel peut être le sentiment vis-à-vis du Royaume-Uni au sein de l’industrie des placements privés? Face au perpétuel imbroglio de la politique britannique, intensifié samedi par le vote du Parlement anglais en faveur d’un report d’un accord de sortie du Royaume, les investisseurs du private equity se soucient-ils toujours de l’issue de celle-ci? «Hard Brexit, soft Brexit, plus que son dénouement, c’est plutôt l’incertitude autour qui semble prédominer les discussions», nous confie David Rolfo, Associé de l’agent de placement pour le private equity, Capstone Partners (Capstone), à Genève.

Qui observe que le sentiment général est relativement partagé. «Comme dans beaucoup de situations, nous voyons actuellement deux groupes principaux d’investisseurs. D’un côté, les prudents, qui préfèrent attendre que la situation se clarifie avant d’allouer à nouveau des capitaux dans la région. De l’autre, les contrarian, qui y voient une excellente opportunité d’investissement, la livre étant à un niveau relativement bas en comparaison historique et l’incertitude ayant rendu certains actifs plus attractifs», précise David Rolfo.

«Le faible ralentissement dans les levées est probablement dû
à un rééquilibrage après une année 2017 particulièrement intense.»

L’expert remarque avec intérêt que d’important investisseurs tel que Blackstone ont augmenté leurs investissements dans le pays, y voyant un important potentiel de rendement. Il évoque notamment les commentaires de Jonathan Gray, Président et Chief Operating Officer chez Blackstone, celui-ci considérant le pays comme «la meilleure opportunité d’investissement de tous les pays développés».

David Rolfo attire également l’attention sur les chiffres du fournisseur de solutions logicielles pour l’industrie de la gestion alternative, E-front, mettant en avant la surperformance moyenne du private equity au Royaume-Uni par rapport au reste de l’Europe et particulièrement la plus faible dispersion des rendements d’un manager à l’autre. «Ceci représente un gros avantage par rapport à d’autres marchés où l’asymétrie d’information peut couter bien plus cher à un investisseur», poursuit David Rolfo, avec qui Allnews s’est entretenu juste avant le vote de samedi au Parlement britannique.

Il demeure cependant difficile d’évaluer l’impact exact du Brexit sur les levées de fonds, en l’absence de données chiffrées permettant d’établir un lien de causalité significatif entre le sentiment des investisseurs en private equity et le chemin toujours aussi scabreux de sortie du Royaume-Uni. «Le faible ralentissement dans les levées est probablement dû à un rééquilibrage après une année 2017 particulièrement intense et certains fonds pan-européens (ayant une allocation au Royaume-Uni) reviennent sur le marché plus tôt qu’anticipé, afin de profiter des conditions de marché relativement favorables.»

David Rolfo précise qu’un gestionnaire lève des capitaux en moyenne tous les cinq ans. Mais il est en mesure d’observer un changement géographique dans la provenance des fonds, l’intérêt des investisseurs nord-américains s’intensifiant au profit des marchés européens, dont le Royaume-Uni. «D’une manière plus générale, on observe depuis quelques temps une bifurcation dans les levées de fonds entre certain gestionnaire «blue chip», capables de lever des fonds de taille gigantesque grâce à leur marque, et des équipes plus petites qui peinent à lever des fonds ou qui doivent repousser leur levée bien que leurs performances ne soient pas nécessairement inférieures.»

«Nous aimons les équipes qui ont une approche prudente du levier et sont capables
de sourcer des deals à des valorisations plus basses que le marché.»

Pour sa part, en tant qu’agent de placement, Capstone adopte une approche constructive vis-à-vis du marché britannique, pour qui les mouvements de court terme ne constituent pas un critère de décision fondamental. Ce qu’illustre, notamment, l’ouverture de son bureau à Londres l’an dernier. «En effet, nous pensons que sur le long terme le Royaume-Uni va rester une place économique et financière importante et maintenir sa place de leader pour le private equity», affirme David Rolfo.

«En ce qui concerne notre approche du marché britannique, et nous parlons ici de managers étant basés et actifs dans le pays – dans la mesure où beaucoup de managers basés à Londres investissent en dehors du Royaume-Uni – nous préférons nous concentrer sur des équipes plus établies et qui ont déjà prouvé leur capacité d’investissement à travers l’ensemble des cycles économiques.» En l’occurrence Capstone travaille actuellement avec deux managers très établis, mais dans des segments de marché différents.

«De plus, nous aimons les équipes qui ont une approche prudente du levier et sont capables de sourcer des deals à des valorisations plus basses que le marché, souvent en évitant de passer par des intermédiaires, notamment par voie d’enchères (auctions). Bien que notre approche soit valable en tout temps, nous pensons qu’elle est particulièrement pertinente en ce moment.» L’année 2019 a en outre été relativement intense pour l’agent de placement, celui-ci ayant levé plusieurs fonds actifs dans les stratégies venture et capital-développement (growth), stratégies pour lesquelles la dispersion des performances est telle que le spécialiste estime critique de travailler avec des équipes très reconnues.

«Au niveau organisationnel, notre équipe s’est agrandie avec des recrutements récents aux États-Unis, en Europe et Asie. Nous poursuivons notre développement à l’international avec l’ouverture prochaine de notre premier bureau japonais, à Tokyo.» Capstone est en effet également actif en Asie depuis plusieurs années via, notamment, son bureau de Singapour et des partenariats locaux. «Cependant, l’attractivité du marché japonais nous a convaincu d’y renforcer notre présence en y ouvrant nos propres bureaux, où nous y étions jusqu’ici présents via un partenariat. Cela nous permettra de nous rapprocher autant des gestionnaires (GPs) que des investisseurs (LPs) et donc de mieux servir le marché local, mais aussi à l’international», conclut David Rolfo.

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