Banques et assurances: des fondamentaux solides malgré des valorisations encore faibles

Kjell Morten, DNB Asset Management

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L’intelligence artificielle modifiera le secteur. A court terme, ses effets les plus importants devraient porter sur la productivité et l’efficacité opérationnelle.

 

Les valeurs financières restent souvent analysées à travers le prisme de la crise financière mondiale. Les banques sont perçues comme cycliques et risquées, les assureurs comme peu agiles, les prestataires de paiement comme proches de la technologie. Cette lecture devient trop réductrice: le secteur financier n’est plus celui de 2008.

Depuis la crise, banques et assureurs ont renforcé leur capital, amélioré leur liquidité, consolidé leur gestion des risques et adapté leurs modèles à un cadre prudentiel plus strict. Ils abordent le cycle actuel avec une capacité d’absorption des chocs bien supérieure à celle d’avant 2008. En cas de ralentissement, le secteur devrait plutôt jouer un rôle de stabilisateur que d’amplificateur, même si robustesse ne signifie pas immunité.

C’est précisément là que réside l’opportunité. Les valorisations demeurent attractives et les solides positions de capital soutiennent des rendements élevés. Selon nous, les fondamentaux du secteur se sont améliorés plus durablement que ne le reflètent les anticipations actuelles du marché.

Ce constat vaut particulièrement pour les banques européennes. Un écart de valorisation avec les établissements américains reste justifié, compte tenu d’une croissance structurellement plus faible, de marchés plus fragmentés et de risques politiques et réglementaires plus élevés. Mais l’ampleur de cette décote paraît excessive. Les marchés sous-estiment la rentabilité de nombreuses banques européennes, la solidité de leurs fonds propres et la discipline avec laquelle le capital excédentaire est redistribué.

Les meilleurs établissements européens ne devraient plus être considérés comme des banques fragilisées par le passé, mais comme des entreprises matures, bien capitalisées, capables de créer de la valeur. L’Europe fait aussi face à des besoins d’investissement considérables. Le rapport Draghi les estime à environ 750 à 800 milliards d’euros supplémentaires par an pour combler le retard d’innovation, améliorer la compétitivité énergétique, décarboner l’industrie et renforcer la résilience.

Les réseaux de paiement comme Visa et Mastercard offrent aussi des opportunités structurelles. Ils deviennent des infrastructures technologiques, fondées sur des paiements sécurisés, riches en données et interopérables à l’échelle mondiale. Ils combinent effets de réseau, avantage lié aux données et activité récurrente, tout en restant ancrés dans le système financier régulé.

L’intelligence artificielle modifiera également le secteur. À court terme, ses effets les plus importants devraient porter sur la productivité et l’efficacité opérationnelle. L’IA peut automatiser des tâches courantes, améliorer le traitement documentaire, accélérer le développement logiciel et renforcer la productivité, notamment dans la gestion des risques et la prévention de la fraude. Mais investir dans l’IA n’est pas la même chose que disposer d’un avantage dans l’IA: les gagnants seront les entreprises capables de combiner données, taille, maîtrise réglementaire et discipline d’exécution.

Les risques restent réels. Le principal risque classique demeure la qualité du crédit: un environnement macroéconomique plus faible pourrait accroître les défauts dans certaines parties du secteur. Le deuxième concerne la résilience opérationnelle, en particulier la cybersécurité. Pour les investisseurs, il est essentiel de regarder au-delà des valorisations et des rendements du capital, en intégrant la solidité du bilan, la culture du risque et la qualité du management.

Au cours des douze prochains mois, le marché pourrait sous-estimer la durabilité de la création de valeur du secteur financier. Les investisseurs devraient privilégier les entreprises qui associent avantages compétitifs durables, discipline d’allocation du capital et profils robustes de création de valeur.

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