Les seniors rejettent toute augmentation de l’âge de la retraite

Communiqué, Deloitte

2 minutes de lecture

Un âge de départ à la retraite flexible, comme en Suède et au Canada, pourrait être une solution, selon le récent sondage de Deloitte.

Le Conseil fédéral et les milieux économiques s’accordent sur l’importance du relèvement de l’âge de la retraite pour garantir une prévoyance vieillesse à long terme. En Suisse, les personnes âgées de 50 à 70 ans sont toutefois sceptiques. Dans un récent sondage Deloitte mené auprès de ce groupe d'âge, aucune des cinq propositions d'augmentation d’âge présentées n'a trouvé une majorité. Les résultats montrent la difficulté de la tâche qui attend le nouveau Parlement. Un âge de départ à la retraite flexible, comme en Suède et au Canada, pourrait être une solution.

La Suisse vieillit – chaque année, la part des retraités dans la population totale augmente. Cette évolution pose d'importants problèmes financiers au système de prévoyance suisse. Le Conseil fédéral tente une nouvelle fois de réformer l'AVS et souhaite tout d'abord porter l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. Les milieux économiques et les Jeunes Libéraux-Radicaux veulent aller plus loin: ils réclament la retraite à 66 ans pour tous.

La grande question est de savoir si un relèvement de l'âge de la retraite trouvera une majorité à l'urne. Le facteur décisif pour le résultat d'un vote sera le comportement électoral des 50-70 ans. Ils représentent 36% de la population ayant le droit de vote et ont également un taux de participation supérieur à la moyenne. «Si nous ne parvenons pas à convaincre les personnes directement concernées de la nécessité de relever l'âge de la retraite, il sera difficile de parvenir à un assainissement durable de l'AVS. C’est pourtant une priorité pour l'économie», déclare Reto Savoia, CEO de Deloitte Suisse.

Un gouffre entre les sexes et les régions linguistiques

En juin 2019, Deloitte Suisse a réalisé un sondage auprès de 1’000 personnes âgées de 50 à 70 ans, hommes et femmes confondus et provenant de régions différentes. Cinq variantes d'un relèvement de l'âge de la retraite (voir l'illustration) leur ont été présentées. Les résultats montrent que seulement 47% des répondants sont en faveur d'un relèvement de l'âge de la retraite des femmes à 65 ans. A cette question, le taux d'approbation n'est que de 32% pour les femmes et de 60% pour les hommes. «Les femmes sont nettement plus opposées à toutes les variantes de l'augmentation de l'âge de la retraite, surtout à celles qui les concernent directement. Cela pourrait s'expliquer par le fait qu’à côté du travail, elles continuent de s’occuper plus que les hommes des tâches domestiques et familiales et que certaines d'entre elles se sentent désavantagées dans le monde du travail. Les entreprises sont appelées à mettre en oeuvre des mesures cohérentes en faveur de l'égalité des sexes et qui répondent mieux aux besoins des familles», explique Reto Savoia.

Consentement à diverses variantes d'un relèvement de l'âge de la retraite.

L'enquête montre également qu’une nouvelle votation sur le relèvement de l'âge de la retraite pourrait entraîner un ‘röstigraben’ politique. Seules 24% des personnes interrogées en Suisse romande approuvent l’augmentation de l'âge de la retraite à 65 ans pour les femmes. En Suisse alémanique, le taux d'approbation est en revanche de 55%. De telles différences existent également dans les autres variantes d'un relèvement de l'âge de la retraite. «Pour les suisses allemands, le financement durable de la prévoyance vieillesse semble très important, tandis que les Romands réclament davantage de prestations de l'État. Ces différentes attitudes en matière de politique sociale sont bien connues, mais la profondeur du ‘röstigraben’ concernant l’augmentation de l’âge de la retraite donne matière à réflexion», déclare Reto Savoia.

Apprendre de la Suède et du Canada

Même si une faible majorité des 50-70 ans rejette le relèvement d'un an de l'âge de la retraite des femmes, la proposition du Conseil fédéral devrait avoir de véritables chances d’être acceptée, surtout en raison de la forte adhésion des plus jeunes tranches d'âge, comme nous l'ont appris diverses enquêtes. Toutes les autres propositions – plus indispensables à un assainissement à long terme – risquent d'être très difficiles à mettre en oeuvre en raison du faible niveau de soutien de la tranche d'âge des 50-70 ans.

La Suisse pourrait prendre exemple sur la Suède et le Canada afin d’assurer une restructuration de la prévoyance vieillesse à long terme. Les deux pays ont en effet assoupli l'âge de départ à la retraite en renonçant à un âge fixe et en appliquant la règle: plus on travaille longtemps, plus la rente est élevée. La Suisse pourrait introduire une fourchette d'âge de 60 à 70 ans et associer le versement des rentes à l'espérance de vie moyenne. «Sans un âge de départ à la retraite fixe, les employeurs et les employés sont susceptibles de devenir plus flexibles: les premiers dans les embauches et les seconds dans la  recherche d'emploi. Ce changement devrait ainsi inciter les entreprises à embaucher davantage de seniors et à garder leurs collaborateurs plus longtemps. Compte tenu du retrait des baby-boomers du marché du travail et de la pénurie de main-d'oeuvre qui en résulte, ces effets secondaires d’une flexibilisation de l’âge de la retraite seraient bienvenus», explique Reto Savoia.