La chronique des marchés de Vontobel au 21 mai

Jean Frédéric Nussbaumer, Vontobel

3 minutes de lecture

Nasdaq -1,46%, SPX -0,67%, Dow -0,33%, Russell -0,70%, SOX -4,02%, Eurostoxx -1,63%, SMI -0,80%.

Wall-Street subit le durcissement du contentieux commercial entre les Etats-Unis et la Chine. La saga Huawei se poursuit mais quelque chose est en train de changer: l’attitude des Chinois. Ces derniers semblent perdre patience à tous les niveaux, gouvernemental mais aussi chez Huawei. Cette nuit son CEO Ren Zhengfei réplique à Donald Trump que les Etats-Unis sous-estiment son entreprise. Extraits: «La 5G de Huawei ne sera absolument pas affectée (par tout cela). En matière de technologie 5G, ce n’est pas en deux-trois ans que les autres entreprises pourront rattraper Huawei». «Nous n’allons pas, à la légère et sur un coup de tête, nous passer désormais des puces américaines. Nous devons grandir ensemble (avec ces compagnies), mais en cas de difficulté d’approvisionnement, nous avons des solutions de rechange. En période de paix (avant la guerre commerciale), nous nous fournissions pour moitié en puces venant des Etats-Unis et pour moitié venant de Huawei. On ne pourra pas nous isoler du reste du monde».

Dans le monde entier, beaucoup d’utilisateurs de smartphones Huawei s’interrogent: pourront-ils toujours accéder aux services Google sur leur appareil? Face aux inquiétudes, Washington semble vouloir calmer le jeu, en décrétant hier un délai de 90 jours avant d’imposer les sanctions. Une décision jugée «sans grande signification» par Ren Zhengfei, qui annonce que son groupe est déjà «en discussion» avec Google afin de chercher des solutions face à l’interdiction de commercer. Au niveau gouvernemental, le ton de Pékin n’est guère plus encourageant. Hier la Chine hausse le ton face aux Etats-Unis: «Nous ne savons pas de quel accord parlent les Etats-Unis. Peut-être les Etats-Unis ont un accord pour lequel ils nourrissent des attentes extravagantes, mais ce n’est certainement pas un soi-disant accord que la Chine aurait accepté», déclare ainsi le porte-parole du ministère chinois des Affaires étrangères, Lu Kang. La dernière série de discussions n’a pas débouché sur une entente car les Etats-Unis ont tenté «d’imposer des intérêts déraisonnables au moyen d’une pression extrême», poursuit le porte-parole. «Dès le départ cela ne pouvait pas marcher», conclut-il , assurant que la délégation chinoise, pour sa part, s’était présentée avec une attitude «sincère et constructive». De son côté, Donald Trump estime que la Chine finira par signer un accord, «parce qu’ils se font tuer par les droits de douanes».

La guerre commerciale ne se limite pas au secteur technologique. 173 entreprises du secteur de la chaussure, dont Nike, Adidas et Under Armour, envoient une lettre ouverte au président des Etats-Unis, dans laquelle elles estiment que le passage à 25% des barrières douanières sur les produits qui les concernent sera catastrophique pour leurs consommateurs, leurs entreprises et l’économie américaine dans son ensemble.

Cela dit, comment donc Donald Trump pourrait-il à ce stade faire machine arrière et baisser le ton? D’ailleurs il est intéressant de noter qu’il est en train d’assouplir sa position à l’égard du Canada, du Mexique, du Japon et de l’Union Européenne. Besoin d’amis?

Dans ce contexte, le marché est chahuté, le secteur technologique surtout et plus particulièrement les actions de semi-conducteurs. Leur indice phare, le SOX, recule encore de 4% hier et traite désormais nettement en territoire de correction, il a abandonné 17% depuis son top du 24 avril. Dans 3% on parlera de marché baissier (bear market). Le SOX se rapproche dangereusement de sa moyenne mobile à 200 jours (1322,80 contre une clôture à 1345,58), niveau important et à suivre. C’est une véritable guerre des puces qui se déroule sous nos yeux et aucun acteur n’est épargné. Qualcomm abandonne 6%, Intel 3%, AMD aussi. En Europe également c’est un quasi carnage qui s’opère avec ST Micro qui chute de 9%, Infineon de 5%, ASML de 6,3% et AMS de 13%. Le marché craint que ces entreprises cessent de livrer Huawei, certaines démentent (AMS et Infineon notamment) mais rien n’y fait, on vend d’abord, on réfléchira ensuite. La chute des semi-conducteurs fait tache d’huile sur tout le secteur de la technologie, l’indice Nasdaq 100 (NDX) reculant de 1,7%. Les titres de sociétés chinoises cotées à New York sont délaissés et le marché préfère se positionner dans les hôpitaux et les HMOs (Health Maintenance Organization). Le secteur des télécoms est également recherché, Sprint et T-Mobile progressant bien après que le patron de la FCC a indiqué qu’il supporte leur fusion.

La volatilité remonte un peu plus, l’indice VIX en hausse de 2% à 16,30, le rendement de l’emprunt US à 10 ans ne bouge pas, à 2,41%, l’or non plus, à 1274 dollars l’once. Le pétrole reste soutenu, le baril de WTI Light Crude à 63,41 dollars. Sur le front des monnaies, le dollar est recherché, la paire eur/usd à 1,1152.

Cette nuit et ce matin, les places financières asiatiques traitent dans le vert, hormis Tokyo et Hong-Kong qui reculent légèrement. En Europe les indices ouvrent en légère hausse, menés par les valeurs industrielles et de l’énergie. Le future SPX traite en hausse de 4 points, tout cela est bien timide. Sonova publie des ventes en ligne et indique s’attendre à une accélération significative de ses ventes et de son bénéfice en deuxième partie d’année, le titre en hausse de 4.7%. Tentative de rebond d’AMS, qui récupère 2% alors que Temenos s’adjuge 4,3% après avoir annoncée de nouveaux objectifs de croissance.  

Il y une valeur qui semble profiter des déboires d’Huawei, il s’agit de Samsung, en hausse de 6% depuis vendredi.

En termes de statistiques économiques, aujourd’hui sera pauvre. Les ventes de maisons existantes seront publiées aux Etats-Unis alors qu’en Europe on attend la confiance des consommateurs au mois de mai. Mais en Europe ce sont les élections qui vont retenir l’attention. Elles débutent jeudi pour se terminer dimanche soir. La question est de savoir dans quelle proportion  les partis nationalistes du vieux continent progresseront. Et dans l’intervalle, tout le monde sur Twitter pour suivre la guerre commerciale en direct. Cela dit il semble bien que Donald Trump ait quelque peu perdu la main.