Wall Street termine sa journée de jeudi en ordre dispersé. Papy Dow Jones parvient à garder la tête hors de l’eau, bien content pour une fois d’être en valeurs de l’IA et semi-conducteurs plutôt dépourvu, tandis que le Nasdaq100 (NDX) réalise sa plus forte baisse quotidienne en près de deux mois, principalement pénalisé par les semi-conducteurs (SOX) et les valeurs liées à l’IA. La faute au méchant Financial Times (FT) qui ose un article sombre sur OpenAI dont les revenus annualisés seraient inférieurs d’environ 20 milliards de dollars aux indications précédentes, et les craintes autour d’une bulle IA de resurgir aussi sec, ça se déchaine sur les réseaux sociaux (avant cela se passait au café du commerce, voir la démonstration de Fabrice Eboué à ce sujet), dans la veine de: «je vous l’avais bien dit que tout cela se terminerait mal» ou encore «tout cela n’est que du vent». Dans la foulée le SOX perd plus de 3% et clôture juste au-dessus de sa moyenne mobile à 100 jours. Nvidia (NVDA -2,94%) est sans surprise mise sous pression, Oracle (ORCL -5,58%) aussi, cette dernière a en plus de gros maux de dette. Tiens! Apple grappille 1,11%, ça ne rate jamais, dès que le plus grand nombre s’inquiète au sujet de l’intelligence artificielle il vient se réfugier dans le supposé refuge en la matière, tout cela parce que la firme à la pomme a la réputation d’être une plutôt nulle en IA.
Le marché des actions semble quelque peu perdu dans la traduction hier. À peine les Européens sont-ils à l’apéro rentrés chez eux que les rendements obligataires US décident de reculer significativement. On observe par exemple le 10 ans qui passe de 5,35% à son plus haut hier à 5,24% ce matin, un mouvement tout sauf anecdotique même si dans l’absolu le niveau actuel reste élevé, j’y reviens. Et ce n’est pas tout, le président des Etats-Unis annonce qu’il n’attaquera pas l’Iran avant les élections de mi-mandat du 3 novembre, ces deux éléments auraient pu inciter le plus grand nombre à revenir massivement dans les actions, or la réaction des intervenants est plutôt molle, même le pétrole ne réagit que peu à l’annonce, j’y reviens aussi. Tout comme le VIX d’ailleurs, l’indice de la peur de Wall Street reste en mode sieste prolongée, à 15,42, un niveau vraiment très bas.
Le podium du jour du SPX se compose de l’énergie, des biens de consommation de base et des financières. Les volumes d’échanges se reprennent, le breadth est positif sur le SPX et nettement négatif sur le NDX et l’on ne peut ignorer la performance du jour du SPW, l’indice S&P500 équipondéré qui gagne 0,6% alors que le SPX recule de 0,47%. Lisez: le marché bazarde la tech, semis et IA en tête, mais ne perd pas la tête pour autant et effectue une rotation vers d’autres secteurs, un excellent signe que voilà. Notons aussi que les petites capitalisations réagissent elles au repli des rendements obligataires, normal elles sont concernées au premier chef par le sujet, le Russell2000 (RTY) récupère sa moyenne mobile à 200 jours en clôture. Chaud devant en Europe! Le Stoxx Europe 600 (SXXP) se pose à 325,51 à la cloche, sa 200 jours l’attend juste en-dessous, à 325,03 points.
On revient à la courbe des taux US. Le mouvement de repli des rendements observé en deuxième partie de journée hier s’explique principalement par la forte demande lors de l’adjudication de 22 milliards de dollars d’obligations à trente ans, après une vente à dix ans déjà solide la veille. Les offres (bid to cover ratio) représentent 2,54 fois le montant proposé, contre une moyenne annuelle de 2,42, et les acheteurs indirects, souvent considérés comme un indicateur de la demande étrangère, absorbent 72,3% de l’émission. Les rendements historiquement élevés attirent également les investisseurs, certains professionnels redevenant positifs sur les obligations américaines pour la première fois en dix ans. Enfin, l’annonce de Donald Trump excluant une attaque contre l’Iran avant les élections de novembre contribue à détendre les tensions géopolitiques. Cette baisse constitue toutefois un repli au sein d’une tendance plus large de hausse des rendements, alimentée par l’offre importante de dette, le ton restrictif de la Fed et les risques géopolitiques. Les chiffres de confiance et d’anticipations d’inflation de l’Université du Michigan, attendus à 16 heures ce jour, constitueront le prochain test.
Au chapitre de l’or noir, Le Brent recule à 103,57 dollars le baril, contre un top proche de 106 dollars hier, l’annonce de Donald Trump excluant une attaque contre l’Iran avant les élections de novembre ne suffit manifestement pas à provoquer une baisse plus marquée. Les opérateurs accordent moins de crédit à ses déclarations après plusieurs menaces restées sans suite et considèrent cette annonce comme une pause politique temporaire. Mais surtout, les perturbations de l’offre persistent: l’Iran maintient ses restrictions dans le détroit d’Ormuz, les attaques contre les pétroliers s’intensifient et les expéditions ralentissent. Malgré une remontée en septembre, la production de l’OPEP reste environ 20% inférieure à son niveau d’avant-guerre. Parallèlement, l’ouragan Isaias entraîne l’arrêt d’environ 63% de la production pétrolière américaine du golfe du Mexique, soit 1,28 million de barils par jour, et menace les capacités de raffinage. Ces contraintes entretiennent une prime de risque durable, également visible dans les coûts du transport maritime; même l’annonce d’une libération de stocks d’urgence par le G7 n’a que brièvement fait passer le Brent sous 100 dollars. Une reprise des négociations sur Ormuz ou des dégâts moins importants que prévu liés à l’ouragan pourraient favoriser une baisse plus significative.
Au registre des monnaies, le dollar perd un chouia de son attrait «valeur refuge» depuis hier, la paire EUR/USD cote ce matin 1,1224. Techniquement le billet vert semble toujours accompagné d’un momentum assez fort face à la monnaie unique européenne, ses prochains supports d’importance se situe à 1,1111 puis 1,1100 (200 jours).
L’or ne se fait pas prier pour profiter du repli du greenback et des rendements obligataires, l’once remonte à 4196 dollars ce matin, aussi soutenu par les achats persistants des banques centrales et des investisseurs particuliers. Les stocks d’or détenus par les ETF augmentent de 0,3% cette semaine, en passe d’enregistrer une douzième semaine consécutive de progression et dépassent leur sommet atteint juste avant le déclenchement de la guerre en Iran. Cette demande soutenue permet au métal de résister relativement à la hausse des taux réels et à la vigueur du dollar. L’or pourrait avoir trouvé un plancher autour de 4100 – 4000 dollars, après plusieurs passages sous 4000 dollars en juin et juillet. Enfin, la poursuite des achats d’ETF avant les chiffres de l’inflation américaine, alors que le pétrole reste cher, témoigne de son attrait comme protection contre les risques géopolitiques.
Au menu macro-économique de ce vendredi, à 09h00 sera publiée la confiance des consommateurs en Suisse (sortie nettement plus faible que prévu), suivie à 10h00 de la production industrielle en Italie. Aux États-Unis, l’indice de confiance des consommateurs de l’Université du Michigan paraîtra à 16h00, puis Susan Collins, de la Fed, prononcera un discours à 22h00.
Roche obtient, via sa filiale Genentech, l’approbation de la FDA pour Tecentriq associé à la chimiothérapie dans le cancer du côlon. Logitech présente une nouvelle gamme de solutions vidéo pour les entreprises. Audi, filiale de Volkswagen, invoque la force majeure pour des suppressions d’emplois à Neckarsulm, tandis que son dirigeant appelle à trouver des solutions viables pour éviter la fermeture du site. Revolut privilégie une cotation principale aux États-Unis pour son éventuelle introduction en Bourse. Starbucks dément envisager le rachat de Chipotle et réaffirme sa stratégie actuelle. L’administration Trump accuse Microsoft, Adobe et d’autres entreprises d’abuser d’un programme américain de visas de travail. Raytheon, filiale de RTX, décroche un contrat américain dans les missiles pouvant atteindre 6,3 milliards de dollars. SpaceX acquiert des fréquences mobiles pour concurrencer les opérateurs américains, notamment AT&T et Verizon. Micron s’engage à poursuivre le dialogue après l’approbation d’une grève par un syndicat taïwanais. American Express écope d’une sanction de 350 millions de dollars infligée par la Fed et l’OCC pour des manquements dans la lutte contre le blanchiment. Petrobras remporte 21 blocs pétroliers lors d’un appel d’offres au Brésil, tandis que BYD étudie des investissements dans le lithium et les batteries en Argentine. Delta Air Lines figure parmi les principales publications de résultats du jour.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en hausse à part Tokyo qui égare 0,02% à la cloche. Hong Kong monte de 1,67%, Shanghai progresse de 0,31%, Séoul est fermée et le Nifty50 s’adjuge 1,13%. Les futures SPX et NDX récupèrent 0,3% respectivement 0,7%. Après le vilain FT, voici venu le tour de la gentille agence Bloomberg, qui rapporte qu’OpenAI prévoit d’atteindre, voire de dépasser, 70 milliards de dollars de revenus annualisés d’ici fin 2026, grâce principalement à la croissance de son activité auprès des entreprises. L’agence confirme toutefois le niveau d’environ 50 milliards à fin septembre évoqué hier par le Financial Times: elle apporte donc une perspective plus rassurante sans démentir son article, les 70 milliards restant un objectif. Il s’agit d’un rythme de ventes extrapolé sur douze mois, et non du chiffre d’affaires effectivement réalisé sur l’année. L’Europe progresse de 0,6% dans les premiers échanges.