Gonet: l'actualité des marchés au 6 novembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow -3,44%, S&P 500 -4,36%, Nasdaq -5,52%, Russell -4,45%, SOX -12,25%, Eurostoxx -0,55%, SMI -0,37%.

 

La tech prend l’eau hier soir et les industriels qui équipent les centres de données sont du voyage. Le Nasdaq Composite lâche 5,5%, sa pire séance depuis avril 2025. Nvidia et Qualcomm cèdent plus de 9%, le premier laissant près de 450 milliards de dollars de capitalisation en route, tandis qu’AMD, Micron et Applied Materials reculent de plus de 10%. Les prévisions décevantes de Qualcomm, sur fond de pénurie de puces mémoire, n’arrangent rien. Mais c’est surtout le rythme de construction des centres de données que le marché revoit à la baisse. D’après l’agence Bloomberg, environ 40% des capacités en projet se situent dans des États où les nouveaux gouverneurs ont promis des moratoires. Moins de chantiers, ce sont potentiellement moins de commandes de puces, de serveurs, de générateurs et de systèmes de refroidissement. Voilà pourquoi Caterpillar, GE Vernova et Eaton trinquent aussi. La tempête soufflait déjà avant le verdict des urnes: les taux élevés compliquent le financement, plusieurs groupes lèvent le pied sur leurs projets et les investisseurs se demandent si les neoclouds, ces jeunes fournisseurs de puissance de calcul très endettés, auront assez de clients pour rentabiliser leurs capacités.

La «star» du jour est sans contexte l’indice SOX (-12,256%). Les semi-conducteurs subissent plusieurs chocs à la fois. La faiblesse des ventes de PC et de smartphones pèse sur Intel, Qualcomm et Arm, tandis que les pénuries de composants renchérissent les coûts dans toute la filière. La victoire démocrate aux élections de mi-mandat incite Jefferies à réduire d’environ 8% sa prévision de nouvelles capacités à l’horizon 2030, tandis qu’UBS estime que 30% des capacités censées entrer en service en 2028 sont menacées. Depuis le 6 octobre le SOX a perdu 33% et il est encore en hausse de 28% sur 2026 le bougre! Cette punition en bonne et due forme a ramené la valorisation de l’indice de 33 à 16 fois les bénéfices attendus, alors que le consensus FactSet table encore sur une croissance de 51% de ces bénéfices l’an prochain. Barron’s estime qu’une partie des mauvaises nouvelles est désormais intégrée dans les cours.

Tentons maintenant de décortiquer la chute d’hier et surtout de déterminer si elle constitue une capitulation ou pas. Le premier constat est que les petits porteurs (the wrong way crowd) jettent clairement l’éponge hier, ils n’achètent absolument pas la faiblesse. On n’observe pas le même comportement chez les institutionnels, le mouvement du jour est exacerbé par des ventes forcées de stratégies systématiques et à effet de levier. Sur la partie des volumes de trading, cela explose littéralement avec +135% sur le SOX et +50% sur le S&P500 (SPX) ainsi que le Nasdaq100 (NDX). À ce stade on se dit que le marché a capitulé hier soir, reste à vérifier quelques points, on se tourne donc du côté du breadth, qui nous apprend que sur le SPX 73 titres progressent et 429 reculent. Le Nasdaq Composite affiche un bilan tout aussi négatif, avec 421 hausses pour 2483 baisses. Sur le NYSE, on compte environ 5,4 titres en baisse pour chaque titre en hausse, signe d’une pression vendeuse très étendue. Mais, et il y a un gros mais, le bilan sur 52 semaines nuance toutefois ce constat, avec 134 nouveaux plus hauts pour 131 nouveaux plus bas. Lors d’une capitulation, les nouveaux plus bas dépassent généralement de loin les nouveaux plus hauts. La baisse touche donc un grand nombre de titres, mais ce bilan suggère que les pertes les plus sévères restent concentrées sur les valeurs liées à l’IA et les anciens leaders de la hausse.

Tous les secteurs du SPX reculent, mais la baisse frappe surtout la technologie (-7,3%), loin derrière les industrielles (-4,12%) et la consommation discrétionnaire (-3,75%). À l’autre bout du classement, la consommation de base, les services aux collectivités et l’immobilier résistent le mieux, même s’ils terminent eux aussi dans le rouge. La pression vendeuse est donc généralisée, mais les écarts entre secteurs révèlent une rotation vers les valeurs défensives.

Et la volatilité me direz-vous? Mais quelle belle journée pour elle ! Le VIX se réveille en sursaut et se met en mode Space-X avec une hausse de 70%, qui l’amène à 28,18. Par la voix de son porte-parole de la peur, le marché anticipe donc des secousses à court terme. L’indice se rapproche d’une zone où, par le passé, le SPX a eu tendance à mieux se comporter dans les semaines suivantes. Il reste toutefois en deçà des pics de nervosité observés lors des grandes phases de capitulation. Un niveau de 28 est clairement intéressant pour les structureurs, à 35-40 il lancera sans aucun doute un signal technique d’achat. La question est de savoir s’il va y aller.

Alors? Capitulation ou pas? Certes tous les secteurs du SPX reculent hier, dans des volumes d’échanges élevés et accompagnés d’un retour remarqué de volatilité, mais le NYSE compte encore autant de nouveaux plus hauts que de nouveaux plus bas sur 52 semaines. Ce tableau m’évoque un accès de panique plutôt qu’une capitulation générale.

Sur le front de l’analyse technique, on notera que le SPX termine sa journée juste au-dessus de sa moyenne mobile à 200 jours, mais qu’il n’est pas encore entré en territoire survendu. En revanche le SOX a violemment cassé sa propre 200 jours, il est désormais entré en territoire survendu et a tendance à réagir à un tel état. Le NDX casse sa 200 jours et plutôt violemment, il entre en territoire survendu, depuis 2020 il a systématiquement opéré un rebond technique dans ce contexte. Enfin l’indice SPW, le cousin équipondéré du SPX, se maintient au-dessus de ses trois principales moyennes mobiles, cela se passe plutôt bien pour lui.

Au chapitre des autres classes d’actifs c’est nettement plus calme, on retiendra que l’aversion au risque engendrée par l’hémorragie vendeuse sur la tech US provoque un retour des investisseurs dans les bons du Trésor US, le rendement du 10 ans recule à 4,82%, sa 100  jours l’attend à 4,81%. Même constat sur le dollar, qui retrouve probablement quelque attrait de sécurité aux yeux des intervenants et remonte à 1,1189 contre l’euro, ce qui déplait fortement à l’or, qui recule à 4069 dollars l’once. On peut aussi penser que les investisseurs sortent du métal jaune en vue du rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis, qui sera publié cet après-midi. Le pétrole remonte à 97,63 dollars le baril de Brent, ses 100 et 200 jours ont parfaitement joué leur rôle de support, elles évoluent à 94,32 dollars respectivement 93,73 dollars.

Au menu macro-économique de ce vendredi, John Williams (Fed) ouvre la journée à 10h30, avant la publication des ventes au détail de la zone euro à 11h00. Le temps fort de l’après-midi sera le rapport sur l’emploi américain à 14h30, qui réunira le taux de chômage, les créations d’emplois hors agriculture et l’évolution du salaire horaire moyen. Alberto Musalem (Fed) prendra ensuite la parole à 15h10, puis l’Université du Michigan publiera à 16h00 son estimation préliminaire de la confiance des consommateurs américains. Michelle Bowman (Fed) clôturera la journée à 18h15.

Pirelli confirme ses objectifs pour 2026 après un résultat opérationnel ajusté de 283 millions d’euros au troisième trimestre, supérieur aux attentes, tandis que celui de Daimler Truck progresse à 1,12 milliard d’euros. Audi, filiale de Volkswagen, pourrait investir 3 milliards de dollars supplémentaires dans sa nouvelle usine américaine et y créer 3000 emplois. Après la clôture, les résultats font bondir Cloudflare de 14,6% et Airbnb de 11%, tandis que Tripadvisor chute de 27% et Atlassian de 16%. Apple lève 7,5 milliards de dollars sur le marché obligataire. Des élus républicains demandent que le patron de Nvidia soit entendu par le Congrès au sujet de ses liens présumés avec la Chine. Selon The Information, Nvidia étudierait aussi la conversion d’anciens bâtiments de télécommunications en centres de données pour l’IA, tandis que Microsoft resserre le suivi des projets de ses fournisseurs de cloud spécialisés. General Mills envisagerait de séparer les activités de Häagen-Dazs hors d’Amérique du Nord, selon le Wall Street Journal. Au Japon, Mitsubishi Heavy Industries affiche une hausse de ses ventes et de son bénéfice net au premier semestre, et SoftBank confirme que la Chine a bloqué son rachat de la division robotique d’ABB. Moderna figure parmi les publications attendues du jour.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices reculent nettement. Tokyo chute de 5,96% à la cloche, Hong Kong perd 1,27%, Shanghai abandonne 1,1%, Séoul glisse de 6,02% et le Nifty50 parvient à monter de 0,96%. L’Europe ouvre en repli de 1,2%, les futures SPX et NDX sont inchangé respectivement en hausse de 0,9%.

A lire aussi...