Gonet: l'actualité des marchés au 30 octobre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

6 minutes de lecture

Dow -0,25%, S&P 500 -0,30%, Nasdaq -1,38%, Russell +1,01%, SOX -1,42%, Eurostoxx +0,64%, SMI +1,21%.

 

C’est un véritable cocktail d’Halloween qui est servi à Wall Street en cette fin de semaine. Le marché joue à se faire peur, dans le rôle des grands méchants on retrouve Alphabet, Meta et désormais Amazon et Intel. On va aborder les trimestriels des deux dernières citées, mais d’abord prenons un peu de recul et tentons une première analyse de la saison en cours des résultats de sociétés, qui nous apprend que les investisseurs semblent désormais davantage s’intéresser à la rentabilité de l’intelligence artificielle qu’à la seule vigueur de la demande. Ils veulent voir les dépenses d’infrastructure se transformer en revenus et en bénéfices. Un très bon élève ressort du lot, Microsoft, qui combine accélération d’Azure, maîtrise des marges et faibles besoins de financement externe. Chez Alphabet, le ralentissement de Search et de YouTube inquiète, tandis que le poids croissant des ventes de puces TPU pourrait limiter la rentabilité du cloud. Chez Amazon, la déception d’AWS (Amazon Web Services, en bon français: le cloud) reflète surtout des attentes très élevées, malgré une croissance annoncée supérieure à 40% en 2027 et 2028, j’y reviens. On constate aussi que la solidité du bilan et la capacité à financer sa croissance deviennent des critères de sélection de plus en plus importants dans l’ensemble des secteurs.

Amazon perd 7,3% dans les échanges après-bourse hier soir malgré une croissance de 39% d’AWS et des capacités cloud pour 2027 déjà largement réservées. Ses investissements trimestriels atteignent 77,3 milliards de dollars, contre 58,9 milliards attendus, tandis que le commerce, la publicité et les prévisions de bénéfice opérationnel déçoivent. Le groupe maintient néanmoins son objectif d’investissements de 220 milliards pour 2026 et prévoit une croissance d’AWS supérieure à 40% en 2027 et 2028. Chez Intel, le titre plonge de 25% après la clôture: la hausse de 78% des revenus des centres de données et de l’IA ne compense pas la faiblesse des PC et des perspectives nettement inférieures aux attentes. L’explosion meurtrière dans son usine israélienne pénalise la production et les marges, tandis que le prix élevé des mémoires devrait freiner les PC au moins jusqu’au premier semestre 2027. Intel ne prévoit d’ailleurs pas de flux de trésorerie disponible positif en 2027: la croissance de l’IA est bien là, mais sa facture continue de tomber avant ses retours.

Les publications décevantes d’Amazon et d’Intel cristallisent les inquiétudes sur la maîtrise des investissements dans l’IA. Amazon affiche un flux de trésorerie disponible fortement négatif, à -42,4 milliards de dollars, avec 77 milliards d’investissements trimestriels, tandis qu’Intel prévoit un chiffre d’affaires de 15 à 16 milliards au quatrième trimestre, inférieur de plus d’un milliard au consensus. Ces annonces pèsent sur l’ensemble des valeurs d’infrastructure IA, notamment Nvidia, TSMC et les fabricants de mémoires, tandis que les rééquilibrages de fin de mois accentuent le risque de mouvements de marché désordonnés.

En effet, n’oublions pas que nous sommes à la fin du mois, une excellente occasion de faire un point sur les performances boursières d’octobre des différents secteurs aux Etats-Unis ainsi que des principales places boursières autour du globe. On constate rapidement qu’octobre se caractérise par une forte rotation sectorielle aux États-Unis. À la clôture d’hier soir, neuf secteurs sur onze progressent, avec l’énergie en tête (+11,7%), suivie des secteurs défensifs. À l’inverse, la technologie (-3,6%) et surtout les services de communication reculent. En Europe, la Suisse se distingue avec un SMI (Strong Market Index) en hausse de 6,7%, devant l’Allemagne et le marché européen dans son ensemble, tandis que Paris reste quasiment stable. L’Asie présente un bilan nettement plus faible: l’Inde résiste, mais le Japon, la Chine et Hong Kong baissent, et la Corée du Sud accuse le recul le plus marqué (-13,2%). Ce bilan traduit davantage une redistribution des capitaux qu’une fuite généralisée des actions: les investisseurs privilégient l’énergie et les secteurs défensifs, au détriment des valeurs et des marchés les plus exposés à la technologie. C’est là la principale observation que l’on peut faire, aucune panique à signaler à bord mon capitaine, le matelot tech fait certes des siennes mais, de par sa taille, il est une sorte d’arbre instable mais dynamique qui cache une sage forêt en plutôt bonne santé.

Et ce n’est pas la séance de trading d’hier qui contredira ce constat. L’indice S&P500 (SPX) perd 0,3% alors que son alter ego équipondéré le SPW progresse de 1,21%. Même le commandant Turbo aurait probablement commenté en disant «j’ai rarement vu ça». Mieux encore! Le breadth du jour du SPX est positif dans un ratio de 4 contre 1. Encore plus fort! Le breadth du NDX parvient à rester légèrement positif, malgré le plongeon d’Alphabet et de nombreuses firmes de la tech. Hier est donc une séance typique de quelques énormes capitalisations qui restent en plaine alors que le gros de l’armée et bon nombre de ses généraux poursuivent leur montée vers la colline. D’ailleurs le SPW clôture à 1,4% de son plus haut historique, pendant que le Russell2000 (RTY), aux déboires de son grand frère NDX totalement indifférent, se sent pousser des ailes et termine sa journée juste sous sa moyenne mobile à 50 jours, illustrant à lui seul la grande rotation en cours et confirmant une énième fois que bien diversifier son exposition aux actions reste la règle numéro un si l’on souhaite dormir sur ses deux oreilles.

Le regain d’aversion au risque observé sur le marché des actions se traduit par un renforcement du franc suisse mais aussi par un retour des investisseurs dans les bons du Trésor des Etats-Unis, le rendement du 10 ans cote 4,92% ce matin, sa 100 jours l’attend de pied ferme à 4,79%, sa 50 jours pile à 5%. Côté monnaies, hormis la force du franc, on observe un coup de mou du dollar, la paire EUR/USD remonte à 1,1193, pendant que l’or subit une pression vendeuse croissance, malgré le repli du billet vert, des rendements obligataires et la recherche ambiante de refuges. L’once traite à 3997 dollars, elle voit un premier support à 3943 dollars, on peut envisager que les intervenants donnent la relique barbare à cause de la bonne tenue du pétrole, un phénomène inflationniste qui pourrait inciter la Fed à passer à l’action en relevant ses taux, ce que le métal jaune abhorre. Ce matin le baril de Brent remonte à 117,14 dollars sur fond de craintes d’une reprise des frappes américaines contre l’Iran. Selon le Wall Street Journal, un haut commandant américain au Moyen-Orient a présenté à Donald Trump plusieurs options d’attaque.

La BCE maintient son taux de dépôt à 2,5%, comme prévu. Christine Lagarde indique qu’une hausse a été envisagée, mais écartée lors de cette réunion; selon des sources proches des discussions, les responsables sont prêts à relever les taux en décembre si les perspectives d’inflation ne s’améliorent pas. Elle confirme également son départ le 7 février, souhaitant davantage de liberté pour s’exprimer sur les questions politiques. Cette nuit, la BoJ maintient son taux directeur à 1,25%, mais adopte un ton ferme: elle estime l’inflation sous-jacente désormais compatible avec son objectif de 2% et laisse entrevoir une nouvelle hausse dès décembre. Elle annonce aussi une accélération des ventes de ses ETF à partir de janvier, poursuivant la normalisation de sa politique monétaire.

Le départ anticipé de Christine Lagarde le 7 février ajoute de l’incertitude à la politique monétaire européenne. La course à sa succession entre Pablo Hernández de Cos et Klaas Knot devient un thème central en Europe. Aux États-Unis, les élections de mi-mandat du 3 novembre pourraient permettre aux démocrates de gagner du terrain dans au moins une chambre, avec des conséquences possibles sur la guerre en Iran, la politique énergétique et les dépenses publiques. Le repli des valeurs technologiques, les incertitudes autour de la BCE et les ajustements de positions avant le scrutin favorisent ainsi une fin de mois volatile, dans un contexte de faible liquidité.

Et oui, bienvenue à la dernière séance de trading du mois d’octobre, demain c’est Halloween, cette fête que nous avons piquée aux Américains, qui l’avaient piquée aux émigrés irlandais et écossais. Pour l’occasion le VIX semble renaitre d’entre les morts, il gagne 7% hier et prend 8% supplémentaires ce matin, pour traiter à 18,55. Pas certain qu’à un tel niveau il provoque beaucoup d’AVC dans la rue, mais on prend, sachant que pour que son costume soit réellement crédible il devrait atteindre au moins le niveau de 30, qui constituerait un début. Les futures US aussi sont de la partie, le SPX perd 1%, son compère du NDX abandonne plus de 2% alors que l’Europe, tout de même moins Halloween que sa jeune grande sœur, ne rend que 0,7% dans les premiers échanges. Le cousin sud-coréen du Nasdaq, le Kospi, perd 3,8% en sympathie, avec la hausse du pétrole en parallèle la séance de ce vendredi promet d’être intéressante.

Microsoft lève 25 milliards de dollars sur le marché obligataire pour accompagner ses investissements dans l’IA, avec une forte demande de 115 milliards, soit 4,6 fois le montant émis. Répartie en dix tranches, dont certaines à échéance de 40 ans, l’opération constitue sa première véritable levée de nouveaux capitaux par obligations à long terme depuis 2017. Le groupe rejoint ainsi Alphabet, Amazon, Meta et Oracle, mais se distingue par sa notation AAA et un flux de trésorerie disponible positif de 18,6 milliards de dollars au dernier trimestre, une situation unique parmi ces cinq géants du cloud. Microsoft prévoit de conserver une trésorerie disponible positive sur l’exercice 2027 et profite de conditions de financement favorables pour compléter ses ressources internes et préserver sa flexibilité financière.

Binance suspend les dépôts et les retraits après un piratage estimé à 6,3 milliards de dollars, présenté comme le plus important cybervol de l’histoire, tout en assurant que les clients seront intégralement indemnisés. Environ 3 milliards de dollars d’actifs dérobés ont été gelés, notamment grâce à l’intervention des émetteurs de stablecoins Tether et Circle. Selon les premières investigations, les pirates auraient compromis l’ordinateur d’un ingénieur informatique pour autoriser des retraits frauduleux. Des spécialistes de la cybersécurité attribuent l’attaque au groupe nord-coréen TraderTraitor, sans confirmation officielle à ce stade. Binance poursuit ses vérifications et coopère avec les autorités; sa filiale américaine Binance.US indique ne pas être touchée.

Le calendrier économique de ce vendredi débute à 10h00 avec les premières estimations de croissance du PIB en Allemagne et en Italie. À 11h00 seront publiés la croissance du PIB et le taux de chômage de la zone euro, ainsi que les chiffres préliminaires de l’inflation italienne. Aux États-Unis, l’indice du coût de l’emploi est attendu à 13h30, puis le PMI de Chicago à 14h45. Entre-temps, l’Allemagne dévoilera son inflation préliminaire à 14h00. La journée se poursuivra à 17h30 avec une intervention d’Alberto Musalem, responsable de la Fed.

Glencore augmente sa production de cuivre au troisième trimestre et maintient ses objectifs annuels, tandis que Bayer remporte aux États-Unis un procès concernant le Roundup. Selon le Financial Times, Evonik devrait rejeter l’offre relevée de BASF, à 11 milliards d’euros. Après Bourse, les résultats font progresser Mondelez de 7,6%. General Motors versera 220 millions de dollars pour régler des accusations de violation de la vie privée de ses clients. Par ailleurs, Takeda mise sur trois nouveaux médicaments au potentiel cumulé de ventes annuelles de 11 milliards de dollars à leur pic, tandis que Hyundai prévoit de distribuer environ 182 millions d’euros d’actions à ses salariés. Les publications du jour comprennent notamment AstraZeneca, BP, Puma, ExxonMobil, Chevron, AbbVie et Colgate-Palmolive.

Cette nuit et ce matin en Asie les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo perd 2,12% à la cloche, Hong Kong prend 1,46%, Shanghai recule de 1,44%, Séoul baisse de 3,48% et le Nifty50 grappille 0,29%. Les futures US et européens sont donc en repli.

En résumé, cette semaine Alphabet, Amazon et Intel déçoivent pendant que Microsoft Azure. Et moi je sors…

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