Gonet: l'actualité des marchés au 5 novembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

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Dow +3,03%, S&P 500 +1,58%, Nasdaq +1,44%, Russell +1,58%, SOX -3,13%, Eurostoxx +1,97%, SMI +1,90%.

 

La poussière des élections de mi-mandat retombe doucement sur les Etats-Unis, le rouge a fait place au bleu, le marché en a pris acte et procédé à des ajustements sans attendre. Premier constat, Wall Street apprécie et envoie la grande majorité de ses troupes plus haut hier soir, les semi-conducteurs et l’énergie mis à part, j’y reviens. Le marché des actions aime beaucoup voir des pouvoirs exécutif et législatif divisés, cela assure bien souvent une forme de statu quo, or depuis janvier de l’an passé les intervenants sont passés par tous les états d’âme avec un locataire de la Maison-Blanche en forme olympique, un peu de calme fait donc du bien et permet un chouia de visibilité. Le retour en force des démocrates implique notamment moins de risques potentiels de dérapages budgétaires supplémentaires, ainsi qu’un ralentissement envisageable des investissements frénétiques dans les centres de données. En parallèle la déclaration hier du vice-président des Etats-Unis JD Vance que la guerre en Iran a fait pencher la balance en faveur des démocrates, ajoutée à la rumeur de remplacement du secrétaire à la défense Pete Hegseth, critiqué pour sa gestion de la guerre contre l’Iran, font chuter le pétrole comme une pierre. Ces trois éléments combinés provoquent un repli du dollar et un retour des investisseurs dans les bons du Trésor des Etats-Unis, faisant reculer significativement le rendement du 10 ans US. L’or n’en demandait pas tant, un billet vert et des rendements obligataires en baisse constituent deux puissants vents dans le dos pour une relique barbare qui semblait bien mal en point depuis quelques temps et rebondit significativement hier et ce matin, j’y reviens.

Résumons: les actions semblent apprécier le nouveau paysage politique des Etats-Unis, en punissant au passage les valeurs industrielles exposées aux centres de données, ainsi que les principales sociétés de semi-conducteurs. Des exagérations pourraient apparaitre sur ce segment, c’est à suivre. Le marché obligataire se détend, le dollar fait de même, pendant que la volatilité se casse littéralement la figure hier soir (le VIX chute de 20% à 16,61, caramba encore raté est-on tenté de se dire). La chute du cours de l’or noir calme les craintes d’inflation et réduit potentiellement la perspective de hausses de taux par la Fed, de la véritable musique aux oreilles des acteurs du marché des actions, qui se dopent à la liquidité depuis 2009 et ne savent plus faire sans.

On va se pencher sur la séance de trading d’hier soir, mais d’abord le sujet qui fâche : la forte baisse des valeurs industrielles exposées aux centres de données: GE Vernova recule de 9%, Vertiv de 13%, Eaton de 10%, Quanta Services de 12% et Cummins de 5%. Les investisseurs craignent un ralentissement des investissements massifs dans ces infrastructures, qui pèserait sur les revenus des fournisseurs d’équipements de production d’électricité, de systèmes électriques et de refroidissement, ainsi que de services de construction. L’ampleur réelle des conséquences sur les bénéfices reste cependant difficile à évaluer, Le marché est probablement en mode «vendre d’abord, s’interroger ensuite». Des opportunités pourraient se présenter mais la prudence s’impose à court terme, car les analystes pourraient abaisser leurs objectifs de cours et leurs prévisions de croissance pour 2027. Notons au passage que les valorisations ont déjà nettement diminué: les cinq valeurs citées plus haut se négocient en moyenne à 21 fois les bénéfices attendus sur les douze prochains mois, contre près de 33 fois plus tôt en 2026 et une moyenne historique d’environ 22 fois avant l’essor des centres de données.

En revanche, les actions des géants du cloud, les «hyperscalers», bondissent hier. Un ralentissement de la construction de nouveaux centres de données pourrait accroître la valeur de leurs capacités existantes, en rendant ces infrastructures plus rares et plus recherchées. Ces groupes disposent également d’une puissance financière et d’un poids politique susceptibles de leur permettre de poursuivre leurs projets malgré un environnement moins favorable. Microsoft gagne 6,68%, Amazon 4,49%. Dans un registre moins «IA», Apple progresse de 5,31% et chipe (pas de jeu de mots voulu) au passage la couronne de numéro un mondial des capitalisations boursières à Nvidia, qui est emportée par la foule 3,17% plus bas.

La rotation sectorielle se poursuit hier soir, le SOX (semi-conducteurs) est à nouveau puni, il a désormais nettement cassé sa moyenne mobile à 200 jours, son prochain support se situe à 10'000 points (10'268 pts à la cloche), ensuite on regardera 9976 points (61,8% de retracement Fibonnacci de la hausse de 7084 pts à 14'655 pts). Attention à une death cross qui se profile à un horizon de deux semaines environ. Le SOX souffre clairement des craintes de nouvelles réglementations autour de l’IA. Son grand frère le Nasdaq100 (NDX) fait nettement mieux et progresse de 0,91%. Techniquement il reste en sursis au-dessus de sa 200 jours, avec laquelle il se bat comme un chiffonnier depuis 4 séances. La bonne tenue des quelques mastodontes de la tech mentionnés plus haut lui apporte un soutien certain hier soir. Le podium du jour du SPX se compose de la consommation discrétionnaire, des financières et de l’immobilier, les seuls deux secteurs terminant la journée dans le rouge étant les industrielles et l’énergie. Dans l’ensemble le breadth est excellent et les volumes de trading en nette hausse, ce qui tend à valider la qualité de la performance de Wall Street d’hier soir, d’ailleurs j’ai gardé le meilleur pour la fin, ce bon vieux papy Dow Jones qui met tout le monde d’accord en décollant de plus de 3% après un violent rebond pile de sa 100 jours, le DOW regarde désormais le niveau de 54'000 points, s’il le traverse ensuite ce sera le plus haut historique en séance du 5 août, à 54'744 pts, clôture hier soir à 53'356 pts. J’allais oublier, le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations), parvient à s’éloigner par le haut de sa 200 jours, il se battait avec elle depuis le premier octobre, il en profite pour casser sa 50 jours à la cloche. Attention tout de même, une death cross semble vouloir pointer le bout de son nez à un horizon d’une semaine.

La paire EUR/USD se stabilise à 1,1240, son prochain niveau de résistance se situe à 1,1353. Le rendement du 10 ans US est retombé à 4,87%, il regarde sa 100  jours à 4,80%, s’il la traverse, ensuite la 200 jours l’attendra de pied ferme à 4,55%. Quant au pétrole, le baril de Brent chute à 94,93 dollars, vendredi il traitait à 118 dollars! Le Brent a cassé sa 50 jours et évolue juste au-dessus de sa 200 (@93,57 dollars). La 100 dma évolue actuellement à 94,08 dollars, chaud devant d’un point de vue technique…

L’or s’échange à 4129 dollars l’once, au-dessus de 4100 dollars mais encore sous ses moyennes mobiles à 50 et 100 jours, situées respectivement à 4205 et 4202 dollars. Son rebond pourrait se poursuivre même si certaines réactions immédiates aux élections de mi-mandat s’estompent, grâce à un possible apaisement des anticipations de taux à l’échelle mondiale. À court terme, la faiblesse du dollar constitue son principal soutien, dans un contexte également marqué par la baisse du pétrole et la hausse des obligations. À plus longue échéance, un ralentissement de la croissance, notamment si les investissements dans l’IA freinent sous l’effet d’obstacles politiques, de difficultés de financement ou de pénuries, pourrait conduire les marchés à abandonner leurs anticipations de resserrement monétaire de la Fed sur les douze prochains mois, ce qui favoriserait l’or. Les prochaines semaines permettront toutefois de voir si le rebond attire de nouveaux capitaux dans les ETF adossés au métal, dont les investisseurs ont commencé à réduire leurs positions, ou s’il leur offre surtout une occasion de sortir. La poursuite des achats des banques centrales sera également à surveiller, alors que l’environnement macroéconomique semble devenir plus favorable à l’or.

L’agenda économique de ce jeudi débute à 13h00 avec la décision de politique monétaire de la Banque d’Angleterre. Aux États-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage et l’estimation préliminaire de la productivité hors agriculture seront publiées à 14h30, avant les interventions de Beth Hammack à 14h50 et de Thomas Barkin à 15h10, tous deux responsables de la Fed. Christine Lagarde, présidente de la BCE, prendra ensuite la parole à 16h00.

Deutsche Telekom relève ses perspectives pour 2026 et prévoit un dividende de 1,10 euro par action, tandis que Rheinmetall ramène son objectif de marge opérationnelle de 19% à 18,5%. Swiss Re annonce un bénéfice net de 4,2 milliards de dollars sur neuf mois, en progression de 3% et DHL maintient ses objectifs annuels. Siemens Healthineers anticipe une croissance comparable de ses ventes de 4% à 5% pour l’exercice 2027. Sur le front des opérations, la Chine bloque la vente de la division robotique d’ABB à SoftBank, BP envisage de céder environ 5% d’Aker BP pour près de 1,2 milliard de dollars et AstraZeneca aurait proposé 10 milliards de dollars pour acquérir Rhythm Pharmaceuticals, selon le Wall Street Journal. Aux États-Unis, Expedia et Qualcomm reculent respectivement de 8,2% et 7,4% après la clôture à la suite de leurs résultats. Selon Bloomberg, Goldman Sachs et Apollo recherchent des investisseurs pour reprendre des participations dans un financement de 40 milliards de dollars consacré aux puces d’intelligence artificielle de SpaceX, tandis que le Financial Times rapporte que Microsoft rejetterait un accord de plusieurs milliards de dollars dans l’IA avec Nscale. HP nomme Emma Walmsley, ancienne dirigeante de GSK, à sa tête à compter du 4 janvier. OpenAI indique que les entreprises représentent désormais la majorité de ses revenus et se déclare prête à entrer en Bourse en 2027. Enfin, au Japon, Toyota bondit de 15% grâce au retour de la croissance de ses bénéfices et au renforcement de ses rachats d’actions, portés à l’équivalent de 7,3 milliards d’euros; Sony rehausse ses prévisions annuelles, tandis que les résultats trimestriels de Nintendo déçoivent.

Cette nuit et ce matin en Asie, les indices répliquent assez fidèlement ce qui s’est produit un peu plus tôt Downtown Manhattan. Tokyo glisse de 1,79% à la cloche, Hong Kong décolle de 3,68%, Shanghai grappille 0,1%, Séoul chute de 5,28% et le Nifty50 bondit de 2,36%. L’Europe, qui a bien réagi hier, grappille 0,3% dans les premiers échanges.

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