Gonet: l'actualité des marchés au 2 novembre

Jean Frédéric Nussbaumer, Gonet & Cie

4 minutes de lecture

Dow -1,09%, S&P 500 -1,82%, Nasdaq -2,86%, Russell -1,66%, SOX -7,20%, Eurostoxx -1,22%, SMI +0,36%.

 

Wall Street réalise un superbe tête-à-queue pour sa dernière séance d’octobre. On envoie la safety-car en piste après une sortie de route assez violente de la voiture de l’écurie «IA». Pas de blessé mais une grosse frayeur dans le paddock, au final tout le monde va bien, le show peut continuer. L’indice S&P500 (SPX) égare 1,85% en octobre, papy Dow Jones parvient lui à grappiller 1,16% pendant que les deux fous furieux de la famille se font corriger par le marché, le Nasdaq100 (NDX) perd 6,94% tandis que le SOX (semi-conducteurs) chute de 16,65%. On va calmer tout de suite les ardeurs des Roubini en herbe, le SOX gagne encore 53% cette année, il n’y a donc pas le feu au lac si on est investi dans le thème depuis un certain temps. En Europe le mois passé est bon, les indices du vieux continent profitent de l’absence crasse de tech en leur sein, mais aussi d’un réflexe de recherche de sécurité en fin de mois. Le Stoxx Europe 600 (SXXP) progresse de 3,3%, le CAC parvient à grappiller 0,91% mais la vraie vedette du vieux continent en octobre est notre bon vieux marché helvétique, le SMI (Star Market Index) décolle de 8,42% sur la période et s’offre un nouveau record historique à la cloche de vendredi. Le SMI, c’est un peu le Kimi Antonelli du marché, l’âge mis à part.

Si l’on devait décrire le mois boursier d’octobre en un mot, l’exercice serait simple: ro-ta-tion. Les principales valeurs de l’IA et des semi-conducteurs ont perdu environ 5000 milliards de dollars de capitalisation boursière depuis le 6 octobre, tandis que les 625 autres grandes valeurs américaines prises en compte ont gagné environ 1300 milliards de dollars. La raison de ce transfert massif d’affection financière (passager?) est connue, on souhaite désormais voir des retours sur investissements (massifs et de plus en plus souvent à crédit), or le marché est en train de perdre manifestement patience à ce sujet, les déboires boursiers de notamment Alphabet (GOOG -12,31% sur 5 séances), SpaceX (SPCX -8,66%), Meta (META -4,3%) ou encore Amazon (AMZN -3,08%) l’illustrent. Vendredi on assiste en parallèle à une mise au pilori en bonne et due forme d’Intel, dont l’action chute de 29% après des prévisions trimestrielles nettement inférieures aux attentes, pénalisées par la faiblesse des PC et les perturbations de production liées à l’explosion de son usine israélienne, malgré la forte croissance de ses activités dans l’IA. On le constate, le marché ne fait plus de prisonniers, en parallèle son niveau global de volatilité est franchement bas, même si le VIX gagne 13% vendredi pour clôturer à 19,42, ce qui fait sourire plus d’un trader, avant 30 et plus haut on ne sourcillera même pas à ce sujet.

La bonne nouvelle dans ce pataquès boursier rare, c’est que le marché n’est pas du tout en mode panique. On réajuste les portefeuilles dans les salles de marchés, comme les divergences marquées de performances d’indices l’attestent. Ce phénomène suggère une réévaluation ciblée des valeurs liées à l’IA plutôt qu’un mouvement principalement dicté par l’économie ou les taux. Le multiple cours/bénéfices du Nasdaq 100 s’est fortement contracté, un ajustement partiellement masqué par la hausse des bénéfices, ce qui ressemble à une correction de la survalorisation technologique.

En parallèle à une digestion compliquée des trimestriels des mastodontes de la tech, le marché doit faire avec des banques centrales sur le point de remonter leurs taux, cette semaine la banque d’Angleterre et la Reserve Bank of Australia devraient procéder chacune à un resserrement monétaire alors que la semaine passée la Fed, la BCE et la banque du Japon se sont abstenues, en revanche le marché prévoit dans une large majorité que toutes trois procéderont à une hausse lors de leurs prochaines réunions du mois de décembre. À ce sujet vendredi nous aurons droit au très attendu rapport mensuel sur l’emploi aux Etats-Unis. Et demain les électeurs voteront à l’occasion des élections de mi-mandat, toujours aux USA, on espère connaître le résultat mercredi matin, suspense garanti, les sondages prédisent une vague bleue, ils se trompent souvent, particulièrement à cette occasion. On va suivre cela de près, tout comme le dossier Iran / Etats-Unis, ce weekend des déclarations contradictoires du président américain ont finalement poussé le pétrole à reculer à l’ouverture de ce lundi, il semblerait que le locataire de la Maison-Blanche souhaite privilégier la voie diplomatique. En termes de résultats de sociétés, ce soir après la clôture du NYSE ce sera le tour d’Apple de passer par le confessionnal.

On se penche sur la séance de trading de vendredi, qui provoque une détérioration marquée de la configuration technique des principaux indices. Le SOX repasse sous sa moyenne mobile à 200 jours à la cloche, il lui faut la récupérer sans tarder s’il ne souhaite pas se faire corriger un peu plus par des intervenants tendus comme des cordes de violons. Pas mieux du côté du SPX, qui termine sa journée sous sa 100 jours, tandis que le NDX s’approche dangereusement de la sienne en séance. Le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) sauve l’honneur de la famille en défendant sa 200 jours avec succès à la cloche, ce d’autant qu’il se bat avec elle depuis un mois. L’indice des PMEs US profite du repli des rendements obligataires, la plupart de ses membres se refinancent régulièrement, le 10 ans US cote 4,91% ce matin, il est recherché depuis quelques temps, le marché lui a redonnée son rôle de valeur refuge. Le podium de vendredi du SPX se compose de l’énergie, des biens de consommation de base et des utilities, le breadth du jour est franchement mauvais et les volumes de trading en nette hausse, fin du mois oblige. Comme bien souvent, l’indice S&P500 équipondéré (SPW) modère les «ardeurs» de son grand-frère, il égare 0,79% contre -1,82% au SPX. 

Ce matin le Brent recule à 109,14 dollars le baril, sa principale résistance se situe à 110 dollars. Côté métaux précieux c’est la déprime totale, l’once d’or chute à 3870 dollars vendredi, pour tenter un timide rebond à 3900 dollars ce matin. Pourtant les rendements obligataires ont reculé et le métal jaune joue d’ordinaire un rôle de valeur refuge. Même le dollar devrait lui apporter un certain soutien, il recule contre euro à 1,1232 ce matin.

Au menu macro-économique de ce lundi, aux États-Unis le calendrier prévoit la publication de l’indice ISM manufacturier à 6h00, puis une intervention d’Austan Goolsbee, responsable de la Fed, à 17h15.

Ryanair envisage un gel des salaires et d’autres économies pour absorber la hausse du carburant, tandis que Volkswagen fait face à deux nouveaux procès liés au diesel. Heineken prévoit une émission de dette d’un milliard d’euros et Philips lance son système d’imagerie intégré HyperVue aux États-Unis. S&P abaisse à «négative» la perspective de la notation de crédit de Meta en raison de ses dépenses dans l’IA, alors qu’Estée Lauder s’allie à Microsoft dans le cloud, les données et l’intelligence artificielle. Selon le Financial Times, OpenAI réduit de dix milliards de dollars son objectif de levée de fonds. SpaceX prévoit de distribuer deux millions d’actions dans le cadre des «Trump Accounts» destinés aux enfants. En Asie, BYD bénéficie de la vigueur des exportations pour accroître ses ventes et sa production, Xiaomi dépasse les 50'000 livraisons de véhicules électriques en octobre, et Tesla comme Samsung contestent les nouveaux droits de douane américains visant le Vietnam. Parmi les publications du jour figurent Apple, Palantir, Marriott, Ryanair et Estée Lauder.

Cette nuit et ce matin en Asie les indices traitent en hausse à part Tokyo qui égare 0,33% à la cloche. Hong Kong progresse de 0,42%, Shanghai monte de 1,08%, Séoul prend 2,24% et le Nifty50 grimpe de 0,88%. Les futures SPX et NDX avance de 0,4% respectivement 0,8% pendant que l’Europe traite en légère hausse dans les premiers échanges.

A lire aussi...