Le marché revient de son weekend avec le moral plutôt en berne, le discours de Kevin Warsh de vendredi est passé par là et hier les Etats-Unis ont repris les hostilités militaires à l’encontre de l’Iran après plusieurs semaines de pause. Et puis aujourd’hui est le dernier jour de trading du mois d’août, dès demain le contexte saisonnier se détériora, du moins c’est ce que l’histoire boursière nous enseigne. On va revenir sur ces points, précisons au passage que nos amis Anglais sont encore en weekend ce lundi et que les Islandais sont restés de glace face aux charmes de l’Union européenne.
Mais d’abord, jetons un œil sur la semaine boursière écoulée, marquée dans un premier temps par des résultats trimestriels plus que stellaires de Nvidia, qui remettent une pièce dans le juke-box de l’intelligence artificielle. Puis vendredi le patron de la Fed prononce un discours qui enterre probablement définitivement les espoirs disséminés de baisse de taux par la Fed cette année encore. Kevin Warsh déclare devant les participants au symposium de Jackson Hole que les pressions sur les prix ne ralentissent pas de manière significative et s’engage à ramener l’inflation vers l’objectif de la Réserve fédérale (2% contre le PCE coeur de juillet à 3,3%). Ses propos renforcent les anticipations d’une hausse des taux en septembre et permettent au dollar d’enregistrer vendredi sa meilleure performance hebdomadaire depuis plus de deux mois. Ce matin les Fed Funds prédisent 60% d’un resserrement de 25 points de base le 16 septembre et 60% d’une rebelote le 9 décembre, vendredi matin rien ou presque n’était au programme.
C’est cela qui devrait influencer le marché ces prochains temps, la politique monétaire de la Fed reste l’élément central de la finance mondiale, le reste n’est que pièces rapportées à l’influence souvent limitée dans le temps. Prenez par exemple l’or, qui recule ce matin alors que les tensions géopolitiques repartent de plus belle, une illustration que la remontée des anticipations de hausses de taux compte nettement plus pour le métal jaune, qui ne rapporte rien et voit de ce fait son coût d’opportunité augmenter, ce d’autant que le dollar profite logiquement des mots de Kevins Warsh, la paire eur/usd traite ce matin à 1,1588, elle vient de casser sa moyenne mobile à 200 jours à la baisse et regarde désormais sa 100 jours (@1,1571).
Le bilan hebdomadaire du marché est contrasté. Les actions parviennent globalement à légèrement progresser, à l’exception du Russell2000 (RTY, les petites capitalisations américaines), qui égare 1,5% et casse sa 50 jours, qu’il testait depuis le 20 août. Notons aussi que le Nasdaq100 (NDX) parvient à défendre sa 50 jours vendredi soir, tandis que le SOX (semi-conducteurs) reste sous sa propre 100 jours, qui le tient en respect depuis le 19 août. En Europe le CAC40 français passe une mauvaise semaine, il rend 1% contre +0,4% à l’Eurostoxx50 et +1,7% au DAX allemand, le contraste entre les deux principales puissances du vieux continent est saisissant, Paris souffre avant tout de la fragilité du secteur du luxe et des promesses des candidats à présidence du pays, qui promettent monts et merveilles, le marché lui comprend que les coffres de Bercy, déjà vides, risquent d’être troués dès avril 2027, résultat des courses, le rendement du 10 ans OAT traite désormais à 4,13% soit 85 points de base au-dessus du 10 ans Bund et 4 de plus que son alter ego italien.
Les rendements des obligations gouvernementales remontent un peu partout la semaine passée, le 10 ans US revient à 4,71%, le 30 ans à 5,21% (discours de Warsh), le pétrole reste plutôt stable mais repart à la hausse ce matin, le baril de WTI Light Crude traite à 85,33$, il regarde sa 100 jours, qui évolue actuellement à 86,90 dollars. L’or recule à 4436 dollars l’once.
Et puis septembre est à nos portes, un élément à ne pas négliger. Au cours des dix dernières années, septembre a été en moyenne le mois le plus défavorable de l’année pour les futures du S&P500 (SPX). Le positionnement pourrait accentuer la pression, car l’intérêt ouvert reste proche de ses récents sommets, alors même que les futures ont atteint leur plus haut du mois d’août il y a déjà deux semaines. Concernant le positionnement, l’intérêt ouvert correspond au nombre total de contrats futures encore en circulation, donc non clôturés. Le fait qu’il demeure très élevé alors que le marché n’a plus inscrit de nouveau sommet depuis deux semaines suggère que beaucoup d’investisseurs restent fortement engagés, probablement avec une exposition encore largement haussière. Cela rend le marché plus vulnérable: si les cours commencent à baisser, certains investisseurs pourraient réduire leurs positions longues ou être contraints de le faire, ce qui renforcerait le mouvement de recul. Un intérêt ouvert élevé n’est toutefois pas baissier en soi, puisqu’à chaque acheteur correspond un vendeur. C’est sa combinaison avec la perte de dynamique des indices qui constitue ici le signal de prudence.
En parallèle Wall Street termine l’été dans un calme inhabituel, le VIX étant tombé à 14,13, son plus bas niveau de 2026, un point à suivre également, d’un point de vue saisonnier: historiquement, l’indice de volatilité remonte à partir de la fin août, passant en moyenne d’environ 16,5 à près de 19 début octobre. Cela ne signifie pas nécessairement que les actions vont baisser, car le VIX mesure l’ampleur attendue des mouvements du SPX et non leur direction. Une remontée du VIX vers 18 ou 20, voire entre 20 et 25, ne signalerait donc pas forcément une crise, mais pourrait simplement correspondre au retour habituel de la volatilité après le calme estival.
Les rendements obligataires mondiaux poursuivent donc leur hausse, alimentés par les tensions géopolitiques et les inquiétudes entourant une dette américaine désormais supérieure à 40’000 milliards de dollars. Pour tenter de contenir les taux à long terme, le Trésor américain prévoit des rachats trimestriels d’environ 4 milliards de dollars, financés par des émissions à court terme. Une mesure qui soulage temporairement le marché sans résoudre le déséquilibre budgétaire, comme le montre le rebond rapide du taux à 10 ans. A l’approche des élections de mi mandat, potentiellement difficiles pour les républicains, Donald Trump prépare par ailleurs un durcissement des règles électorales, notamment avec l’obligation de prouver sa citoyenneté. Enfin, Washington a lancé l’opération «Economic Outcast», une vaste campagne destinée à isoler économiquement l’Iran. Scott Bessent menace de sanctions secondaires tous les pays qui continuent de commercer avec Téhéran, ce qui pourrait particulièrement affecter la Turquie, l’Inde et le Japon, tandis que la Chine a déjà nettement réduit sa dépendance au pétrole iranien.
L’agenda macro-économique du jour comprend à 14h00 la première estimation de l’inflation allemande pour le mois d’août, un indicateur important pour anticiper l’évolution de la politique monétaire de la BCE, puis à 16h30 l’indice manufacturier de la Fed de Dallas, qui donnera un aperçu de la santé de l’activité industrielle aux Etats-Unis.
UBS pourrait bénéficier d’un compromis politique en Suisse sur le renforcement de ses fonds propres, tandis que le patron de Siemens met en garde contre les conséquences d’une réglementation excessive de l’intelligence artificielle. Allianz envisagerait de racheter le britannique AA pour 5 milliards de livres et Apple augmente les tarifs d’Apple TV et d’Apple One aux Etats-Unis. OpenAI cesse de fournir ses modèles à Cursor, propriété de SpaceX, sur fond de conflit croissant avec Elon Musk, tandis que Chevron s’apprête à développer ses activités pétrolières au Venezuela. Nike recrute une ancienne dirigeante de Foot Locker pour superviser Converse et General Motors investira 1,1 milliard de dollars canadiens dans ses usines au Canada. En Asie, le recul du bénéfice semestriel de BYD fait chuter le titre, SoftBank cherche à emprunter 10 milliards de dollars pour refinancer son investissement dans OpenAI, Sony acquiert 22,9% de GungHo Online Entertainment et Tencent dévoile un nouveau modèle d’intelligence artificielle en accès libre.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo égare 0,14% à la cloche, Hong Kong recule de 0,24%, Shanghai prend 0,74%, Séoul monte de 0,46% et le Nifty50 recule de 0,46%. Le future SPX recule de 0,2%, son compère du NDX traite autour de l’équilibre et l’Europe ouvre en très léger repli.