On s’ennuie plutôt pas mal sur les parquets de trading hier, normal c’est jour de trimestriels de Nvidia, l’unique firme sur terre à peser plus de 5000 milliards de dollars en bourse, or si l’on considère la capitalisation boursière totale du DAX allemand de 2114 milliards d’euros, celle du SMI helvétique de 1580 milliards de francs ou encore celle de l’Eurostoxx 50 de 5560 milliards d’euros, on comprend aisément pourquoi le monde de la finance se fige et souhaite savoir comment se porte le phare de l’intelligence artificielle avant de se lancer dans des paris boursiers de tous genres. Les résultats tombent après le clap de fin du NYSE, j’y reviens. Les autres thèmes du moment ne changent guère, l’inflation reste dans les esprits, elle tente de s’infiltrer dans nos vies par de multiples moyens, pendant que le dossier géopolitique refuse mordicus de passer tout en-dessous de la pile. Le patron de la Fed doit s’exprimer demain dans le cadre du symposium de Jackson Hole, c’est probablement le moment charnière de la semaine pour le marché, la politique monétaire de la Réserve Fédérale américaine reste de loin le principal facteur d’influence du joyeux royaume des actions.
Troisième séance la plus calme de l’année Downtown Manhattan hier, tout est dit ou presque. On retiendra de ce mercredi que les indices Nasdaq100 (NDX) et SOX (semi-conducteurs) ne parviennent toujours pas à récupérer leurs moyennes mobiles à 50 respectivement 100 jours. On garde en tête le niveau vraiment très calme du VIX, l’indice de la peur du SPX se languit à 15,21, on apprécie que le Russell2000 (RTY) parvienne à défendre le niveau de 3000 points, enfin on observe que la tech souffre d’un certain désamour avec un breadth (le nombre de titres clôturant en hausse par rapport à ceux en baisse) nettement négatif.
Et surtout on retient de la séance de trading d’hier que Meta progresse de 1,1% après la conclusion d’un accord transactionnel de 18 milliards de dollars avec 48 États américains. Cet accord met fin à un vaste procès portant sur les effets potentiellement néfastes des réseaux sociaux sur les enfants, notamment en matière de sécurité et de santé mentale. Malgré le montant particulièrement élevé de l’indemnisation, le marché accueille favorablement la nouvelle, car elle réduit une importante incertitude juridique pour le groupe.
Nvidia publie un bénéfice par action ajusté de 2,22 dollars, contre 1,05 dollar un an plus tôt, et un chiffre d’affaires de 96,2 milliards de dollars, contre 46,7 milliards. Pour le troisième trimestre, le groupe prévoit des ventes de 108 milliards de dollars, à plus ou moins 2%. Le titre recule initialement en raison d’une légère baisse attendue de la marge brute au second semestre, liée à l’envolée du coût des mémoires. Mais deux phrases de la directrice financière Colette Kress inversent la tendance: «Nous prévoyons une croissance du chiffre d’affaires d’environ 70% durant l’exercice 2028. Cette prévision est limitée par l’offre.» L’action bondit immédiatement de 4%, alors que Wall Street n’anticipait qu’une croissance de 45%. Jensen Huang ajoute ensuite que, sans ces contraintes d’approvisionnement, les ventes pourraient à nouveau doubler l’an prochain.
Dans le même temps, Salesforce et CrowdStrike dévoilent des résultats convaincants, accompagnés de perspectives largement axées sur l’intelligence artificielle. Leurs actions bondissent de plus de 10% après la clôture. Ces publications renforcent ainsi la confiance des investisseurs dans la poursuite de la dynamique favorable autour de l’IA.
Les prix à la consommation repartent à la hausse aux États-Unis: l’indice PCE progresse de 0,2% en juillet, après un recul de 0,1% en juin. L’inflation privilégiée par la Réserve fédérale reste quant à elle stable à 3,7%, soit nettement au-dessus de son objectif. L’inflation demeure probablement un des principaux obstacles pour le marché. Même si elle se situe désormais bien en dessous des sommets atteints il y a deux ou trois ans, plusieurs signaux suggèrent qu’un retour rapide à des niveaux jugés acceptables reste peu probable: la hausse du coût des mémoires pèse sur les futures marges de Nvidia, les prix du blé atteignent des records dans le contexte de la guerre en Ukraine, l’inflation PCE américaine se maintient à 3,3% et le pétrole peine à refluer durablement. Tout cela transforme le discours de Kevin Warsh de demain en véritable exercice d’équilibriste. Le marché obligataire ne s’y trompe pas, qui est tiraillé entre la rhétorique récente de Scott Bessent et une réalité macro implacable. Le rendement du 10 ans US évolue ce matin à 4,64%, hier il traitait à 4,61%. Quant aux Fed Funds, ils semblent moins convaincus aujourd’hui qu’hier que la Fed pourrait bouger un pion faucon le 16 septembre (36% de probabilités contre 44% hier matin), en revanche le dollar se renforce, la paire EUR/USD passe de 1,1664 à 1,1655, sa 200 jours évolue à 1,1633. Tout cela semble un peu fouillis, gageons et espérons que le boss de la finance mondiale apportera quelque visibilité à un marché en passe de potentiellement perdre le nord.
Sur le front géopolitique, Vladimir Poutine envisagerait une intensification du conflit en Ukraine, estimant que les négociations de paix sont dans l’impasse. Cette perspective pèse sur les devises des pays émergents importateurs d’énergie. Le pétrole recule néanmoins légèrement, avec le WTI Light Crude à 81,00 dollars le baril et en baisse de plus de 7% sur la semaine, car l’amélioration des exportations via le détroit d’Ormuz, notamment en provenance du Koweït et du Qatar, compense pour l’instant le regain de risque lié à la guerre en Ukraine.
L’or marque une pause, la relique barbare parvient à défendre le niveau de 4600 dollars l’once, sa 200 jours se situe actuellement à 4524 dollars, le métal jaune n’est plus suracheté, en prenant un peu de recul on constate que l’or est solidement de retour dans son canal haussier entamé début 2024, qu’il a cassé ses moyennes mobiles à 50 et 200 jours à la hausse et que la 50 jours est en train de se retourner à la hausse. Il est évident que le discours de demain aura une influence sur le métal précieux, mais si l’on se cantonne à l’analyse technique, cela augure d’une météo plutôt radieuse non?
Résumons: le dossier géopolitique reste le facteur X du moment, l’inflation un caillou dans la chaussure des taureaux, la Fed le phare sans lequel rien ne fonctionne correctement et Nvidia est en pleine forme, reste à découvrir dans quelle mesure la firme de Jensen Huang a conservé son potentiel de traction de toute la cote, tech en tête. Le comportement du Kospi ce matin permet d’en douter, l’indice sud-coréen truffé de semi-conducteurs et de valeurs IA ne progresse que de 1,5%, ce qui correspond quasiment à flat pour lui.
Au menu macro-économique de ce jeudi, aux États-Unis, les inscriptions hebdomadaires au chômage, la balance commerciale des biens et les stocks de gros seront publiés simultanément à 14h30. Ces indicateurs permettront d’évaluer respectivement la santé du marché du travail, l’évolution des échanges commerciaux et le niveau des stocks détenus par les entreprises.
Nvidia serait en discussion pour racheter Hugging Face. Apple organisera le 9 septembre son prochain événement consacré notamment au nouvel iPhone. Google recrute l’un des cofondateurs de Thinking Machines Lab, tandis que Boeing cherche du personnel temporaire dans un contexte de conflit social. En Asie, SoftBank envisage d’investir dans la société de robotique 1X, Alibaba lance un nouveau modèle d’intelligence artificielle plus économique, Samsung est condamné à indemniser Swatch pour contrefaçon de marque et Hyundai présente sa nouvelle stratégie pour le marché américain. En Europe, UniCredit poursuit ses discussions avec le gouvernement allemand concernant Commerzbank, tandis que BP reste confronté à des négociations salariales difficiles dans une raffinerie américaine.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en ordre dispersé. Tokyo égare 0,20% à la cloche, Hong Kong perd 0,26%, Shanghai progresse de 1,14%, Séoul prend 1,53% et le Nifty50 rend 0,25%. Le future SPX grappille 0,3%, son alter ego du NDX monte de 0,6% et l’Europe ouvre en légère progression de 0,2%.