Wall Street débute sa semaine au ralenti, orpheline de son grand-frère obligataire qui est resté en long weekend dans les Hamptons. Les volumes d’échanges sont les plus faibles enregistrés cette année, la volatilité est au tapis (depuis un bon moment déjà), les semi-conducteurs (SOX) continuent de prendre cher et abandonnent 2,67% après avoir reculé de plus de 4,5% la semaine passée. Le SOX ne gagne plus que 73,5% cette année ce loser. Blague à part, il semble que le principe «from hero to zero» guette ce secteur tant fantasmé, c’est à suivre, ce d’autant que les nouvelles d’Asie ne sont pas très bonnes ce matin pour le sentiment du marché autour de l’IA et sa cour, j’y reviens. Le Dow Jones passe une bonne journée, illustration parfaite de la rotation en cours des semis vers notamment les financières et la pharma. Notons au passage que cela fait désormais 52 séances consécutives que le S&P500 (SPX) n’a pas baissé de plus de 1%, il faut revenir en janvier 2020 pour retrouver une telle série, Thérèse Securities ne devrait pas tarder à émettre un avertissement de type «c’est tout de même très calme».
Venons-en au sujet qui fâche. En mise en bouche, le CEO de Broadcom, Hock Tan, met en garde contre la rentabilité des investissements massifs dans l’IA, estimant que la plupart des entreprises dépensent sans obtenir de retour sur investissement et comparant certains investisseurs à des joueurs de casino. Selon lui, le financement, davantage que la disponibilité des puces, constitue désormais le principal frein au développement du secteur. Broadcom anticipe néanmoins 230 milliards de dollars de revenus annuels dans les puces d’IA d’ici l’exercice 2028. Il est rigolo Hock Tan, il profite en plein du phénomène en cours de l’intelligence artificielle et le critique vertement, bref… En plat principal le fabricant chinois CXMT qui présente une nouvelle architecture de puce mémoire, provoquant une forte baisse des titres SK Hynix, Samsung et TSMC sur fond d’inquiétudes concernant la montée de la concurrence chinoise. Ces développements illustrent une concurrence de plus en plus intense dans l’IA, tandis que les interrogations sur la rentabilité des investissements et les valorisations du secteur se multiplient. Le Kospi Sud-Coréen chute de 5,5% ce matin.
On le constate, le marché reste friand d’IA et en parallèle il a une peur bleue que la musique s’arrête, ce qui explique ce genre de réactions et devrait inciter les investisseurs à ne pas forcément tout miser sur une ou deux valeurs du secteur, cela nous ramène à la bonne veille notion de ne pas mettre tous ses œufs dans le même panier.
Conséquence technique immédiate de l’annonce de CXMT, le SOX casse sa moyenne mobile à 100 jours en clôture et regarde désormais sa 50 jours de très près. Dommage collatéral de cette journée de lundi, le Russell2000 (RTY, les petites capitalisations) vient se poser quasiment pile sur sa 200 jours, attention ! ce niveau ne doit pas être cassé sous peine d’accélération potentielle à la baisse.
Le marché obligataire fait donc dodo hier, ce matin le rendement du 10 ans US recule de 5,24% en clôture vendredi à 5,18%. J’ai beau chercher, je ne vois pas que l’endettement et le déficit massifs des Etats-Unis aient diminué, que l’inflation ait régressé (on en saura plus à ce sujet demain (CPI) et jeudi (PPI)), ou encore que le rythme des émission jumbo de dette des mastodontes de la tech ait ralenti. Mais alors, assisterait-on à du «flight to safety»? à voir, quoi qu’il en soit le niveau de 5,02% attend le 10 ans de pied ferme, il va falloir le traverser celui-là, il constitue le top du 23 octobre 2023, c’était alors une résistance et en deux petits mois le 10 ans avait chuté à 3,78%.
Côté monnaies c’est plutôt calme, le dollar reste demandé, la paire EUR/USD cote 1,1184, prochains supports 1,1111 puis 1,1100.
Le pétrole recule un chouia mais reste à un niveau élevé, le baril de Brent traite à 105,31 dollars, sa résistance de 110% n’est pas si loin. Les tensions au Moyen-Orient continuent de s’intensifier, avec une multiplication des attaques iraniennes contre les pétroliers dans le détroit d’Ormuz. Selon les autorités maritimes britanniques, neuf attaques ont été recensées depuis début octobre, soit déjà la moitié du total enregistré en septembre. Au moins dix superpétroliers auraient été détournés de Fujairah. Parallèlement, l’Arabie saoudite a intercepté de nouveaux missiles balistiques houthis visant Riyad et Khamis Mushait. Donald Trump affirme de son côté que les prix du pétrole baisseront lorsque la guerre avec l’Iran prendra fin, ce qui devrait selon lui intervenir très prochainement, sans toutefois fournir davantage de précisions.
Beth Hammack, présidente de la Fed de Cleveland, déclare hier privilégier, lorsque cela est possible, des ajustements modestes des taux d’intérêt. Cette approche reflète sa volonté de procéder avec prudence à tout nouveau resserrement monétaire, en fonction de l’évolution des données économiques. Je crois que le marché a compris, la Fed ne devrait rien faire le 28 octobre, d’ailleurs les Fed Funds prédisent 19% de probabilités d’une hausse à cette occasion. Non, cela se passera manifestement probablement le 9 décembre (81%).
Le Fonds monétaire international (FMI), réuni à Bangkok, relève légèrement sa prévision de croissance mondiale pour 2026 à 3,1%. Il met toutefois en garde contre deux risques majeurs pour la stabilité financière: la forte hausse des rendements obligataires et un possible retournement des investissements massifs dans l’intelligence artificielle, qui pourrait entraîner une correction des marchés financiers.
Aujourd’hui marque le début de la saison 3 des résultats trimestriels d’entreprises aux Etats-Unis. On commence comme d’habitude avec les grandes banques dont notamment JP Morgan et Goldman Sachs. C’est une saison cruciale qui débute, dans un contexte de forte remontée des rendements obligataires, de pétrole élevé et d’interrogations sur la rentabilité des investissements massifs dans l’IA. Les bénéfices des entreprises du SPX, en hausse de 35,1% au deuxième trimestre, devraient encore progresser d’environ 30% au troisième, mais l’indice n’a gagné que 2,4% depuis mai. La hausse des rendements des Treasuries, alimentée par l’inflation, les tensions géopolitiques et la politique restrictive de la Fed, pèse sur les valorisations. La croissance des profits reste par ailleurs très concentrée sur les géants technologiques, notamment les sept magnifiques, tandis qu’elle ralentit dans la finance et la consommation discrétionnaire. Les investisseurs attendent désormais des preuves concrètes de rentabilité des investissements dans l’IA, alors que les tensions au Moyen-Orient et les élections américaines de mi-mandat entretiennent l’incertitude. Le principal enjeu est désormais que même d’excellents résultats pourraient ne plus suffire à faire progresser les actions américaines.
Au menu macro-économique de ce mardi, aux États-Unis, l’attention se porte aujourd’hui sur les interventions de plusieurs membres de la Réserve fédérale, avec les discours de Christopher Waller à 9h45, Thomas Barkin à 19h00 et Susan Collins à 22h00, qui pourraient apporter de nouvelles indications sur les perspectives de politique monétaire. Sur le front macroéconomique, les ventes de logements existants seront publiées à 16h00 et permettront de prendre le pouls du marché immobilier américain.
L’actualité des entreprises est dominée par LVMH, dont le chiffre d’affaires trimestriel déçoit les attentes en raison du recul de la mode et de la maroquinerie, entraînant une baisse de 2,5% du titre aux États-Unis hier soir. Publicis confirme ses objectifs après une croissance organique de 5% au troisième trimestre, tandis que Givaudan vise une progression annuelle moyenne de ses ventes de 4% à 6% sur les cinq prochaines années. Dans l’énergie, TotalEnergies annonce une réduction de 10 centimes par litre du prix du diesel en France, Shell critique le projet australien de réserves de gaz et BP publie ses résultats aujourd’hui. Dans la technologie, Nvidia voit sa position sur le marché chinois des puces d’IA s’éroder face à Huawei, Microsoft déploie une nouvelle génération de puces maison dans ses centres de données et Meta présente son nouveau modèle d’intelligence artificielle Muse Wonder. Applied Materials inaugure par ailleurs un centre de recherche et développement de 5 milliards de dollars consacré aux semi-conducteurs. Tencent envisagerait de lever au moins 4,5 milliards de dollars sur le marché obligataire pour financer ses investissements dans l’IA, tandis que BYD prévoit de porter ses effectifs européens à plus de 40'000 personnes d’ici 2030.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent en baisse à part le Nifty50 qui avance de 0,65%. Tokyo perd 1,82% à la cloche, Hong Kong égare 0,15%, Shanghai traite à l’équilibre et Séoul chute de 5,46%. Le future SPX traite autour de l’équilibre, son alter ego du NDX fait grise mine (merci CXMT) et abandonne 0,7% pendant que l’Europe ouvre inchangée.