Wall Street passe une bonne partie de la semaine à se concentrer sur les records des actions plutôt que les signaux de tension envoyés par leur grand frère obligataire. En début de semaine l’intelligence artificielle reste la locomotive du marché, portée notamment par Nvidia et par les ventes de Foxconn, en hausse de 47% sur un an, qui confortent les attentes de dépenses soutenues dans les infrastructures d’IA. Les projets de TSMC et la demande de semi-conducteurs alimentent également cet optimisme. Mais la hausse reste concentrée sur quelques mastodontes technologiques, ce qui rend les indices particulièrement sensibles à la moindre déception concernant ces entreprises. La publication en cours de semaine du Financial Times sur OpenAI vient précisément rappeler cette fragilité. Des revenus annualisés supposément inférieurs d’environ 20 milliards de dollars aux indications précédentes suffisent à réveiller les craintes de bulle et à provoquer un décrochage des semi-conducteurs et des valeurs liées à l’IA. Le marché rappelle ainsi que des investissements massifs doivent finir par produire des revenus à la hauteur.
Au chapitre obligataire, tout cela reste très tendu. Le rendement du 10 ans US monte jusqu’à environ 5,36%, dans un environnement marqué par une offre importante de dette et une Fed toujours restrictive. Les investisseurs envisagent davantage une hausse des taux en décembre qu’une intervention immédiate en octobre. Une adjudication solide à trente ans, après une vente à dix ans déjà bien accueillie, finit toutefois par ramener le rendement vers 5,24% vendredi matin. Les niveaux élevés attirent de nouveau les acheteurs, mais ce mouvement ne suffit pas à effacer les inquiétudes sur l’inflation et les finances publiques. En Europe, la dette française constitue également un foyer de tension.
Au registre de l’énergie, le pétrole reste un obstacle à une détente durable. L’annonce en semaine de Donald Trump excluant une attaque contre l’Iran avant les élections de novembre ne provoque qu’un recul limité du Brent, qui se maintient au-dessus de 100 dollars. Les restrictions dans le détroit d’Ormuz, les attaques contre les pétroliers, la production perturbée de l’OPEP et les arrêts liés à l’ouragan Isaias continuent de contraindre l’offre. Le dollar conserve globalement sa vigueur, avant de céder un peu de terrain en fin de semaine. L’or profite alors du recul du billet vert et des rendements, avec un soutien supplémentaire des banques centrales et des investisseurs en ETF.
Sous la surface, le tableau est plus nuancé qu’un simple mouvement de défiance. La faiblesse de la participation accompagne d’abord les records des grandes valeurs, puis la correction technologique laisse apparaître une rotation vers d’autres secteurs. Jeudi, le S&P 500 équipondéré (SPW) gagne 0,6% alors que le SPX recule de 0,47%: les investisseurs vendent la technologie, mais restent présents sur les actions, un bon signe. Les petites capitalisations bénéficient également de la détente des taux mais abandonnent tout de même 1,4% sur 5 séances, tandis que le VIX reste faible. Le fil conducteur de la semaine écoulée est donc celui d’un marché des actions résilient, soutenu par les perspectives de bénéfices, mais dont l’équilibre dépend encore fortement de l’IA, des rendements obligataires et du pétrole.
On retiendra notamment que les semis (SOX) décrochent de 4,5% sur 5 jours et que l’indice se pose juste au-dessus de sa moyenne mobile à 100 jours à la cloche. Le Russell2000 (RTY) parvient pour sa part à se maintenir au-dessus de sa 200 jours, tout comme le Stoxx Europe 600 (SXXP), pendant que le VIX s’enfonce un peu plus encore dans les limbes de l’oubli, il abandonne 4% vendredi et clôture à 14,84.
La courbe des taux US perd un peu d’altitude la semaine passée, le rendement du 10 ans évolue ce matin à 5,24%, le marché semble avoir intégré l’idée que la Fed ne relèvera probablement pas ses taux lors du prochain FOMC du 28 octobre, mais plutôt le 9 décembre. Les différents discours de gouverneurs de la Réserve Fédérale de la semaine semblent avoir tous été écrit dans l’idée qu’il est urgent d’attendre décembre. La Fed est donc toujours faucon, mais pas tout de suite. Techniquement la principale résistance du 10 ans se situe dans la zone 5,30% - 5,35%.
Cette semaine qui débute sera notamment marquée par la publication de l’indice des prix à la consommation aux Etats-Unis, mercredi, par le début de la saison 3 des trimestriels avec les résultats des grandes banques américaines et bien sûr par la géopolitique, le marché semble ne pas vouloir tenir compte en l’état de l’actualité fournie du weekend (attaque de l’aéroport de Riyadh et annonce unilatérale du président des Etats-Unis d’un cessez-le-feu énergétique entre la Russie et l’Ukraine).
Le baril de Brent évolue ce matin à 104,11 dollars, il ne rend pas l’once d’une miette de terrain et voit sa principale résistance à 110 dollars. Pour sa part l’or est plutôt stable, l’once évolue à 4183 dollars et voit ses principaux supports à 4100 dollars puis 4000 dollars. La paire EUR/USD se maintient légèrement au-dessus de 1,1200 mais on sent bien que le dollar semble vouloir aller voir ce qui se passe à l’étage supérieur, par exemple dans le cas d’un CPI plus fort que prévu mercredi.
Au menu macro-économique de ce lundi, un discours de Beth Hammack (Fed) à 18h10 CET.
Roche présente de nouvelles données sur le vamikibart et prépare une demande d’homologation aux États-Unis. Des procureurs brésiliens réclament 108 millions de dollars à Shell au titre des inondations de 2024. L’essai d’AstraZeneca dans l’hypophosphatasie n’atteint pas la significativité statistique, tandis que le traitement de Merck KGaA contre l’œdème maculaire diabétique atteint son objectif principal. BP renonce à participer à la conférence sur l’énergie de Riyad après l’attaque contre l’aéroport. Eni prévoit l’entrée de Medco Energi à hauteur de 10% dans quatre blocs pétroliers et gaziers en Indonésie. Tata Motors relève son offre sur Iveco de 14,10 à 14,40 euros par action. Selon le Financial Times, Nvidia envisage de renforcer son investissement dans Reflection AI, voire de racheter la société. Un sous-traitant de Super Micro plaide coupable dans une affaire de détournement vers la Chine de serveurs d’IA équipés de puces Nvidia. Amazon négocie l’acquisition de Decart pour environ 7 milliards de dollars, selon le Wall Street Journal. Le jury du litige contractuel entre Qualcomm et Arm reprendra ses délibérations la semaine prochaine. Les ventes de Tesla en Chine augmentent de 5% en septembre. CrowdStrike invite ses actionnaires à rejeter la mini-offre de Tutanota à 260 dollars par action. Lockheed Martin présente PAC-3 Edge, un intercepteur destiné à contrer les menaces hypersoniques. Elon Musk promet une offre Starlink à bas prix en Inde. Infosys ne prévoit pas d’effet significatif de la suspension du dispositif PERM aux États-Unis. Selon un syndicat, Westpac compte supprimer 102 postes dans les risques, la banque institutionnelle et les finances. Fujitsu prévoit un centre de recherche en informatique quantique au Nouveau-Mexique. Foxconn affirme que l’enquête américaine sur les brevets n’affecte pas significativement ses activités ni sa production.
Les Etats-Unis célèbrent aujourd’hui l’arrivée de Christophe Colomb, à cette occasion Wall Street sera ouverte, en revanche le marché obligataire restera fermé.
Cette nuit et ce matin en Asie, les indices traitent globalement en baisse. Tokyo est fermée, Hong Kong grappille 0,11%, Shanghai rend 0,45%, Séoul abandonne 3,5% et le Nifty50 perd 0,58%. Les futures SPX et NDX traitent tous deux en légère hausse, on se positionne manifestement en vue des résultats de sociétés, ça commence dès demain avec Goldman Sachs et JP Morgan. L’Europe est indiquée en progression de 0,3% à l’ouverture de 9 heures.