Wellington Management, l’une des plus grandes sociétés indépendantes de gestion d'investissements au monde, est organisée comme un réseau de boutiques qui ont chacune leur domaine de spécialisation et qui dispose d’une large autonomie dans leurs décisions d’investissement. Comment fonctionne cette structure en réseau et quelle est sa présence sur le marché suisse? Entretien avec Roy Smale, responsable Global Wealth Management EMEA et APAC chez Wellington Management.
Wellington Management se présente comme un réseau de boutiques d’investissement. Jusqu’à point celles-ci disposent-elles d’autonomie dans leurs choix d’investissement?
Nous fonctionnons dans un système d’investissement extrêmement collaboratif. Bien que chaque boutique ait sa propre vision ou spécialisation, les investisseurs se réunissent régulièrement pour débattre et échanger des idées. Il n’y a, par exemple, pas de CIO qui présente la vision de la maison au sujet de l’évolution des marchés. Nous fonctionnons de manière relativement décentralisée.
«Les rendements sur les marchés des actions ont été exceptionnellement élevés au cours des 15 dernières années. C’est le cas aussi pour les marchés obligataires.»
Cette approche s'applique également à nos relations clients et aux véhicules d'investissement. Nous cherchons à proposer le bon contenu d’investissement dans les bons véhicules, tout en offrant des solutions sur mesure correspondant précisément aux besoins du client. Nous sommes agnostiques quant à la forme que peut prendre une stratégie ou aux types de véhicules d’investissement qui sont utilisés. Il peut s’agir aussi bien de fonds que d’investissements directs dans des titres. La préférence du client est primordiale.
Vous utilisez donc aussi bien des instruments actifs que passifs?
Nous sommes une société de gestion active. Cependant, si les clients souhaitent intégrer des éléments passifs dans leur portefeuille, nous pouvons répondre à cette demande.
Sur quelles classes d'actifs et stratégies vos clients se concentrent-ils en 2025? Y a-t-il eu de grands changements par rapport à 2024?
Oui, beaucoup de choses ont bien sûr changé en 2025. En fin d’année 2024, nous partions d’un environnement de marché caractérisé par une grande stabilité et une augmentation graduelle des indices, à l’exception de courts épisodes de corrections. En revanche, cette année, le nouvel environnement, marqué par les discussions tarifaires, présente une volatilité beaucoup plus élevée. Nos investisseurs macro pensent que les cycles de marché oscilleront plus rapidement qu’auparavant et que l’inflation sera structurellement plus élevée et volatile. Indépendamment de l’évolution des marchés, un changement majeur ces dernières années est l’augmentation considérable des données disponibles. Un autre point est que les attentes en matière de rendements sont désormais plus modestes.
Pensez-vous surtout aux marchés des actions?
Oui, en particulier, car les rendements sur les marchés des actions ont été exceptionnellement élevés au cours des 15 dernières années.
C’est le cas aussi pour les marchés obligataires. Il y a beaucoup de questionnement sur le rôle des obligations d’Etat en tant que valeur refuge en cas de crise, notamment les bons du Trésor américains. Ce qui était considéré comme acquis pourrait ne plus l’être dans les prochaines années.
Comment s’adapter à cette évolution?
Nos clients expriment le besoin de travailler avec des investisseurs actifs et bien informés afin d'améliorer leur diversification. La diversification n’est aujourd’hui plus vue comme consistant à choisir entre actions et obligations, mais à accéder aux marchés privés et aux fonds alternatifs. L’univers d’investissement constitué par les entreprises privées est beaucoup plus vaste. Beaucoup d’investisseurs ne veulent pas se limiter aux sociétés cotées en bourse.
«Nous avons fait un choix stratégique il y a onze ans de développer une présence forte en Suisse, considérant le marché financier suisse comme l'un des marchés clés de Wellington en Europe.»
Comment les investisseurs veulent-ils placer leur argent sur les marchés privés – via quel véhicule?
Nos clients en gestion de fortune cherchent à augmenter la proportion d'actifs privés dans des véhicules adaptés à leurs besoins spécifiques. Certains ont des préférences bien spécifiques, par exemple dans capital-risque, les situations spéciales, etc. Pour beaucoup d’investisseurs, il s’agit d’un territoire encore inexploré et il y a un grand travail de formation qui doit être fait pour assurer une adéquation entre leur tolérance au risque et les investissements envisagés.
La question de la liquidité est importante pour nombre d’investisseurs. Les placements dans les marchés privés doivent-ils à tout prix être davantage «démocratisés»?
Si la liquidité est essentielle, les marchés privés ne sont probablement pas adaptés. Aujourd'hui, il y a deux fois plus d’entreprises privées que publiques. Les clients doivent considérer les marchés privés et publics comme un écosystème intégré, c’est pourquoi les marchés publics restent également importants pour nombre de nos investisseurs.
Par ailleurs, les fonds alternatifs suscitent beaucoup d’intérêt auprès de nos clients. C’est un domaine que nous avons continuellement développé de manière organique chez Wellington Management. Aujourd’hui, avec plus de 30 milliards de dollars d'actifs en gestion directe dans des hedge funds, Wellington figure parmi les plus grands gestionnaires mondiaux dans ce secteur — un fait qui surprend souvent nos clients. Nous proposons aussi bien des fonds long-short, que des solutions dans le domaine Global Multi-Strategies ou Global Macro par exemple. Grâce à la flexibilité de notre structure, nous sommes capables de nous adapter rapidement aux changements du marché.
De quelles ressources dispose Wellington Management en Suisse – quels sont vos projets de développement sur le marché helvétique?
Nous avons fait un choix stratégique il y a onze ans de développer une présence forte en Suisse, considérant le marché financier suisse comme l'un des marchés clés de Wellington en Europe. Nos 11 collaborateurs à Zurich sont le moteur de notre croissance et de nos succès de la dernière décennie. Notre bureau rassemble plus de dix nationalités et langues différentes. Nous avons développé avec succès notre clientèle institutionnelle et privée. Pour nos clients en gestion de fortune en Suisse, les principaux axes sont nos partenariats locaux—nous observons un intérêt marqué pour les actions de qualité, les stratégies de base et, récemment, un intérêt renouvelé pour les obligations, particulièrement pour des mandats flexibles capables d’ajuster rapidement leur profil de duration et d’évoluer entre les segments obligataires. Les investisseurs recherchent du rendement tout en privilégiant une gestion active du risque. Enfin, une nette demande existe pour des stratégies offrant un alpha durable, décorrélé et sans excès de bêta—ce qui explique les nombreuses demandes pour nos hedge funds.