Les ambitions de Cembra après sa remise en selle

Philippe Rey

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Grâce à une gestion disciplinée et dynamique, le prestataire de services financiers voit sa rentabilité aller crescendo. Entretien avec son CEO, Holger Laubenthal.

 

L’évolution récente des affaires de Cembra démontre que ce fournisseur suisse de produits et de services financiers, que ce soit sous forme de crédits personnels, de leasings et financement de véhicules, de cartes de crédit, d’assurances associées, des solutions de paiement ou de produits d’épargne, a bien surmonté la fin de sa coopération en 2022 avec Migros pour la carte de crédit Cumulus-Mastercard. Sa rentabilité va effectivement crescendo. Le rendement des actifs du bilan dépasse 2%, ce qui est très bien pour une banque. 

Cembra, qui se concentre sur le marché suisse et sert plus de 2 millions de clients, est en en passe de tenir ses objectifs financiers d’ici 2026. En particulier un rendement des fonds propres (ROE) d’au moins 15%, une croissance de 1% à 3% de ses créances financières nettes, en ligne avec le PIB (produit intérieur brut), un ratio coûts/revenus (cost/income ratio) de 39% ou mieux et un ratio de pertes de crédit (loss ratio) inférieur ou égal à 1%. Ce qui préfigure un dividende d’au moins 4,25 francs par action au titre de 2025. Depuis l’entrée en Bourse (IPO) en 2013, celui-ci suit une tendance haussière; le taux de distribution du bénéfice (payout ratio) a atteint 69% en moyenne. 

La valeur boursière de Cembra s’élève à 2,7 milliards de francs, soit un peu plus de deux fois les capitaux propres consolidés à fin juin 2025. L’action a progressé de 10% à plus de 90 francs cette année. Cembra emploie un peu plus de 800 personnes. Allnews fait le point avec son CEO, Holger Laubenthal. 

Où en est Cembra avec sa stratégie de transformation? 

Cembra poursuit sa transformation en matière de produits et services financiers innovants, de renforcement du focus client et de gains de productivité. Nous simplifions les processus d’exploitation, parallèlement à une plus grande efficience de l’allocation du capital et en coûts. Excellence opérationnelle, accélération des affaires, nouvelles opportunités de croissance et transformation culturelle guident notre action. Notre ambition stratégique est d’exploiter la technologie pour fournir les solutions clients les plus intuitives dans la finance de consommation.  

Nous sommes dans la bonne direction pour atteindre un ratio coûts/revenus de 39%. De même que pour améliorer le service à la clientèle en nous différenciant. Tout cela représente beaucoup de travail, que nous nous efforçons d’accomplir avec concentration, innovation et discipline. 

Que signifie une allocation du capital plus efficiente?

Nous nous concentrons sur une croissance rentable, ce qui exige une meilleure sélection des risques, un meilleur «pricing» et une plus grande rapidité en investissant pour transformer notre environnement technologique. 

Cembra améliore la qualité de son portefeuille d’actifs et ses sources de financement. En se focalisant sur des segments de meilleure qualité, en exploitant des actifs plus rentables ainsi qu’en baissant le coût moyen du capital et les frais d’exploitation. Ainsi, au premier semestre 2025, Cembra a accru la part de ses actifs liés aux véhicules et aux cartes de crédit et stabilisé ceux découlant des crédits personnels. 

Comment évolue en particulier le segment BNPL («Buy Now Pay Later» ou acheter maintenant payer plus tard) qui résulte de la fusion de Byjuno avec Swissbilling?

La croissance du volume de transactions dans le coeur de cette activité est intacte: nous avons lancé une nouvelle plateforme capable de prendre des décisions de crédit en temps réel, tout en améliorant la détection de fraudes et la gestion du risque. Les achats sur facture et le paiement en plusieurs mensualités sont prisés et recèlent ainsi un potentiel de croissance. Nous avons également amorcé un «cross-selling», par exemple des ventes croisées de produits de financement. 

«Une croissance en ligne avec celle du PIB de 1% à 3% par an semble réaliste.»

Quelle croissance rentable le groupe Cembra peut-il atteindre à l’avenir?

Une augmentation en ligne avec celle du PIB (produit intérieur brut), soit de 1% à 3% par an, nous semble réaliste. Cembra pourrait croître plus rapidement. Cependant, notre objectif n’est pas de croître à tout prix mais rentablement; ce qui n’exclut pas de gagner des parts de marché. 

Avec un rendement du capital propre (ROE) de 15% pour chaque segment d’activité?

C’est ce que nous visons en effet pour atteindre l’objectif d’un ROE pour le groupe d’au moins 15% dès 2026, simultanément à une forte capitalisation. Néanmoins, il peut y avoir des variations annuelles suivant le secteur d’activité. 

Les objectifs financiers d’un ratio coûts/revenus inférieur à 40% et d’un ROE d’au moins 15% pourront-ils être tenus durablement? 

Oui, à la condition d’être disciplinés, flexibles et efficients. Et tout en ayant des produits et un pipeline y relatif innovants. 

«Nous avons déjà pris en compte l’impact de la politique de taux zéro dans nos calculations»

Quelle est l’influence de la politique de taux zéro de la BNS sur vos affaires? 

Nous l’avons déjà prise en compte dans nos calculations et le mécanisme de taux maximum limités. Cela signifie aussi que nous pouvons nous refinancer plus avantageusement. 

Cembra a toujours bien traversé différentes phases de taux d’intérêt. Nous sommes en mesure de maintenir une marge nette d’intérêt d’environ 5,5%. En y ajoutant les commissions et honoraires, et déduction faite des coûts d’exploitation et provisions pour pertes, Cembra génère un rendement des créances financières nettes de 2% à 3%. 

Comment se répercute Bâle III sur votre modèle d’affaires?

L’adoption du dispositif finalisé de Bâle III en Suisse au 1er janvier 2025 a diminué notre ratio de capital Tier 1 de 0,6 point de pourcentage. Ce dernier se montait à 17,7% à fin juin dernier. Notre objectif à moyen terme en la matière est de 17%. 

Que pouvez voir faire mieux que vos concurrents les plus capables?

Notre rôle n’est pas de juger nos concurrents mais d’exploiter le meilleur portefeuille de solutions financières intégrées à travers les produits et canaux de distribution, dont digitaux, au bénéfice de nos clients. Un avantage peut résider dans le fait que Cembra est plus focalisé et complet que d’autres concurrents dans ses métiers. Nous voulons avoir la meilleure offre de produits et services ainsi que de canaux de distribution, en étant en véritable symbiose avec la clientèle. 

Cembra a-t-elle une forte culture d’entreprise?

Le développement de notre culture d’entreprise est un élément essentiel de notre stratégie. Nous y œuvrons ensemble, à motiver nos collaborateurs au mieux en leur accordant suffisamment de confiance et d’espace pour leur permettre d’être créatifs et prendre des initiatives. Les attestations que nous avons reçues à ce sujet, à l’instar de celle concernant la recertification Best Workplaces Suisse, semblent confirmer que nous sommes sur la bonne voie. 

Voyez-vous encore du potentiel s’agissant des partenariats et acquisitions?

Nous avons conclu deux nouveaux partenariats avec Zalando et Globus au premier semestre 2025. Le potentiel n’est pas épuisé sur ce plan, en particulier avec les garagistes ou avec le commerce de détail. En ce qui concerne les acquisitions potentielles, nous nous concentrons sur la croissance organique et restons très sélectifs quant aux acquisitions potentielles. Celles-ci doivent répondre à nos exigences en termes de prix, de stratégie, de culture et de rendement, notamment en ce qui concerne le ROE. 

Quel est l’impact de l’intelligence artificielle sur Cembra, notamment sur le plan de l’emploi?

L’IA n’est pas nouvelle pour nous; nous l’utilisons déjà depuis longtemps en termes de gestion des données, des risques et du marketing. Nous adoptons une attitude proactive à son égard en encourageant nos collaborateurs à agir de manière entrepreneuriale, sans en avoir peur, mais, au contraire, en en tirant profit. 

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