Haro sur les publications trimestrielles

Valérie Plagnol, Vision & Perspectives

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Les entreprises rêvent de s’affranchir de l’obligation de publier leurs comptes tous les trimestres. Vraie coupable ou bouc émissaire?

Alors que la bourse de New York vient de battre un nouveau record de longévité avec plus de 3453 jours de progression sans correction majeure, le Président Trump a demandé à la SEC1 de réexaminer l’exigence de publication trimestrielle des résultats des entreprises cotées, au profit d’une périodicité semi annuelle.

Depuis son instauration en 1934, cette exigence a fait l’objet d’inlassables critiques. Portées récemment par la patronne de Pepsi Co, celles-ci ont trouvé un écho particulièrement puissant avec les récents tweets et confidences du patron de Tesla, se disant prêt à retirer sa société de la cote, afin de la protéger des «caprices» des investisseurs.

La publication trimestrielle favoriserait les stratégies de court terme?
Rien ne le corrobore. 

Les critiques à l’encontre de cette règle sont bien connues: la publication trimestrielle des résultats coûte très cher aux entreprises cotées et contraint leurs dirigeants à privilégier des stratégies de court terme au détriment d’une vision à plus long terme. L’argument est porteur et largement partagé. Cette exigence – avec d’autres – constitue une barrière à l’entrée pour de nombreuses entreprises qui seraient ainsi empêchées d’accéder au marché. C’est bien dans ce but qu’ont été créés des seconds marchés permettant à des entreprises plus jeunes et moins importantes de faire appel à l’épargne publique. Certains ajouteront que les stratégies de communication, comme les avertissements sur résultat, ne font que contourner les intentions du régulateur. En cherchant à amortir les effets des mauvaises nouvelles ou en en fabriquant de bonnes artificiellement, les entreprises cotées manipuleraient leur cours à leur seul avantage.

L’argument central en faveur de la stratégie de long terme n’est corroboré par aucune étude ni même par les exemples qui jalonnent l’histoire des entreprises. On vantait en leur temps les entreprises japonaises capables de déployer des stratégies de long terme, grâce à un actionnariat captif et mal informé. Cela n’a empêché ni les errements stratégiques, ni les faillites ou scandales en tous genres. A l’inverse, n’a-t-on pas vu de nombreux exemples d’entreprises aux piètres résultats, capables de s’attacher la fidélité à long terme de leurs actionnaires. Certes tout le monde n’est pas Amazon. Mais alors quelle mouche a donc piqué Uber qui semble préparer son introduction en bourse, en dépit de plusieurs années de pertes? Et aujourd’hui comme hier, quel dirigeant de grand groupe coté n’a pas son plan de développement pluriannuel qu’il s’empresse de communiquer?

Un tel «avantage» attirerait-il les entreprises étrangères sur le floor de la bourse de New York. Les entreprises américaines pourraient-elles s’affranchir des normes et usages en vigueur dans d’autres pays?

La transparence reste le meilleur moyen 
de s’assurer la confiance des épargnants.

La seule question de la périodicité des publications de résultats semble donc un faux problème. L’exigence de transparence et de sincérité dans la publication des résultats reste le meilleur moyen – à défaut de tous les autres – de s’assurer la confiance des épargnants. Celle-ci a été mise à rude épreuve depuis 2008 convenons-en. Comme aux lendemains de 1929, n’est-il pas plus important de redonner confiance aux investisseurs? Car même aux Etats-Unis, le nombre d’investisseurs individuels n’a fait que reculer ces dernières années. Des études montrent aussi un accroissement considérable de la concentration de la richesse actionnariale. La base populaire de l’actionnariat s’effrite, et peut fragiliser à terme le recours des entreprises à l’épargne.

La publication trimestrielle des résultats comporte bien des inconvénients, et c’est loin d’être la panacée. Mais rien ne permet de la rendre plus fautive que d’autres pratiques qui incitent au court- termisme.

Après tout, les états ne publient-ils pas aussi leurs comptes nationaux tous les trimestres.


1 Security and Exchange Commission, autorité de supervision des marchés financiers américains